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Dimension Alain Dorémieux

Alain DORÉMIEUX

Textes réunis par Richard COMBALLOT


Illustration de José CORRÉA
BLACK COAT PRESS, coll. Rivière Blanche - Fusée n° 7, dépôt légal : février 2010
378 pages, catégorie / prix : 25 €, ISBN : 978-1-935558-09-5
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Alain Dorémieux (1933-1998) reste dans l'histoire des littératures de l'Imaginaire françaises comme le rédacteur en chef de Fiction, un anthologiste, un traducteur et un directeur de collection réputé.

     Cela ne doit pas nous faire perdre de vue qu'il fut aussi un nouvelliste de talent qui bâtit une œuvre singulière, relevant tantôt du fantastique, tantôt de la science-fiction, dont les meilleurs textes furent réunis en recueils et traduits en plusieurs langues.

     Le présent recueil rassemble diverses nouvelles (dont celles sur les Vanas) issues pour la plupart de Fiction, publiées parfois sous pseudonyme, qui ne méritaient pas de tomber dans.

     Nous y avons ajouté deux extraits de romans inédits, deux articles, ainsi que des témoignages et hommages de ses supporters les plus fervents, parmi lesquels Jean-Pierre Andrevon, Philippe Curval, Jacques Sternberg et Daniel Walther.

     Richard Comballot est l'auteur de nombreuses anthologies, parmi lesquelles Dimension Philip K. Dick. Il a en outre rassemblé des recueils de Serge Brussolo, Maurice G. Dantec, Jacques Barbéri et Catherine Dufour, et a publié une monographie sur Philippe Caza.


    Sommaire    
1 - Richard COMBALLOT, Avant-propos, pages 5 à 7, Introduction
2 - Jean-Pierre ANDREVON, Alain Dorémieux : Il était une fois Fiction, pages 9 à 11, Préface
3 - Jean-Pierre ANDREVON, Préface à face, pages 13 à 55, Préface
4 - Le Ballet, pages 57 à 63
5 - Aurora, pages 65 à 76
6 - La Vana, pages 77 à 90
7 - Les Plaisirs de la Terre, pages 91 à 102
8 - Journal d'une jeune fille du XXVe siècle, pages 103 à 118
9 - Chère salamandre !, pages 119 à 125
10 - Cauchemar vert, pages 127 à 134
11 - La Porte des mondes, pages 135 à 164
12 - Jean-Pierre ANDREVON & Alain DORÉMIEUX, Au bout du rêve, pages 165 à 191
13 - M'éveiller à nouveau près de toi, mon amour, pages 193 à 201
14 - Alain DORÉMIEUX & Fabienne LELOUP, Scarlet Dream, pages 205 à 224, Extrait de roman
15 - Dans quelle caverne obscure ?, pages 225 à 237, Extrait de roman
16 - Fritz Leiber. Préface en forme de lettre ouverte, pages 241 à 250, Préface
17 - Catherine L. Moore et Henry Kuttner, pages 251 à 277, Préface
18 - Yvonne MAILLARD, Le Vampire contre-attaque. Entretien avec Alain Dorémieux (1995), pages 281 à 288, Entretien
19 - Philippe CURVAL, Promenades au bord d'un adieu. Entretien avec Philippe Curval, pages 289 à 303, Entretien
20 - Nathalie SERVAL, La Maison-D(orém)ieu(x), pages 305 à 323, Article
21 - Sortie de crise. Lettre à Nathalie Serval (Octobre 1984), pages 325 à 326, Courrier
22 - Journal (1985) (Fragment), pages 327 à 330, Notes
23 - Philippe CURVAL, L'Homme de Fiction, pages 331 à 332, Article
24 - Jacques STERNBERG, Alain Dorémieux, un inoubliable oublié, pages 333 à 335, Article
25 - Fabienne LELOUP, Initiales A.D., pages 337 à 337, Article
26 - Daniel WALTHER, Le Désert de la côte, pages 339 à 346
27 - (non mentionné), Photos, pages 347 à 355, Portfolio
28 - Alain SPRAUEL, Bibliographie des oeuvres d'Alain Dorémieux (1933-1998), pages 357 à 369, Bibliographie

    Prix obtenus    
 
    Critiques    
     Alain Dorémieux a dirigé la prestigieuse revue Fiction pendant presque vingt ans, de 1955 à 1974, puis pendant encore quatre ans, de 1980 à 1984, en l'ouvrant largement aux auteurs français.

     Il a publié Le Dieu venu du Centaure et traduit Ubik de Philip K. Dick à la fin des années soixante, un doublé comme on en fait peu, et concocté la toute première anthologie de S-F française en 1959 avec au sommaire Klein, Curval, Carsac, Barjavel, et bien d'autres.

     Il a lancé en 1965 chez Casterman une collection d'anthologies exemplaires quant au choix des textes, à la cohérence de l'ensemble, à l'articulation aussi précise qu'une montre suisse ou révisée par Sailar : Espaces inhabitables, Territoires de l'inquiétude et autres Bateaux ivres au fil du temps sont, en restant mesuré, de véritables tueries.

