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Clifford Donald SIMAK

Voisins d'ailleurs


Traduction de Pierre-Paul DURASTANTI
Illustration de Philippe GADY
BÉLIAL' n° (58), mai 2009
320 pages, catégorie / prix : 22 €, ISBN : 978-2-84344-091-5

Couverture

 Quatrième de couverture  
     Le grand retour de Clifford D. Simak !

     Il s'approcha, se pencha, et laissa courir sa main sur le haut de l'objet sans se demander ce qui lui inspirait cette réaction, même s'il songea, un peu tard, qu'il aurait sans doute dû se retenir. Mais ce devait être sans danger, car il ne se passa rien — dans un premier temps. Le métal, ou le matériau évoquant le métal, était lisse sous la paume et son poli semblait abriter une terrible dureté ainsi qu'une force effrayante.
     Il retira sa main, se redressa et recula d'un pas.
     La machine émit un unique cliquetis, comme par choix — comme pour attirer l'attention, prouver sa nature et indiquer qu'elle possédait une fonction et entendait l'accomplir avec autant d'efficacité que de discrétion.
     Telle fut du moins la nette impression qu'il en retira.
     Puis elle pondit un oeuf...

     Né en 1904 dans la ferme de son grand-père maternel près de Milville, dans le Wisconsin, Clifford D. Simak fut cultivateur puis journaliste, avant de devenir l'un des écrivains de science-fiction américain les plus traduits au monde. Il est mort en 1988, laissant derrière lui près d'une trentaine de romans — dont l'immense Demain les chiens, réédité rien moins que dix-huit fois en France — et plus de cent nouvelles ; une œuvre considérable empreinte de sensibilité et de nostalgie sans équivalent.
     Voisins d'ailleurs réunit neuf récits de Clifford D. Simak : quatre inédits et cinq perles depuis longtemps indisponibles et jamais réunies en recueil, proposées ici dans des traductions nouvelles ou révisées, dont « La Grotte des cerfs qui dansent », texte d'exception lauréat des prix Hugo, Nebula, Locus et Analog.


 Sommaire  
1 - Pierre-Paul DURASTANTI, Avant-propos, pages 11 à 11, Introduction
2 - La Maternelle (Kindergarten), pages 13 à 64, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
3 - Le Bidule (Contraption), pages 67 à 77, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
4 - Le Voisin (Neighbor), pages 79 à 104, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
5 - Un Van Gogh de l'ère spatiale (The Spaceman's Van Gogh), pages 107 à 126, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
6 - La Fin des maux (Shotgun cure), pages 129 à 148, trad. P. J. IZABELLE rév. Pierre-Paul DURASTANTI & Olivier GIRARD
7 - Le Cylindre dans le bosquet de bouleaux (The Birch Clump Cylinder), pages 151 à 180, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
8 - La Photographie de Marathon (The Marathon Photograph), pages 181 à 241, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
9 - La Grotte des cerfs qui dansent (Grotto of the Dancing Deer), pages 243 à 266, trad. Michel LEDERER
10 - Le Puits siffleur (The Whistling Well), pages 269 à 301, trad. Gilles GOULLET
11 - Pierre-Paul DURASTANTI, Bibliographie, pages 303 à 304, Bibliographie

 Prix obtenus  
La Grotte du cerf qui danse : Nebula, nouvelle / Short story, 1980, Analog (prix des lecteurs), nouvelle / Short story, 1981, Hugo, nouvelle / Short story, 1981, Locus, nouvelle / Short story, 1981
 
