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Aussi lourd que le vent

Serge BRUSSOLO

Science Fiction  - Illustration de Stéphane DUMONT
DENOËL, coll. Présence du futur n° 315, 1er trimestre 1981
192 pages, catégorie / prix : 1, ISBN : néant
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Un musée labyrinthe que l'on peut parcourir trente années durant sans jamais voir la fin de ces amoncellements de vitrines où dorment des objets défiant la logique, des oeuvres d'art terrifiantes dont la sarabande entraîne le visiteur imprudent dans un tourbillon vertigineux au centre obscur et mystérieux de ce bâtiment insensé dont personne, de mémoire d'homme, n'est jamais revenu...
     Une plage perdue aux confins d'un territoire que dévore la mer, étrange terrain d'expérience pour des artistes fous qui manient l'ordure et la beauté, modelant leurs chefs-d'oeuvre sur l'obscène...
     Une réserve touristique (zoo ou bagne ?) dont les mutants infirmes exposent leurs difformités à la curiosité des badauds avides de pittoresque.
     Trois trajets fascinants où l'horrible ne cesse de singer la perfection des statues.


    Sommaire    
 
    Critiques    
 
     Révélé par Futurs au présent (PdF 256), Serge Brussolo est sans doute l'auteur français le plus important du moment, c'est-à-dire un des seuls qui bâtisse sous nos yeux une œuvre puissante, originale, incomparable.
     Plus lourd que le vent (comme son précédent recueil : Vue en coupe d'une ville malade, PdF 300) est le premier événement réellement important survenu dans la SF française depuis Le temps incertain.
     Mais il ne suffit pas de dire que Brussolo est génial ; encore faut-il montrer pourquoi, ou plutôt comment... La démarche de Serge Brussolo possède l'évidence de la nécessité : jusque-là, la SF française procédait à une lecture des signes (la rhétorique dickienne ou le didactisme politique étant les plus répandus) ; Brussolo, lui, enfouit ou subvertit les signes par une lecture des formes.
     Comme la plupart des chefs-d'œuvre, les nouvelles de Brussolo réalisent à la fois une synthèse et un dépassement. Synthèse d'abord : on repère vite un choc d'images surréaliste, une sensibilité dada ou nonsensique (et qui a des ancrages dans les marges de la SF : Topor, Gébé ou Vian) ; ainsi le tank en porcelaine dans Trajets et itinéraires de l'oubli, ou la sculpture vocale dans Plus lourd que le vent. Mais Brussolo témoigne également d'un goût prononcé pour les métaphores borgésiennes (le musée de Trajets et itinéraires de l'oubli n'est-il pas une manière de bibliothèque de Babel ?) et d'un « blanchissement » de l'écriture venu du Nouveau Roman (circularité, distanciation, redistribution des objets et de l'univers phénoménologique, etc.). A partir de là, le dépassement opéré par Brussolo provient de : 1°) l'introduction de tout cet univers de références dans le champ de la SF contemporaine, et 2°) un traitement moderniste de l'ensemble. Brussolo se situe à un croisement esthétique significatif qui, d'un même mouvement, lui permet de prendre en compte la tradition et son renouvellement, en un échange constant. De ce point de vue, il est possible de saisir le fonctionnement de base du texte brussolien : la nouvelle s'organise d'abord autour d'une métaphore (le musée, ou la réserve de Visite guidée) ou, plus saisissant, d'une métonymie (la parole devenant sculpture, dans Plus lourd que le vent). Premier indice du travail formel : cette métaphore ou cette métonymie (procédant souvent d'une collision surréaliste) sont considérées comme un système (et non comme un symbole ou une poétique). Quelle que soit la force de l'image, elle est donc, dès le départ, déclassée. Explorant le système jusqu'en ses limites, Brussolo va abolir la signification, il va produire de l'ambiguïté. Là où la SF illustre souvent ses métaphores au premier degré (et parfois les « moralise »), Brussolo au contraire les anéantit. La SF ornemente le Mythe, Brussolo l'aplatit, le débauche et se nourrit d'une dialectique mystification/démythification qui bouleverse la lecture idéaliste. C'est là sa profonde originalité.

Bruno LECIGNE
Première parution : 1/6/1981
dans Fiction 319
Mise en ligne le : 26/6/2007


 
Base mise à jour le 20 avril 2014.
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