Il n'arrive jamais rien à Terre-Blanque, ville calme et sans histoire. Du moins jusqu'à ce que le fossoyeur local exécute sa femme et ses deux enfants avant de retourner son arme contre lui. Et que trois adolescents déclenchent ensuite une fusillade au sein de l'hôpital local. Puis que les témoins de cette tuerie se suicident dans d'étranges circonstances...
David, un photographe, va mener une enquête parallèle à celle de la police, aidé du fantôme de Kristel, sa compagne, l'une des victimes de cette improbable épidémie...
Thriller fantastique, L'Enfant des cimetières comporte évidemment son lot de violence et de scènes plus ou moins gores. Même s'il ne vire jamais au « malsain » — car il ne joue ni sur l'ambiguïté ni sur la complaisance — , ce roman ne s'adresse donc pas aux « âmes sensibles ». Titre, couverture (avec des gouttes de sang assez superflues) et résumé sont de toute façon clairs sur ce point.
Aux amateurs du genre, ce roman apportera en revanche plus d'une satisfaction. Sur la forme, il obéit parfaitement à la première règle de tout bon thriller : une fois commencé, difficile de le lâcher. L'écriture nerveuse et la succession rapide de chapitres courts procurent à l'intrigue un rythme soutenu d'autant plus efficace que l'auteur sait maintenir le suspense et relancer l'intérêt par quelques rebondissements bien trouvés. Assurément, ça fonctionne !
Sire Cédric démontre ainsi sa maîtrise stylistique du genre, mais d'autres qualités sont au rendez-vous. Son scénario se montre intéressant et relativement original, grâce au mariage réussi de diverses branches du fantastique. Le prologue s'inspire de la démonologie : Naemah, le titre d'origine de la nouvelle autrefois parue dans un artbook, évoque une version personnelle de l'antique Naamah ou Nahemah, proche de Lilith. L'horreur criminelle — l'homme qui se suicide en entraînant ses proches dans la mort, l'adolescent qui pète un plomb et massacre des inconnus de façon incompréhensible, l'enfant séquestré des années dans une cave... — renvoie à des faits divers sordides auxquels les informations nous ont tristement habitués. L'Enfant des cimetières figure une légende urbaine qui s'apparente à la Dame blanche aperçue par certains automobilistes. Si Kristel semble descendre d'une famille de sorcières — les femmes y possèdent le Don — , son histoire se termine plutôt en une ghost story à la fois sentimentale et policière...
Serial killer, possession démoniaque, expériences de savant fou, rituels d'invocation... Sire Cédric mêle ainsi avec élégance nombre d'éléments issus du surnaturel le plus classique à un fantastique des plus contemporains, sans jamais que ce mélange ne paraisse artificiel ni décalé. Le résultat se montre au contraire naturel et crédible.
Certes restent quelques menues facilités (j'ai du mal à accepter qu'on découvre le mot de passe informatique d'un inconnu dès la deuxième tentative... d'autant plus que je suis moi-même souvent incapable de retrouver mes propres mots de passe !). Et l'approche psychologique des personnages aurait supporté un approfondissement — surtout pour David, héros transparent. Enfin, certains ingrédients auraient pu faire l'objet de plus amples développements — notamment le Don possédé par la famille de Kristel, ou encore le passé de l'imposant flic, Alexandre Vauvert...
Néanmoins, ces rares regrets ne nuisent aucunement au plaisir de lecture. Ces quelque 400 pages filent trop vite mais impressionnent durablement. Avec ce thriller efficace, qui restera une référence sur le thème des légendes urbaines, Sire Cédric passe assurément du statut de jeune auteur prometteur à celui d'écrivain confirmé. Une jolie réussite.
Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 5/4/2009
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