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Armageddon rag

George R. R. MARTIN

Titre original : The Armageddon Rag, 1983
Science Fiction  - Traduction de Jean BONNEFOY
Illustration de Eric PROVOOST
LA DÉCOUVERTE, coll. Fictions n° (1), dépôt légal : août 1985
420 pages, catégorie / prix : 98 FF, ISBN : 2-7071-1546-0

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Baby, you cut my heart out
Baby tu m'as arraché le coeur
chantait le Nazgûl
     Baby, you made me bleeeeed !
Baby tu m'as fait saigneeeer !
     Il ferma les yeux et écouta, et c'était presque comme si une décennie s'était soudain envolée, comme si West Mesa n'avait jamais eu lieu, comme si Nixon était encore à la Maison Blanche et que la guerre du Viêt-nam faisait toujours rage et que le Mouvement était encore bien vivant. Mais quelque part, parmi les lambeaux de ce passé, une chose demeurait la même : Jamie Lynch était mort. Et on lui avait bel et bien arraché le coeur...
     Jamie Lynch, alias « Sauron », l'ancien impresario du Nazgûl.
     Le Nazgûl, ce groupe mythique de la fin des années soixante, dont le chanteur Patrick Hobbins fut, on s'en souvient, abattu par un tueur inconnu lors du tragique concert de West Mesa, le 20 septembre 1971, jour qui devait marquer la fin d'une époque. Celle du Flower Power et de l'engagement contre la guerre du VIêtnom, des drogues psychédéliques et de l'ultra-gauchisme, de la libération sexuelle et du zen macrobiotique, des communautés et des universités.
     Le Nazgûl, qui vient de se reformer et part en tournée pour faire résonner à nouveau le Rag de l'Armaguedon. Ancien journaliste dans l'underground reconverti dans le roman, un peu paumé dans les années quatre-vingt, Sandy Blair décide d'enquêter sur le meurtre. Et cette enquête va le transformer en acteur d'un drame dicté par la partition du célèbre album du Nazgûl, Musique à réveiller les morts... Mais qui manipule le groupe ? Et qui a décidé de faire renaître la Révolution aux États-Unis ?

     George R.R. Martin est surtout connu en France pour des nouvelles (parues en un volume publié en 1982 chez J'ai lu, sous le titre Chanson pour Lya), couronnées de nombreux prix, dont trois Hugo et un Nébula. Il est l'un des meilleurs écrivains de la nouvelle génération, aussi à l'aise dans le fantastique que dans la science-fiction.

     Roman traduit de l'américain par Jean Bonnefoy.


    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Association Infini : Infini (2 - liste secondaire) (liste parue en 1998)
Jean-Pierre Fontana : Sondage Fontana - Fantastique (liste parue en 2002)
Patrick Marcel : Atlas des brumes et des ombres (liste parue en 2002)
 
    Critiques    
     En abandonnant le space opéra, George R.R. Martin était loin de commettre une erreur. Armageddon Rag, fort volume de plus de 400 pages, est en effet une réussite totale. Conçu comme une lente et angoissante montée vers l'explosion finale d'un concert évoquant les grands festivals des années 60, ce thriller fantastique a tout d'un cauchemar. Ou d'un mauvais voyage à l'acide, ce qui cadre bien avec le sujet.
     Jamie Lynch, ancien manager du Nazgûl — un groupe de hard rock à l'immense popularité dont le chanteur a été abattu lors d'un concert, le 20 septembre 1971 — , est assassiné exactement douze ans plus tard ; on l'a étendu sur une affiche dudit concert avant de lui arracher le cœur, comme dans la chanson du Nazgûl Du sang sur les draps — qui, d'ailleurs, passait et repassait indéfiniment sur la chaîne hi fi quand la police est arrivée. Envoyé enquêter sur ce meurtre pour le compte d'une revue rock, Sandy Blair sera appelé à effectuer une sorte de retour en arrière, à retrouver ses anciennes connaissances et à se replonger dans un passé dont il a conservé le regret alors que les événements s'enchaînent, rythmés et peut-être induits par le dernier album du Nazgûl, Musique à réveiller les morts...
     La nostalgie est le thème d Armageddon Rag. Le Nazgûl, qui évoque tour à tour les Doors, les Stooges ou Mountain, symbolise une époque, un esprit aujourd'hui oubliés, dénigrés, vidés de leur essence. S'appuyant sur les thèmes traditionnels du hard rock — sorcellerie, violence, etc. -, Martin a su les intégrer intelligemment à son récit sans perdre de vue l'argument fantastique, pour finalement concocter un suspense haletant sur lequel vient se greffer une réflexion relative au rock et à sa mythologie. Il dresse le constat d'une époque — celle du flower power et de la guerre du Vietnam — , rejetant tout manichéisme alors qu'il aborde pourtant l'éternel problème de la lutte du Bien et du Mal.
     Astucieux, original et efficace, Armageddon Rag, est autant un grand roman fantastique que l'un des plus beaux livres jamais écrits sur le rock.


Roland C. WAGNER
Première parution : 1/12/1985
dans Fiction 369
Mise en ligne le : 9/3/2005

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition DENOËL, (2012)


 
     C’est sous une couverture particulièrement réussie de Clément Chassagnard que ressort Armageddon Rag, le roman fantastique de George R.R. Martin. Premier titre de l’éphémère collection Fictions des éditions La Découverte, repris maladroitement en Pocket terreur (alors qu’il n’a rien à voir avec ce genre), le récit a été intégralement retraduit par Jean-Pierre Pugi pour l’occasion. Ne disposant pas de l’ancienne traduction et n’en ayant pas de souvenir particulier, je ne me prononcerai pas sur la pertinence de ce changement.

