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L'Autre rive

Georges-Olivier CHÂTEAUREYNAUD

Fantasy  - Illustration de Mark OWEN
LIVRE DE POCHE n° 31572, dépôt légal : avril 2010
726 pages, catégorie / prix : 8,00 €, ISBN : 978-2-253-12593-8
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Nous sommes à Écorcheville, sur les bords du Styx, connu pour être le fleuve des morts. Tout y est presque normal. Il pleut des salamandres, l'esclavage n'a pas été aboli, des automates permettent aux citoyens désespérés de se suicider, les fils de familles roulent à tombeau ouvert sur la corniche d'une Riviera désaffectée. Mais là comme partout ailleurs, les ambitions humaines animent les habitants d'un univers qui pourrait être le nôtre. Dans la cité des secrets et des mensonges, hérissée de tourelles gothiques, gouvernée par deux clans, Benoît Brisé rêve. Fils adoptif élevé en solitaire, il cherche son père. Cette quête intime lui fera rencontrer l'amour, apercevoir Charon le passeur du fleuve, habiter des palais, se lier d'amitié avec un faune trop affectueux. Au terme de ce voyage à la recherche de lui-même, Benoît saura que son destin était scellé depuis toujours.


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Edition GRASSET, (2007)


     Écorcheville, une ville comme les autres, de notre monde, de notre époque... Une petite ville bourgeoise, où tout le monde se connaît, où quelques familles se partagent le pouvoir depuis plusieurs générations, où la police ferme les yeux sur les frasques des rejetons les plus turbulents des notables du coin...
     Pourtant, Écorcheville a une particularité : elle se situe sur une berge du Styx. Pas un quelconque fleuve surnommé ainsi, non, LE Styx, le vrai, frontière que traversent les morts en compagnie de Charon pour passer sur « l'autre rive ».
     Pour les vivants, le Styx demeure infranchissable mais sa proximité ne va pas sans quelques désagréments. Des pluies de salamandres ou de hannetons s'abattent régulièrement sur la ville, emplissant l'atmosphère d'une puanteur liée aux bestioles en décomposition. Des cadavres de créatures monstrueuses se déposent sur la berge, bientôt exposés dans le musée des horreurs de Mme Occlo.
     Parfois, on a la chance de capturer une sirène vivante qu'on livre aux regards concupiscents des hommes, ou bien un centaure mort qu'on pourra naturaliser. Il arrive même qu'un jeune satyre s'égare en ville pour y semer la pagaille, piétinant au passage un dulceola ou cherchant à violer une jolie servante...
     Écorcheville réserve par ailleurs d'autres surprises. L'esclavage y existe toujours, en toute légalité, avec un marché très officiel. Des machines à suicide sont installées en pleine rue, telles des sanisettes, pour que les déprimes passagères deviennent morts définitives. Enfin, un homme-oiseau trop volage sème ses graines au gré des fenêtres ouvertes.

     C'est dans cet univers — fort naturel à ses yeux quoique fort étrange aux nôtres — qu'évolue Benoît Brisé. Cet orphelin habite chez une ex-chirurgienne à l'hygiène si déplorable qu'elle a dû se reconvertir dans l'embaumement — la momie de son propre fils trône d'ailleurs en bonne place dans le salon. En compagnie d'Onagre, de Cambouis et de Fille-de-Personne, Benoît se cherche, fait les quatre cents coups, joue de la lyre électrique et imagine qui pourrait être son père parmi les amants potentiels de sa mère, une gloire locale qui l'a abandonné pour les feux de la rampe...

     L'autre rive est un roman difficilement classable, composés d'éléments fantastiques et mythologiques insérés dans un récit intimiste tout à la fois symbolique et réaliste, dont les principaux éléments — la quête d'identité, l'apprentissage, l'ambition, le pouvoir, la délinquance, la pédophilie... — pourraient relever de la seule « littérature générale ». Si le terme de « réalisme magique » vient à l'esprit, L'autre rive est surtout l'exemple parfait d'une « transfiction » selon la définition donnée par Francis Berthelot à ce genre composite. Il pourrait même s'agir de « merveilleux noir », terme employé par le même Berthelot pour qualifier quelques-uns de ses propres romans, dont Nuit de colère. La parenté d'inspiration et de style entre les deux auteurs est d'ailleurs évidente, jusque dans le thème de l'orphelin ou le rôle des saltimbanques.
     Ce cocktail peut évidemment déconcerter nombre de lecteurs. Les uns lui reprocheront sa trop grande fantaisie, son irréalité dérangeante. Les autres se sentiront au contraire frustrés de ne pas en apprendre plus sur cet autre monde dont on devine les contours mais dont on ne verra que quelques émanations mal expliquées. Or cette constante désorientation du lecteur constitue justement l'une des principales qualités de cette œuvre si insaisissable qu'elle en devient imprévisible, si subtilement équilibrée que les plateaux de la balance ne cessent d'aller et venir, d'osciller du réel à l'imaginaire.
     Ainsi, pour qui apprécie d'être dérouté, L'autre rive est un véritable régal « transfictionnel », à l'écriture fine, au style fluide et musical, au ton savoureusement malicieux, tant dans le registre de l'ironie que dans ceux de l'onirisme ou du sordide. Châteaureynaud s'amuse, ici avec des patronymes signifiants , là avec des mythes détournés, glissant par exemple une lyre dans les mains d'un Benoît dont le voyage aux Enfers ne sera pourtant pas celui qu'on imagine, même s'il entrevoit fugitivement une Eurydice papillonner.
     Et si l'on s'étonne un temps qu'il soit possible de vivre aussi « ordinairement » à proximité d'un lieu aussi sinistre, on comprend rapidement qu'aucun de nous ne fait autre chose que de végéter ainsi, au plus près de la mort, en attendant de découvrir un jour cette « autre rive » près de laquelle Châteaureynaud nous propose de passer quelques instants inoubliables, au fil d'un roman-fleuve — d'un romantique roman-Styx — de quelque six cent cinquante pages bien trop vite écoulées. Un pur moment de grâce.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 17/12/2007
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Base mise à jour le 14 septembre 2014.
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