     Bref, Alain Dorémieux a été un des principaux piliers de l'édition S-F des années 50 à 70, ou en tout cas celui qui, rapidement aidé par Michel Demuth, l'a propulsée vers la « modernité » en publiant entre autres Dick en 1968 dans la prestigieuse et luxueuse collection du « Club du Livre d'Anticipation » entre A. E. Van Vogt et Robert Heinlein. Son compère Demuth se chargeant d'y introduire peu de temps après Silverberg, Disch, Roberts et Delany.

     Ce qui ne l'a pas empêché de lancer en 1991 un dernier grand projet : les « Territoires de l'inquiétude », une série d'anthologies de fantastique moderne publiée par Jacques Chambon chez Denoël, avec Jean-Daniel Brèque et Pierre-Paul Durastanti. Un travail admirable que les lois du marché ont malheureusement stoppé au neuvième volume.

     Alain Dorémieux est donc un incontournable du paysage science-fictionnel français de la seconde moitié du XXe siècle. C'est ce que nous rappelle, ou nous fait découvrir, la longue préface d'Andrevon, qui décortique avec une profonde sensibilité l'itinéraire d'un homme torturé, ses problèmes avec l'alcool, les femmes, la création littéraire sur fond d'édition S-F & Fantastique dans les années 50 à 70. Années psychédéliques, ô combien excitantes et créatrices, où la recherche éperdue des libertés s'accompagnait parfois d'un certain penchant à l'autodestruction.

     Dans la partie dossier se détache l'interview de Philippe Curval par Richard Comballot, qui complète parfaitement cette évocation des « années Dorémieux ». Époque magique où Michel Butor, René de Obaldia, Boris Vian, Jacques Bergier faisaient partie des auteurs qui fréquentaient les soirées S-F à la librairie de la Balance, où Curval, Dorémieux, Topor, Klein et Ruellan improvisaient des pièces radiophoniques et « mettaient au point le sommaire de Fiction en dansant au son du jazz et du rock naissant ». La S-F était un terrain d'expérimentation et de ses laboratoires sont sortis pour notre plus grand bonheur d'addicts à la défonce Sci-Fi de dangereuses visions au fort pouvoir lysergique.

     Nathalie Serval, la fille de Michèle, seconde épouse de Dorémieux, nous livre peut-être le plus beau texte de cette compilation en nous contant ses souvenirs d'enfance, d'adolescence et de jeunesse chez « les Dorémieux », à Biarritz dans les années soixante dix, scandés par leurs nombreux déménagements. « La Maison-D(orém)ieu(x) » se lit comme une nouvelle, d'une force évocatrice empreinte de nostalgie rappelant parfois Clifford D. Simak.

     La partie fictions présente dix nouvelles publiées entre 1955 et 1991, avec comme point fort les trois nouvelles du « cycle de La Vana » — la première d'entre elles, une des plus célèbres de l'auteur, ayant figuré au sommaire d'une anthologie de Damon Knight en 1965, « La Porte des Mondes » — , une superbe nouvelle en hommage au space opera de Catherine Moore, Edmond Hamilton et Leigh Brackett, et une nouvelle écrite en collaboration avec Jean-Pierre Andrevon, publiée en « PdF » en 1980 dans le recueil Compagons en Terre étrangère 2 et jamais republiée depuis.

     « L'incommunicabilité entre l'homme et la femme, la soif d'ailleurs en sont les thèmes approfondis, creusés jusqu'à devenir ce véritable gouffre intérieur au bord duquel se promène l'auteur, dans le désir de s'accoupler avec la mort ». Une phrase extraite de l'interview de Philippe Curval, qui résume parfaitement les obsessions et les angoisses de l'auteur transparaissant dans tous ses textes. Mais la noirceur du propos est toujours pondérée par un style admirable à la précision chirurgicale qui en fait également un des meilleurs traducteurs de sa génération.

     Deux extraits de romans inachevés, dont un en collaboration avec Fabienne Leloup, sa dernière compagne, complètent la partie fiction en donnant une idée de ce que Dorémieux aurait pu faire dans la continuité de Black velvet.

     S'ajoutent à cela la savoureuse « préface en forme de lettre ouverte » extraite des Lubies lunatiques de Fritz Leiber — recueil admirable consacré à un auteur essentiel dont on ne réédite malheureusement plus que le « Cycle des Epées » — et la longue préface du « Livre d'Or » d'Henry Kuttner et Catherine Moore, alias Lewis Padgett et Lawrence O'Donnell.

     Richard Comballot, spécialiste incontesté de la science-fiction française, nous livre ici, comme à son habitude, un travail à la précision maniaque.

     Il fait suite aux monographies de Michel Demuth, Jean-Pierre Andrevon et Daniel Walther, chez Eons, et précède celle de Jean-Pierre Hubert en Rivière Blanche. Richard Comballot a par ailleurs compilé, toujours avec le même souci de perfection, dix-neuf anthologies et recueils et concocté une vingtaine d'interviews fleuve, essentiellement pour Bifrost (dont certaines vont être réunies en recueil aux Moutons électriques). Le tout concernant exclusivement les auteurs français.

     Alors si un jour il venait à l'idée d'un quelconque jury de récompenser un tel boulot, ce ne serait que justice...

Jacques BARBÉRI
Première parution : 1/4/2010
dans Bifrost 58
Mise en ligne le : 17/6/2012


 
Base mise à jour le 17 mai 2013.
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