Edition J'AI LU, Millénaires (2001)
En 2004, alors que la sonde Cassini-Huygens approche de Saturne, la NASA vit un épisode particulièrement difficile de son histoire avec le crash d'une navette spatiale lors d'un atterrissage. Les données envoyées par Cassini-Huygens laissent entrevoir la possibilité d'une vie primordiale sur l'un des satellites de Saturne, Titan, mais elles passent relativement inaperçues dans ce contexte dramatique. Cependant, pour un groupe de passionnés, Titan devient le nouvel Eldorado et malgré les restrictions budgétaires et la volonté du gouvernement de mettre fin à l'exploration spatiale, ils réussissent à monter un projet complètement fou : une mission humaine vers Titan, un long voyage de plusieurs années sans certitude de retour. Cinq astronautes s'engagent dans ce projet insensé. Pendant leur long voyage, la Terre va subir bien des bouleversements et le voyage vers Titan va prendre une dimension inattendue.
Stephen Baxter est l'auteur de Voyage, un roman qui décrit de façon grandiose ce qu'aurait pu être la conquête spatiale si la NASA, après la Lune, s'était tournée vers la planète Mars. De prime abord Titan ressemble beaucoup à Voyage. On assiste aux préparatifs techniques de la mission, aux complexes tractations politiques pour obtenir des fonds, etc. Mais ce n'est la que la première partie du roman et l'intrigue de Titan va bien plus loin que n'allait celle de Voyage. La où ce dernier se contentait de décrire le voyage vers Mars et ses longs préparatifs, Titan suit également l'évolution géopolitique de la Terre en l'absence des astronautes. Cette ambition est aussi la faiblesse du roman. A vouloir trop en dire, Stephen Baxter sacrifie la crédibilité. La préparation de la mission parait bien rapide, de même que l'évolution géopolitique du monde que l'auteur n'arrive pas à rendre vraisemblable. Heureusement, Baxter n'est jamais aussi à l'aise que dans l'espace et c'est là que se situent les morceaux de bravoure du roman. Titan est un roman singulièrement sombre, l'avenir de la Terre est bien triste et le long voyage dans l'espace semé d'embûches. Les astronautes sont loin d'être des héros : leur unique souci est de survivre dans un environnement particulièrement hostile en accomplissant le plus souvent des taches rébarbatives et exténuantes. Pourtant, malgré toute cette noirceur, la magie de l'espace opère toujours ici ou là, lorsqu'un vieillard meurt en revivant les instants qui ont précédé ses premiers pas sur la lune, lorsque les explorateurs gravissent la plus haute montagne de Titan uniquement parce que personne avant eux ne l'a fait, lorsqu'ils marchent sous une pluie de méthane ou lorsqu'apparaissent soudain les anneaux de Saturne habituellement masqués par l'atmosphère du satellite. Autant de moments de pur sense of wonder, ce sentiment d'exaltation que seule peut offrir la science-fiction.
Titan est un roman qui va très loin, un roman qui, à l'image de l'un de ses personnages, n'est jamais satisfait et cherche toujours à obtenir plus de réponses, à savoir pourquoi l'univers est là et pourquoi la vie existe. Stephen Baxter le conclut d'une façon magnifique et surprenante qui fait oublier les petites faiblesses d'une partie de son intrigue. Cela fait de Titan une oeuvre qui, si elle n'est pas la meilleure de son auteur, n'en est pas moins extrêmement passionnante.
Frédéric BEURG (lui écrire) Première parution : 25/3/2001 nooSFere Mise en ligne le : 25/3/2001
Edition J'AI LU, Millénaires (2001)
Titan est un roman de hard science qui se situe dans un futur très proche (il débute en 2004). Dans la lignée de la série des Mars (la Rouge, la Verte, la Bleue) de Kim Stanley Robinson, il propose une histoire hyperréaliste de la colonisation de Titan, l'un des satellites de Saturne. En ce début du XXIe siècle, la conquête spatiale a peu évolué depuis les années 60. La Chine mène ses propres essais de mise en orbite tandis que l'Amérique se désintéresse progressivement de l'espace et que le budget de la NASA se réduit chaque année un peu plus. Seuls les plus vieux astronautes, y compris ceux des anciennes missions Apollo, caressent encore le rêve de voler à nouveau. La jeunesse américaine, elle, se replie de plus en plus dans un monde virtuel, et ce malgré le musellement de l'Internet. Avant l'élection imminente d'un nouveau président des États-Unis, où le candidat pressenti est un texan ultra-conservateur qui souhaite démanteler les vieilles fusées et stopper toute recherche scientifique, une poignée d'astronautes entreprennent un ultime projet très ambitieux. Ils souhaitent s'envoler vers Titan, sans espoir de retour, et y établir une base autonome. Le choix de ce satellite a été déterminé par la découverte d'éventuelles traces de vie révélées par la sonde Cassini. Les cinq astronautes, trois femmes et deux hommes, s'apprêtent donc à quitter la Terre et à cohabiter dans un espace confiné pendant de longues années... Après le très technique Voyage, Stephen Baxter s'emploie ici à creuser la psychologie de ses personnages sans pour autant délaisser la plausibilité scientifique. Sa description des États-Unis en pleine déliquescence est par ailleurs très poignante. Roman d'une grande envergure, Titan ne contient aucun temps mort, et l'appel de l'espace, que ressent tout astronaute (et tout amateur de science-fiction ?), y est merveilleusement décrit. Le seul bémol est sans doute le chapitre final, L'Été de Titan, qui détonne par rapport au reste du livre. Plus onirique, moins réaliste, il laisse le lecteur sur une fin tout à fait inattendue. Il n'en reste pas moins que Titan est un roman fabuleux, riche et marquant, à ne surtout pas manquer.
