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Le Trône de fer

George R. R. MARTIN

Titre original : A Game of Thrones, 1996
Fantasy  - Cycle : Le Trône de fer  vol. 1 (1a) 

Traduction de Jean SOLA
Illustration de D. BUISSON
PYGMALION n° (564), dépôt légal : mai 1998
384 pages, catégorie / prix : 21,19 €, ISBN : 2-85704-546-8

L'illustrateur n'est pas crédité, mais il s'agit très vraisemblablement de D. Buisson.

Autres éditions
   J'AI LU, 2000, 2004, 2009   in Le Trône de Fer, l'intégrale - 1, 2009   in Le Trône de Fer, l'intégrale - 1, 2011   in Le Trône de Fer, l'intégrale - 1, 2012   in Le Trône de Fer, l'intégrale - 1, 2014
   in Le Trône de Fer, l'intégrale - 1, PYGMALION, 2008
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Grand Prix LOCUS 1997
     du meilleur roman américain dans sa catégorie

     Il était une fois, perdu dans un lointain passé, le royaume des Sept Couronnes...

     En ces temps nimbés de brume, où la belle saison pouvait durer des années, la mauvaise toute une vie d'homme, se multiplièrent un jour des présages alarmants. Au nord du Mur colossal qui protégeait le royaume, se massèrent soudain des forces obscures  ; au sud, l'ordre établi chancela, la luxure et l'inceste, le meurtre et la corruption, la lâcheté et le mensonge enserrèrent inexorablement le trône convoité.

     Pour préserver de l'ignominie les siens et la dynastie menacés se dresse alors, armé de sa seule droiture, le duc Stark de Winterfell, aussi rude que son septentrion natal. Mais en dépit du pouvoir immense que vient de lui conférer le roi, a-t-il quelque chance d'endiguer la tourmente qui se lève  ?

     Dans la lignée des ROIS MAUDITS et d'EXCALIBUR, LE TRÔNE DE FER plonge le lecteur, sans lui laisser reprendre souffle, dans un univers de délices et de feu. L'épique et le chevaleresque côtoient sans cesse le vil et le démoniaque. La bravoure et la loyauté se heurtent à la duplicité et à la fourberie. Mais dans ce tourbillon d'aventures cruelles, ce sont finalement l'amour, la tendresse, l'indestructible force de l'amitié qui rayonnent au-dessus des ténèbres.

     George R.R. Martin, scénariste et producteur au cinéma et à la télévision de nombreux films et feuilletons, est également l'auteur chevronné de cinq romans à succès. Le présent ouvrage, Le trône de fer, accueilli avec enthousiasme par la presse unanime aux Etats-Unis, a obtenu en 1997 le prestigieux prix Locus.


    Prix obtenus    
Locus, roman de fantasy, 1997
 
    Critiques    
     Pygmalion est un éditeur qui s'est fait une spécialité du roman historique moderne, des grands amours de l'histoire plus ou moins romancés. C'est aussi l'éditeur du best-seller de Marion Zimmer Bradley, Les dames du lac, et de La tapisserie de Fionavar de Guy Gavriel Kay.

     George R. R. Martin est apparu en France dans les années 80, dans le sillage d'une vague qui portait Orson Scott Card, John Varley, Gene Wolfe et Scott Baker. Il a laissé deux romans marquants : L'agonie de la Lumière (J'ai Lu), un space opera dramatique, et Armageddon Rag (La Découverte), contant la pathétique tentative d'un journaliste nostalgique de ressusciter le Flower Power à travers un groupe rock. Sans oublier deux recueils de nouvelles impérissables : Chanson pour Lya et Des astres et des ombres, où il a sculpté l'essence même du sombre, du tragique et de la nostalgie.

     Pour Le trône de fer — A game of throne (pas de mention du titre original sur la traduction) — il a obtenu le prix Locus 97 en catégorie fantasy aux côtés de Mars la bleue (S-F) et de Stephen King (fantastique). Excusez du peu, d'autant que George R. R. Martin, bien qu'il soit loin de la notoriété de King ou de celle de la trilogie martienne de K. S. Robinson, n'est pas le parent pauvre du lot. Ce roman achèvera de convaincre certains détracteurs de la fantasy — dont je suis d'ordinaire — en apportant la preuve définitive (s'il le fallait) que ce genre peut aussi produire du bon, du très bon.