     Sandy Blair, journaliste de rock devenu romancier, replonge dans le passé quand il apprend le meurtre du manager des mythiques Nazgûl, un groupe de hard rock dont l’apogée date du début des années 70. Orchestre marqué par la tragédie, puisque le chanteur avait été abattu sur scène exactement dix ans plus tôt, ce qui avait entrainé la fin brutale du groupe.
     Le manager semble avoir été tué selon un étrange rituel, puisqu’on lui a arraché le cœur sur une affiche des Nazgûl, avec un de leurs disques en fond sonore. Sandy Blair décide donc de retourner sur les traces du groupe et de ses membres et découvre qu’un inconnu essaye de réunir les survivants avec un nouveau chanteur pour remonter une tournée. En chemin, il croise aussi ses anciens amis avec qui il avait participé aux manifestations de Detroit en 68, devenus soit des paumés, soit des losers, soit des cadres moyens lisses et intégrés dans le système. Ainsi qu’un étrange personnage semblant se livrer aux sciences occultes pour ramener le Nazgûl à la vie et reprendre les combats des années 70.

     Écrit en 1983 en pleine période Reagan, Armaggedon Rag oscille entre nostalgie et regret : nostalgie d’une époque révolue, regret que cette époque n’ait pas débouché sur quelque chose de meilleur. Sandy Blair (et à travers lui, l’auteur) profite de l’enquête pour repartir sur les traces de sa jeunesse, de ses anciens amis et de ses convictions. Car en à peine dix ans, l’Amérique est passée de la contestation massive contre la guerre du Vietnam à la dissolution de toute pensée politique dans ce qu’on n’appelait pas encore l’ultralibéralisme. Et c’est là que l’on prend toute la mesure du talent de l’écrivain : il nous plonge rapidement et totalement dans les années 70, nous faisant aussi bien comprendre les combats de l’époque que sentir l’intensité des concerts de ces groupes dinosaures sans pour autant perdre de vue l’intrigue principale. Le roman devient alors un témoignage fort sur une période charnière de l’histoire des USA des cinquante dernières années ; il est certainement plus pertinent aujourd’hui que lors de sa sortie initiale (le succès ne fut d’ailleurs pas au rendez-vous). Armaggedon Rag, loin de la fantasy épique du Trône de Fer, est un livre extrêmement personnel, sentant la sueur, le sexe, la violence et les décibels, peut-être le chef-d'œuvre de George R.R. Martin.



René-Marc DOLHEN
Première parution : 14/3/2012
nooSFere


Edition POCKET, Terreur (2000)


     A travers l'extraordinaire épopée d'un groupe de rock — le Nazgûl, dont le nom est inspiré de l'oeuvre de Tolkien —, George Martin dresse une vaste fresque qui retrace l'évolution de l'Amérique à partir de la fin des années 60, ces années marquées par le Viet Nam et par Nixon, partagées entre le pacifisme des hippies et la violence d'organisations révolutionnaires clandestines ou de sectes sataniques...

     A l'occasion d'un meurtre qui remue de vieux souvenirs, l'ex-journaliste d'un magazine de rock — qu'il avait fondé avec une bande de copains passionnés, mais qui est devenu avec le succès un journal racoleur de type press people — se lance dans une enquête où il rencontrera tous les acteurs et les témoins de cette époque enfuie. Certains sont devenus de parfaits yuppies, avides de succès et d'argent, d'autres s'accrochent à leurs illusions et poursuivent leur rêve inaccessible, tandis que d'autres encore ne font plus que dériver dans un monde où ils ne trouvent pas leur place... Dans cette enquête au ralenti, sans course-poursuite ni coup de feu, il prend le temps de discuter, d'obtenir les confidences des plus réticents, d'évoquer avec eux les spectres du passé...
     Martin parvient ainsi à faire revivre l'ensemble d'une époque, avec sa fièvre, son énergie, ses espoirs, ses contradictions... Le contraste avec ce que sont devenus les protagonistes dans les années 80 en fait une chronique douce-amère, nostalgique et lucide, assortie d'une peinture sociologique d'une remarquable ampleur et d'un grand humanisme.

     Dans la seconde partie, le journaliste devient l'attaché de presse du groupe renaissant. Nous assistons aux répétitions, aux premières tournées... Le Nazgûl semble alors être un groupe d'un autre âge, ressurgissant dans une Amérique devenue trop sage et trop résignée... L'espoir d'un monde meilleur est-il encore possible ?
     Et le fantastique, dans tout cela ? Sa part est quantitativement mineure, mais symboliquement importante. Ce n'est qu'à la toute fin que se dévoile le complot satanique qui sous-tend cette aventure musicale. Pour l'un des personnages, c'est la musique qui influe sur le monde et non l'inverse. La force diabolique du rock — du « vrai » rock, brutal et sauvage — serait une manière de « réveiller les morts », de secouer cette Amérique endormie, anesthésiée par le matérialisme et la course au succès. Mais à quel prix ? Quel pacte faustien faut-il avoir signé ?

     Armageddon Rag est une oeuvre forte et splendide, sombre mais baignée d'une douce ironie et d'une furieuse tendresse... Passons sur l'étiquette Terreur apposée sur la couverture et qui ne rend pas justice à ce roman irrésistible : Armageddon Rag mérite d'être découvert par tous, y compris au-delà des frontières du genre.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/4/2000
nooSFere


 
Base mise à jour le 30 mars 2014.
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