 Critiques  
     Tout le monde s'accorde à dire que Clifford D. Simak est un grand écrivain. Comment expliquer alors que depuis vingt ans, à une seule exceptions près, aucun texte inédit ne soit paru en France ? Certes, beaucoup d'œuvres de Simak étaient traduites en 1990, date de parution de La Confrérie du Talisman, dernier roman inédit en date. Mais il restait encore des textes à découvrir. Alors, Simak, auteur pas vendeur ? Il faut dire que son amour des cadres pastoraux sereins et son militantisme pour une humanité réconciliée avec elle-même et son environnement sont à mille lieues des débordements bellicistes et/ou surexcités que la SF connaît depuis une vingtaine d'années.
     En fait, la seule exception à ce désert éditorial était constituée par le numéro 22 de la revue Bifrost, consacré à l'auteur en avril 2001. C'est donc tout naturellement le Bélial' à qui l'on doit ce nouveau recueil de neuf textes dont quatre inédits, les autres ayant été publiés en revue et jamais repris depuis. Ne mâchons pas nos mots : il s'agit là d'un authentique événement.
     Événement éditorial, donc, mais les textes sont-ils à la hauteur de leur réputation ? Commençons par l'exemple le plus évident : « La grotte des cerfs qui dansent », nouvelle maintes fois primée, où un paléontologue découvre dans une grotte des peintures murales peu courantes ; cela ne constituera que la première surprise d'une longue série qui lui fera rencontrer un homme lui aussi étonnant... Un texte splendide, condensé de l'œuvre de Simak, hymne à la tolérance et l'humilité qui ne néglige pas pour autant la suspension d'incrédulité propre au genre, et dans lequel l'auteur laisse libre cours à sa passion pour les jeux temporels. On retrouve aussi le thème du gardien, abordé dans Au carrefour des étoiles, et du solitaire, même si ici il l'est plus par nécessité que par goût personnel (qui caractérise nombre des protagonistes simakiens).
     On l'a dit, Simak a beaucoup écrit dans la SF « pastorale », aussi n'est-ce pas surprenant de trouver bon nombre de nouvelles relevant de cette thématique : dans « La Maternelle », une machine débarque brutalement en pleine campagne, et se met à exaucer les vœux des villageois. Et si c'était une tentative d'invasion extra-terrestre ? Peut-être, mais qui dit Simak dit invasion pour la bonne cause... De même, « Le Bidule » (premier inédit) se révèle un artefact œuvrant plutôt dans le bon sens. De même que « Le Voisin » (autre inédit), même s'il s'agit ici d'une créature vivante et non d'un objet. Avec toujours le même leitmotiv : tout représentant d'une technologie avancée qu'il soit, la créature ou l'artefact ne servira qu'à renforcer le lien qui unit l'Homme avec la planète qui l'a enfanté.
     Il convient de constater que nombre des nouvelles réunies ici suivent le même procédé (du reste employé très fréquemment en roman par Robert Charles Wilson, l'auteur de Spin) : un objet d'origine extraterrestre est découvert par des terriens qui n'ont pas nécessairement le bagage scientifique pour l'appréhender, et il va changer la face du monde. C'est peut-être le point faible du recueil : cette thématique est abordée par trop de textes, et laisse donc peu de place aux autres sujets abordées par Simak. Le lecteur découvrant l'auteur risque de croire que ce dernier n'a exploité qu'une seule idée durant sa carrière, même si bien sûr il en a tiré des traitements différents. Ainsi, hormis les trois textes indiqués ci-dessous, on rajoutera « Le Cylindre dans le bosquet de bouleaux » (troisième inédit) et « La Photographie de Marathon » (quatrième et dernier inédit), qui reprennent le même thème, avec toutefois des issues divergentes : si « Le cylindre... » reste très prévisible dans son exploitation du paradoxe temporel, « La Photographie... » est à compter parmi les franches réussites du recueil, grâce aux nombreuses interrogations sur les notions d'être humain et de destin qu'il soulève. « La fin des maux », texte mineur, complète le tableau de cette thématique.
     Les deux textes restants, poignants, abordent des quêtes personnelles riches de sens : « Un Van Gogh de l'ère spatiale », beau récit doux-amer où un homme tente de retrouver la trace du plus célèbre peintre de l'ère spatiale, et « Le puits siffleur », où Simak aborde les thèmes du poids de l'histoire familiale et des légendes qui se colportent de village en village.
     Au final, on ressort de ce recueil avec la conviction renforcée que Clifford D. Simak n'a pas eu ces dernières décennies le traitement auquel il serait en droit de prétendre. Rarement auteur n'aura en effet aussi bien parlé de l'Homme, de tout ce qui le lie à ce qui l'entoure, sans pour cela sombrer dans un nombrilisme stérile : les nouvelles de Simak se lisent d'une traite, touchent au cœur tout en étant puissamment évocatrices de certains ailleurs, la plupart du temps habillées d'une légère pointe d'humour.
     On ne saurait donc trop remercier les éditions du Bélial', qui nous proposent ici une excellente entrée en matière pour ceux qui ne connaîtraient pas l'auteur. En attendant de nombreux autres livres futurs susceptibles de rendre justice à l'étendue du talent de Simak.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 13/7/2009
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Base mise à jour le 2 août 2010.
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