Comme nombre d'auteurs de la Nouvelle Fiction, Jean-Claude Bologne flirte très régulièrement avec les genres de l'imaginaire. Pour preuve, il est cité à la fois dans les guides Folio SF de Francis Valéry (SF, pour Le chanteur d'âme, 1997) et Francis Berthelot (transfictions, pour Le dit des béguines, 1993). Aussi n'est-ce point surprenant de le voir faire son entrée au sein de la collection « Interstices », qui propose des livres originaux à la marge des genres.
Cassiel est l'archange qui a douté, causant par là même la non-réalisation d'une prophétie du Christ (« celui qui use du glaive périra par le glaive »). En guise de pénitence, il a été condamné à errer au milieu des êtres humains, sans pouvoir s'exprimer, jusqu'à ce le glaive de la prophétie retrouve son fourreau.
Ce glaive, c'est vraisemblablement celui que Pierre de Mousquy, le protagoniste du présent roman, a volé à son oncle. En effet, ce jeune aristocrate est devenu indésirable auprès de sa propre famille en prenant partie pour les Communards. Depuis, il se pique d'être poète, mais peine à subsister, d'autant plus qu'il est amoureux de Marie, une jeune femme du peuple. C'est pour cela qu'il comptait tirer quelque monnaie de la revente de ce couteau réputé être celui qui a tué Henri IV. Il va néanmoins très vite déchanter : le couteau semble n'intéresser aucun antiquaire ; mais ce n'est rien par rapport au déferlement de visions nocturnes cauchemardesques qui s'imposent bientôt à lui.
Bologne s’amuse ici avec l’Histoire, créant une intrigue qui s’étend sur des siècles – même si l’essentiel se concentre sur les mésaventures de Pierre --, dans un rapprochement de certains des parricides les plus connus. Il mêle avec bonheur les faits authentiques et la lutte pour le pouvoir entre Cassiel et son ennemi, le baron Téragon. Dans un style très travaillé, qui n’évite toutefois pas les redites, il propose au lecteur un thriller érudit, sans toutefois que l’on se sente lâché si l’on n’a pas les connaissances religieuses ou historiques nécessaires à la parfaite compréhension de L’ange des larmes. Des personnages attachants (même si Pierre est parfois agaçant de par son côté irrésolu et ses atermoiements sans fin), et un humour qui baigne très subtilement l’ensemble y sont certainement pour quelque chose.
Au final, L'ange des larmes saura sans doute révéler au public de l'imaginaire un auteur que l'on avait encore rarement vu dans une collection spécialisée ; Jean-Claude Bologne fait montre ici d'une érudition certaine et d'un style inspiré qui sauront ravir les amateurs de divertissements littéraires.
Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 4/8/2010
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