Voilà une bonne claque aux écrivains de SF fanatiques de technologie : Piserchia montre qu'on peut montrer un space-opera tout à fait cohérent sans faire intervenir les lourdes fusées nucléaires et tous les gadgets débiles habituels au genre. Ici, les voyages spatiaux réussissent parfaitement grâce à une symbiose très écologique entre un humain et un « chien de l'espace ».
Un souffle écologique traverse d'ailleurs tout le livre : pour s'habiller, par exemple, pas besoin de synthétique. On prend une certaine plante en gousse, on la vide, on l'enfile et on attend qu'elle épouse la forme du corps. Plaidoyer pour la liberté, le vagabondage, le contact avec la nature, et l'horreur absolue de toute discipline, de tout ordre, de toute technologie : Jade de la Galaxie enfourche sa monture et s'envole d'étoile en étoile, comme elle l'entend.
Une vie paradisiaque que les Gibs (comme le dentifrice) font tourner court. Pour cette race rationnelle et constipée, le bonheur c'est le métro-boulot-dodo. Ils enferment Jade dans un Hôpital/Prison/Asile et essayent de lui apprendre les vertus d'une vie sérieuse, productive et obéissante.
Doris Piserchia a beaucoup d'humour : on n'oubliera pas cette scène où des chirurgiens bureaucrates opèrent à la chaîne des malades qui défilent devant eux sur un tapis roulant.
Un hymne à la liberté, un récit à 100 à l'heure où les dialogues, très nombreux, remarquables de finesse et d'humour, donnent un ton sautillant et rigolard aux aventures. Un grand roman.
Bernard BLANC (lui écrire)
Première parution : 1/7/1977
dans Fiction 282
Mise en ligne le : 1/5/2012