C'est la sortie tardive de cette suite bien supérieure de Dans l'océan de la nuit qui nous a sans doute valu de voir toute la série traduite en français. Suite supérieure, avant tout parce que ce roman, bien que partiellement publié en revue avant sa parution en volume, a été conçu et écrit comme un tout, un tout placé sous le signe d'une terrible menace : celle de cette « vie » des machines, qui depuis des âges inconcevables décèle et détruit toute vie biologique, dès qu'elle dépasse un certain niveau d'évolution et de technologie.
Sur Terre, le conflit prend la forme surprenante d'une infestation des océans par des formes de vie nouvelles qui empêchent rapidement tout trafic maritime. L'économie mondiale risque d'y passer — bonne chose que de nous ramener les pieds sur terre, ou plutôt dans l'eau, nous autres lecteurs de SF qui sommes tant obnubilés par les déplacements aériens. Sur mer, donc, c'est un naufragé, Warren, qui doit faire face au problème des communications avec des formes de vie étrangères. Et Benford, comme d'habitude, ne trivialise pas le problème.
Dans l'espace, on retrouve Nigel Walmsley sur un vaisseau interstellaire. Comme Warren, Nigel est un protagoniste vieilli, et doit faire face à des problèmes bien différents de ceux qui étaient les siens dans le volume précédent. Les jeunes (souvent des femmes, obsession benfordienne) secouent le cocotier, mais Benford s'en voudrait de leur donner une satisfaction fût-elle fictive !
Sans atteindre le niveau spéculatif d'Un Paysage du Temps, ce livre devrait satisfaire tous les amateurs de SF classique sans décevoir les tenants de l'exigence littéraire, car s'il n'est pas expérimental, ce livre est admirablement maîtrisé.
Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/12/1985
dans Fiction 369
Mise en ligne le : 9/3/2005