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La Proie

Michael CRICHTON

Titre original : Prey, 2002
Traduction de Patrick BERTHON
Illustration de Will STAEHLE
POCKET, coll. Thriller n° 12161, dépôt légal : janvier 2005
480 pages, catégorie / prix : 9, ISBN : 2-266-14117-1

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Personnalité des milieux high-tech de Silicon Valley, Julia dirige Xymos, une jeune société qui fabrique des nanoparticules, ces robots infiniment petits destinés à la recherche militaire. Depuis quelque temps, son comportement est étrange. Elle s'absente de plus en plus souvent, se cache pour téléphoner, se désintéresse de son bébé malade, prononce des phrases incohérentes... Jack, son mari, veut comprendre. Chercheur en informatique, il parvient à se faire embaucher par Xymos pour une mission de consultant. C'est là, dans un curieux complexe technologique au cœur du Nevada, qu'il va découvrir jusqu'où peut aller le génie et la folie des scientifiques. Seul, il devra affronter un prédateur que nul n'avait jusque-là imaginé.
     Un prédateur petit, mais qui menace la planète.

     « (Une) incursion glaçante dans le nanomonde (...). »
Libération

 
    Critiques    
     Suite au récent décès de Michael Crichton d'un cancer incurable, lui, le médecin dont les visions n'ont pu se substituer à l'état actuel des connaissances scientifiques pour le sauver, nombre d'entre-nous auront fait une petite recherche sur son œuvre en guise d'hommage personnel.
     Et certains auront sans doute été surpris de ne trouver sur nooSFere qu'une poignée de critiques — plutôt désenchantées, d'ailleurs — concernant certaines parmi les moins abouties de ses œuvres. Et aucune sur ses trois derniers romans.
     Cependant il serait bien dommage d'ignorer ce que l'on peut nommer la trilogie testamentaire de Michael qui lui a permis de rompre avec la chute d'intérêt et de crédit que lui avait valu le très décevant Prisonniers du temps (Timeline). Car tant La Proie (Prey) qu'Etat d'urgence (State of fear) ou Next renouent avec la S.-F. et se classent dans un sous-genre crichtonnien que l'on pourrait qualifier de thriller scientifico-spéculatif.

     Avec La Proie, l'auteur de best-sellers souvent décrié par les puristes et vite adulé par les fans de l'incontournable Jurassic Park nous entraîne sur la piste terrifiante de nanoparticules libérées d'un laboratoire secret et s'organisant en une forme de supra-organisme aussi inédit que dangereux :« La caméra présentait maintenant une vue du sol du nuage qui s'approchait. En regardant plus attentivement, j'ai constaté que ce n'était pas le mouvement tournant, en hélice, d'un tourbillon de poussière, mais un mouvement sinueux, les particules décrivant une courbe dans un sens puis dans l'autre.
     Il n'y avait pas à s'y tromper, elles étaient en train d'essaimer.« 
     Et si le danger pour la survie même de notre espèce venait du tout petit, du nano, du micro et, qui plus est, mêlait puces et microorganismes ?
     Et si une fois organisées en essaims intelligents pour nous parasiter, échappant à toute unité centrale de commandement et conditionnées selon des principes évolutionnistes, ces entités se révélaient plus aptes à la survie que notre espèce d'apprentis sorciers qui leur avait donné leur chance de prospérer ?

     Ces questions, Jack va vite se les poser alors qu'il enquête sur les dessous de la société Xymos, alerté par l'étrange comportement de la directrice de cette entreprise de pointe en biotechnologie, sa propre femme, Julia. Aidé d'une poignée d'amis chercheurs comme lui, extrait brutalement de son rôle de père au foyer, il va donc découvrir et affronter ce redoutable prédateur qu'est l'essaim. Car ces supra-organismes qui coordonnent les nanoparticules hybridées avec le vivant échappent désormais à tout contrôle derrière le sourire rassurant de Julia et de ses collaborateurs. Et ces nuages n'hésitent pas à parasiter leurs démiurges pour se répandre au-delà de leurs laboratoires.
     Bien qu'animés d'une volonté de puissance illimitée, les essaims restent cependant soumis à une contrainte consubstantielle au vivant : se recharger en énergie.
     Lorsque Jack découvre l'ampleur de la menace, il engage une course contre la montre pour les empêcher, après avoir pris le contrôle de la tête de Xymos, de se lancer à la conquête de la planète en éliminant leur principal concurrent et imprudent créateur : l'Humain. Et son effroi face à cet adversaire protéiforme peut se résumer ainsi : « Il nous était maintenant donné de contempler une nouvelle construction réalisée par une nouvelle espèce et, cette fois encore, il était difficile de concevoir comment cela était possible. Comment un essaim aurait-il pu construire un monticule ? Je commençais à comprendre que dans ce désert il était vain de s'interroger. Les essaims changeaient rapidement, presque de minute en minute. Il était dans la nature de l'homme de chercher à comprendre, mais cela ne servait à rien : le temps que l'on comprenne, la situation avait déjà changé.

     On retrouve dans cette intrigue les principaux ingrédients et mécanismes du système Crichton. Une puissante société avide de pouvoir et de prestige ; des scientifiques aveugles et fanatiques prêts à tout pour réussir ; le grain — l'essaim en l'occurrence — qui grippe la belle machine et un héros ordinaire qui en luttant pour sauver sa peau et celle des siens, ne sauve rien de moins au final que notre espèce même.
     Et là, optimisme de Crichton oblige, c'est encore la science qui aidera à la sauver car tout organisme triomphant d'un premier invite lui-même à son tour un autre organisme à le détruire.
     La conclusion de Michael est sans appel. Même le plus pointu de nos scientifiques n'est pas à même de prédire comment réagira l'être dont il est le plus proche face à la griserie de la réussite. Et plus généralement, nulle leçon définitive ne peut être tirée des pires menaces auxquelles l'humanité a échappé, car elles ressuscitent sous une autre forme et sous les traits du progrès. Or, les hommes — et les femmes ! — sont trop faibles pour pouvoir résister aux démons qu'elles réveillent en eux.

     Avec cette Proie, Michael Crichton entre dans de plein fouet dans les peurs et préoccupations du vingt-et-unième siècle. Il nous offre à nouveau un thriller au rythme soutenu, aussi bien documenté que d'habitude, mais avec des personnages plus crédibles que dans le déplorable Timeline.


Olivier MAY
Première parution : 21/1/2009
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Base mise à jour le 19 octobre 2014.
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