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La Fête fabuleuse

Josephine SAXTON

Titre original : Group feast, 1971
Science Fiction  - Traduction de Alain DORÉMIEUX
Illustration de Michaël BRICKMAN
CASTERMAN, coll. Autres temps, autres mondes - Romans n° (9), dépôt légal : avril 1978
186 pages, catégorie / prix : nd, ISBN : 2-203-22709-5

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Cora Caley : une femme d'une richesse incommensurable, d'une beauté prodigieuse. Une femme qui a TOUT. Et qui a désormais achevé la plus incroyable de ses entreprises : transformer en jardins verdoyants des hectares de désert aride, au coeur de l'Australie, pour y édifer la Maison — une gigantesque demeure d'une somptuosité inégalée. Pour couronner cette réalisation, elle s'apprête à donner une réception mémorable, où rien ne sera épargné pour le plaisir des invités. Une fête fabuleuse dont les fastes dureront toute la nuit.
     Pourtant, dès le début des festivités, un mecanisme semble s'enrayer. Cora ressent une affreuse impression d'échec. Mais si la réception est pour elle un fiasco, c'est surtout parce qu'elle marque le point culminant du vide de son existence. Terrifiée, se sentant vouée au néant. Cora acquiert une certitude croissante : elle va mettre en action avant la fin de la nuit le mystérieux Plan X, installé par elle dans la Maison. A mesure que la réception suit son cours, elle est confrontée à de faux amis, d'ex-maris, d'anciens amants, sa soeur qui la hait, sa fille qui lui est indifférente, ainsi qu'à une troupe de domestiques en furie qui ont formés le projet insensé de la lyncher. Aux yeux de tous les invités, elle semble au bord de la folie. Peut-être l'est-elle réellement, mais peut-être aussi sa prise de conscience de la stérilité de sa vie est-elle son unique pensée lucide, sa bouée de sauvetage.
     Evoluant entre la réalité et les fantasmes, Cora se retrouve au terme de la nuit menant le même combat que toute autre femme, combat pour s'assumer et accéder à une libération. Et la fin apocalyptique de la fête est pour elle le début d'une odyssée individuelle.

     La Fête fabuleuse est le troisième roman de Josephine Saxton (les deux premiers sont inédits en français). Elle a écrit aussi un certain nombre de nouvelles de science-fiction et d'insolite parues dans divers magazines américains ou anglais. L'une d'elles, Le Mur, figurait dans l'anthologie Espaces inhabitables, tome 2, chez Casterman.

 
    Critiques    
 
     FEU D'ARTIFICES EN VASE CLOS

     Mon adorable épouse prétend parfois que je suis misogyne, au moins dans mes goûts de lecteur, ce qui est faux bien entendu. La preuve : Joséphine Saxton a écrit la Fête Fabuleuse, j'ai lu ce roman, je l'ai lu d'une seule traite et je l'ai bien aimé. Alors ?
     Livre touffu, enchanteur, saoulant, pesant parfois, ici et là, mais d'une pesanteur qui vous englue sans vous écraser, si vous voyez ce que je veux dire. Plutôt fascinant, n'ayons pas peur des mots. A la limite, est-ce de la s.f. ? Peut-être non, probablement oui, mais on s'en fiche : on se laisse porter sur le flot de ces 184 pages, un flot qui a tout l'air d'une lame de fond trouble remontant des profondeurs de méchantes vases et des limons puants jusqu'en pleine lumière. L'histoire ? Voici, en quelques mots : Cora Caley est une femme d'une énorme, fantastique richesse, très belle. Cora possède une maison immense, qu'elle a fait construire en Australie, au centre d'un désert transformé en Eden. Pour fêter la construction de cène maison, Cora donne une fête. Voilà. Cette fête, cette énorme surprise-party, c'est le roman, et le monde entier se retrouve là, dans les labyrinthes de la maison — LA maison. Cora avait pourtant soigneusement choisi ses invités, mais il semble que quelque chose ait cloché, à un moment, car c'est véritablement le monde entier qui arrive et qui erre, qui l'étouffe progressivement. La fête tourne, bien vite, au tragique. Pour Cora, pour d'autres aussi, le tragique gomme successivement les différents masques de Cora la richissime, jusqu'aux peurs toujours présentes qui savent si bien broyer les petites filles fragiles. La fête tourne, la fête décidée par Cora se rebelle contre elle et l'agresse. Chute de l'ange ? Démonstration de l'inutile violence portée en soi par tout pouvoir et toute puissance ? Cette puissance qui ressemble si bien à la Maison-dédale, dans laquelle on se noie, on se perd, qu'il faut fuir, à un moment, pour revivre nu, ailleurs, seul — mais sauvé.
     On ne lit pas vraiment La Fête Fabuleuse : on fait partie des invités de Cora Caley. Et on pense à certain film de Luis Buñuel.

Pierre PELOT
Première parution : 1/10/1978
dans Fiction 294
Mise en ligne le : 1/5/2010


 
Base mise à jour le 17 mai 2013.
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