     De Roger Zelazny à la « Pink Fantasy » chère à Jacques Goimard (Pocket), de R. E. Howard à J. R. R. Tolkien en passant par Elric ou Alvin jusqu'à Tigane et au Cycle des Epées de Fritz Leiber, la fantasy sait faire preuve d'une belle diversité. Martin inscrit son roman dans la veine réaliste de la fantasy médiévale. Il est ici question d'une Terre imaginaire mais résolument anglo-saxonne, où sont morts les dragons et le surnaturel réduit à l'état de légende. L'intrigue emprunte davantage à Alexandre Dumas qu'au Conan d'Howard. Il y a moins de sorcières dans ce roman que dans la réalité, nul magicien et la religion y est maintenue en arrière plan. Inutile de préciser que ce livre n'est pas pour ceux qui, dans la fantasy, recherchent le merveilleux.

     George R. R. Martin, c'est autre chose. C'est sombre et dramatique. C'est dur et violent. Humain. Ici, le cynisme et le goût du pouvoir donnent le cœur d'assassiner un gamin de sept ans. Martin réussit à exhaler l'essence même du sordide à travers les pages qu'il donne à lire. Deux camps cependant : le cynisme et l'honneur ; deux clans : les Lannister et les Stark. Entre eux, la maison royale qui n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fut. La luxure et l'inceste, le meurtre et la corruption, la lâcheté et le mensonge sont au cœur de l'univers proposé par l'auteur. Autant dire que ce n'est pas de la fantasy juvénile.

     Tout cela ne serait rien, vraiment, si n'étaient l'œuvre et le talent de George R. R. Martin. Quand on parle de roman psychologique — sauf au meilleur de la littérature générale — , on entend d'interminables considérations sur les états d'âme des personnages. Chez Martin, la psychologie est inscrite dans l'action, en son cœur même. C'est dans l'action, à travers les péripéties et les événements que, progressivement, se dessine le caractère des personnages. L'évocation est alors d'une force rare. Martin ne se contente pas de dépeindre des caractères, surtout, et c'est bien ce qui fait la richesse de son talent, il les met en relation. Du coup, le roman est — relativement — court. L'auteur n'a pas tiré à la ligne, et c'est un récit intense qui vous embarque à l'instar des meilleurs thrillers, ce qu'il est en fin de compte.

     Le trône de fer mérite amplement son prix Locus. C'est un livre magnifique qui, hors la magie, n'est pas sans rappeler le film Excalibur (celui de Boorman). Martin n'a pas cherché à faire œuvre novatrice et originale, ni non plus à surprendre. Il a relevé le défi du classicisme : faire mieux plutôt qu'autre chose, et y est parvenu haut la main. On se languit déjà d'attendre la suite, Le donjon rouge, dont la sortie devrait être imminente au moment ou vous lisez ces lignes. Espérons-le, car tout ce qu'on peut reprocher au Trône de fer est de n'être pas un roman complet. On n'attend pas une suite, mais la suite. Peut-être — sans doute — est-il possible de trouver des livres encore meilleurs, mais George R. R. Martin a réussi là un sans faute, rien sur quoi le critique ne puisse fonder un avis négatif, si ce n'est l'emploi des expressions « coma » et « état stationnaire », inadaptées à un cadre médiéval. Une broutille !

     Le trône de fer ne concerne peut-être pas tous les amateurs de fantasy, mais devrait aisément se concilier ceux qui sont rebutés par le surnaturel ainsi que les amateurs de romans historiques, sous réserve qu'ils puissent accepter que le texte soit purement imaginaire. Il faudra une bonne raison pour ne pas lire un roman de cette qualité. Vivement la suite !

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/12/1998
dans Bifrost 11
Mise en ligne le : 1/11/2003


 
Base mise à jour le 21 août 2014.
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