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La Maison aux fenêtres de papier

Thomas DAY

Fantastique  - Illustration de DAYLON
GALLIMARD, coll. Folio SF n° 331, dépôt légal : février 2009
320 pages, catégorie / prix : F8, ISBN : 978-2-07-035920-2
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Nagasaki Oni et Hiroshima Oni, deux chefs de clans yakuzas, deux démons que tout oppose comme les deux faces d'une même pièce, se livrent une lutte fratricide depuis leur naissance en août 1945. Tous les moyens sont bons pour arriver à leurs fins : que ce soit l'Oni No Shi, l'épée mythique, tueuse de démons, les armes automatiques les plus perfectionnées ou la belle Sadako, femme-panthère devenue maîtresse dans l'art de tuer.
     Deux conceptions du monde s'affrontent et ce combat ne pourra se résoudre que dans la violence et dans le sang.

     Roman où la lave des sentiments et la mythologie asiatique aiguisent une intrigue implacable, La maison aux fenêtres de papier rend un brillant hommage aux grands films de yakuzas et au cinéma excessif de Quentin Tarantino.

     Né en 1971, Thomas Day s'est imposé en quelques années comme l'un des auteurs les plus passionnants de l'imaginaire francophone, au fil d'une cinquantaine de nouvelles et d'une poignée de romans (dont L'Instinct de l'équarrisseur, La Voie du Sabre — prix Julia Verlanger 2003 — et Le trône d'ébène — prix Imaginales 2008).

 
    Critiques    
     Démons apparus lors des explosions atomiques de la deuxième guerre mondiale, Hiroshima et Nagasaki Oni se partagent le crime organisé japonais. Sadako, la femme panthère, trouvée dans un archipel Birman, maîtresse de Hiroshima Oni, hérite du clan Yakuza de celui-ci après l'avoir tué en duel à sa demande. Armée de l'Oni No Shi, l'épée tueuse de démons, et secondée par ses yakuzas, elle va tout entreprendre pour récupérer son fils tombé aux mains de Nagasaki Oni.

     Après un passage en Afrique avec l’excellent mais peu remarqué Trône d’ébène, Thomas Day revient au Japon de ses Folio SF. Mais loin de la fantasy historique de ces derniers, c’est dans le Japon actuel que nous suivons cette guerre des gangs provoquée par la féline. Elle ne lésine guère sur les moyens pour accomplir sa quête, et le roman est à son image : rapide et violent. On ne s’ennuie pas entre les duels, assauts et autres scènes de bravoures, à coups de sabres, de pistolets et d’ordinateurs, jusqu’à l’accomplissement tragique de la mission. Car Sadako, femme sauvage dans ce milieu d’hommes coincés dans leurs traditions, ne respecte pas les codes en vigueur et fonce aveuglément sans penser aux pertes.

     De toutes ces scènes extrêmement visuelles se dégage une fascination évidente pour le Japon et le cinéma, avec la même exagération jubilatoire que le Kill Bill de Tarantino. Seuls les lecteurs les plus frileux pourront être choqués, les autres apprécieront avant tout un roman d’action réussi aux personnages hors du commun.


René-Marc DOLHEN
Première parution : 8/3/2009
nooSFere


[Critique commune à This is not America et La Maison aux fenêtres de papier de Thomas Day]

     Actualité chargée, en ce début 2009, pour notre éminent collaborateur Thomas Day. Deux ouvrages ont en effet tout récemment enrichi sa bibliographie : le court recueil de nouvelles This is not America, publié par ActuSF dans sa décidément sympathique collection des « Trois Souhaits », et le roman La Maison aux fenêtres de papier, publié directement en poche en Folio « SF » — une fois n'est pas coutume, mais la coutume est régulièrement violée chez cet éditeur et c'est tant mieux. Deux ouvrages très différents, donc, et présentant diverses facettes d'un auteur qui, on le sait, a plus d'un tour dans son sac ; mais deux publications finalement très proches, revendiquant toutes deux l'influence de Quentin Tarantino (pas forcément pour ce qu'il a fait de mieux, d'ailleurs), au milieu d'autres références plus ou moins cryptiques, et marquées par un goût prononcé pour le voyage et l'exotisme.

