Edition POCKET, Science-Fiction (1977-1988 - Noir) (1985)
La Ville est un Echiquier est un roman d'une conception rigoureuse et d'une grande intelligence. Il serait vain de vouloir le résumer. Cette tâche s'avérerait à la fois difficile et mutilante pour l'œuvre de Brunner. Oui, la ville est un échiquier sur lequel chaque habitant, chaque touriste, chaque voyageur de passage et chaque résident étranger incarnent un pion ; sans grade ou tête, qu'importe ? De toute façon, ils sont joués. Ceux qui gouvernent dans « le pays le plus gouverné du monde » déplacent ces pions non pas au gré de leur fantaisie mais selon des objectifs politiques et économiques précis, secrets et complexes. Seulement, une pièce de chair ne se révèle pas toujours aussi maniable, aussi placide, qu'une pièce de bois. Il y a immanquablement des imprévus, et ceux-ci bouleversent certains impératifs du moment. En fait, une fois de plus, Brunner met en scène les mécanismes du pouvoir, les hommes du pouvoir, les réussites et les erreurs du pouvoir. Echiquier de ces forces humaines démesurées, la ville est le théâtre d'événements violents : meetings, meurtres, émeutes.. ET PAUVRETE QUOTIDIENNE. Personne, finalement, ne comprend exactement l'ampleur et la face cachée de l'Histoire qui se trame, instant après instant. Pas même ceux qui dirigent le jeu, ou croient le diriger. Il semblerait, d'après Brunner, que l'on ne puisse point berner les « citoyens » éternellement, malgré les immenses moyens mis en oeuvre : propagandes radiodiffusées et télévisées, jeux de scène des hommes politiques qui sont tous des dictateurs en puissance. Car, lorsque inexorablement la marée déferle, tout se trouve balayé. Les peuples opprimés lessivent l'échiquier de leurs malheurs avec du sang, laissant l'usage de la sueur à quelques idéalistes inoffensifs. Mais après ? Parfois, souvent même, recommence un esclavage similaire...
Éric SANVOISIN Première parution : 1/11/1985 dans Fiction 368 Mise en ligne le : 10/3/2005
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