Marie-Laure VAUGE Première parution : 1/3/2001 dans Galaxies 20 Mise en ligne le : 3/6/2002
Edition J'AI LU, Millénaires (2001)
Voici, au cœur même du genre, un pavé de pure S-F que l'on pourra comparer, mais que l'on se gardera de confondre, avec l'opus homonyme de John Varley. Un Titan hollywoodien face à un Titan « Kim Robinsonien ».
En effet, si Baxter a récemment co-signé au Rocher Lumière des jours enfuis avec Arthur C. Clarke (cf. critique in Bifrost 21), >c'est qu'il est bien l'authentique successeur du vieux maître. Si la S-F de Baxter ne renvoie pas à celle de Varley — rien dans leurs déclinaisons respectives de l'exploration de Titan n'ayant quoi que ce soit à voir avec l'autre — , elle se tourne d'une part vers la « Trilogie Martienne » de Robinson et, de l'autre, évoque 2001, l'odyssée de l'espace, le chef-d'œuvre de Clarke et Kubrick dont Titan partage la thématique. À savoir, un vol habité vers Saturne à la recherche des prémices de la vie, avec la panspermie en toile de fond.
Au point de départ, un fait réel : l'arrivée sur Titan de la sonde Huygens en septembre 2004. De là, spéculation sur la découverte espérée de molécules prébiotiques — molécules chimiques complexes qui président à la vie.
Point de mystique clarkienne ici. Ni de HAL. Simplement, si Huygens donnait en 2004 un espoir sérieux de trouver de la vie sur Titan, que ferait-on ? Point de « Roue Spatiale » tournoyant sur champ d'étoiles et fond de valse ironique. Point de Freedom. Mir qui barre en rouille... Les fonds de pensions qui ne supportent aucune idée d'investissements à long terme... La conquête de l'espace, c'est du passé. L'Étoffe des héros et Apollo 13 sont des œuvres historiques. La Terre est peuplée — ou le sera bientôt, à fortiori en 2004 — d'une majorité de gens qui n'ont pas pu assister à une marche lunaire depuis leur naissance. Alors ?
Les conservateurs qui gèrent et profitent des fonds de pensions ainsi que leurs alliés écolos veulent mettre fin à la gabegie spatiale. Jake Hadamard est un de ces cadres, spécialisés dans le démantèlement d'entreprises qui permettent à la spéculation de flamber au nom d'une rationalisation de la production, très prisés des administrations libérales où l'on aspire à l'arrêt total de l'activité. Il a été placé à la tête de la NASA pour en finir. Le projet de Paula Benacerraf et Rosenberg d'un vol habité vers Titan va lui permettre de brûler tous ses vaisseaux et de tuer le rêve une fois pour toute.
Toutes les navettes, et des Saturn V restaurées pour l'occasion, sont utilisées pour lancer un équipage vers Saturne. Six années de voyages et de drames avant de toucher Titan...
Il est clair que nous sommes en présence de 700 pages de hard science, d'une écriture froide et technique. Destiné à ceux qui ont apprécié son précédent ouvrage, Voyage (même éditeur), Titan vise un public ciblé qui va adorer. Les autres ne le finiront probablement pas. Quoi de plus lent, monotone et routinier, qu'une trajectoire orbitale de six années dans un engin pas plus grand qu'un Airbus ? Et pourtant, Baxter s'en tire haut la main.
Roman de genre moderne, Titan est remarquable de précision. Trop, diront ses détracteurs. Peut-être. C'est un roman de spécialiste selon la mode ; un ouvrage qui est à l'ingénieur en aéronautique (l'autre métier de Baxter) ce que le legal thriller est à l'avocat. L'imaginaire tient ici peut de place, à l'inverse du souci de restitution du réel. Ce qui n'empêche pas le sense of wonder d'être au rendez-vous. Et puis, à défaut de suspense, il y a le drame, la tension de l'inéluctable et l'apothéose des héros... Surtout, Titan est un roman intelligent qui ouvre nombre de débats sur la place de la technique et de la science et leurs rôles dans l'avenir de l'Homme. La place fait ici cruellement défaut pour débattre, mais on en redemande.
Jean-Pierre LION Première parution : 1/4/2001 dans Bifrost 22 Mise en ligne le : 1/10/2003
|