     [...] 1

     Ça tombe bien, La Maison aux fenêtres de papiers est là pour ça. Sous une belle couverture de Daylon 2, Thomas Day y retrouve son Japon chéri après La Voie du sabre (Folio « SF ») et L'Homme qui voulait tuer l'Empereur (roman publié dans le Bifrost n° 32 et réédité chez Folio « SF »), mais versant contemporain, cette fois. Le sous-titre est parlant : « Hommage à Fukasaku Kinji, Takashi Miike et Quentin Tarantino ». L'influence des trois réalisateurs se sent en effet dans cette histoire débordant de yakuzas, de giclées d'hémoglobine et de sodomie à sec (pas de doute, on lit bien du Thomas Day). Mais on pourrait également y rajouter Takeshi Kitano, largement cité dans la filmographie en fin de volume, et dont l'influence se retrouve essentiellement dans de très réjouissants intermèdes ludiques (« paroles de yakuzas ») évoquant furieusement Sonatine (surtout), Hana-Bi et Aniki. Plein de bonnes choses, donc, et un programme tout ce qu'il y a d'attrayant.

     L'essentiel de l'histoire repose sur la rivalité entre deux puissants clans de yakuzas, dirigés par deux frères, deux démons nés des cendres d'Hiroshima et de Nagasaki. Le chef du clan Nagasaki a élevé à sa manière (pour le moins rude) la troublante Sadako, une femme-panthère muée en irrésistible machine à tuer. Un jour, cependant, la destinée déjà étonnante de la jeune femme prend un brusque virage, quand Nagasaki Oni lui confie la terrible Oni No Shi, une épée légendaire et tueuse de démons. Un héritage difficile à porter et qui, très vite, jouera son rôle dans la guerre impitoyable que se livreront les deux clans yakuzas.

     Cette fantasy urbaine crue et violente nous vaut un roman d'action efficace de bout en bout, et tout à fait distrayant. L'hommage est réussi, et les amateurs ne pourront que s'en trouver comblés. Mais le meilleur ne réside pourtant peut-être pas dans cet aspect du roman, qui n'est par ailleurs pas exempt de menus défauts : on peut ainsi regretter que cette trame, outre son côté passablement bourrin, se montre parfois un peu trop didactique, et que les éléments relevant proprement de l'imaginaire donnent en fin de compte une impression d'artifice, voire de superflu...

     Mais l'aventure de Sadako est encadrée par un prologue et un épilogue cambodgiens narrant, le premier du point de vue de Nagasaki Oni, le dernier de celui de son frère démoniaque, les origines de l'Oni No Shi. Ce qui nous donne, dans un sens, deux nouvelles de fantasy à la fois plus classiques de par leur côté « archaïque », et plus étonnantes et séduisantes en raison de leur cadre original, entourant le récit contemporain. La plume de l'auteur s'y fait plus fine, plus travaillée, sans que le récit ne s'en trouve édulcoré pour autant. Il s'en dégage une belle puissance narrative et un souffle remarquable, qui rendent cette Maison aux fenêtres de papier plus convaincante encore.

     En somme, Thomas Day nous a gâtés avec ces deux ouvrages, certes pas parfaits, mais témoignant assurément tant du talent de l'auteur que de la cohérence dans la variété de son œuvre.

Notes :

1. La partie consacrée à This is not America dans cette recension n'a pas été reproduite ici. [note de nooSFere]
2. Dont on s'autorisera toutefois à douter de la pertinence commerciale. [NdRC]


Bertrand BONNET
Première parution : 1/7/2009
dans Bifrost 55
Mise en ligne le : 1/11/2010


 
Base mise à jour le 20 juillet 2014.
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