Roman après roman, l'incroyablement prolifique Pierre Pelot s'affirme comme l'écrivain français de SF le plus violent, le plus engagé de la nouvelle génération. On peut féliciter Jacques Goimard d'avoir osé publier ce livre de Pelot refusé par J'ai Lu parce que trop vitriolé. De fait, on n'a pas souvent vu en livre de poche un livre aussi anarchiste, aussi critique, aussi politique.
Un frère et une sœur, fous tous les deux, s'enfuient d'une ville caserne pour une dernière course sur l'autoroute. Ils sèment des bombes sur leur passage et zigouillent à tour de bras : dans une société capitaliste castratrice, c'est tout ce qu'il leur reste, la violence gratuite, aveugle.
On peut ne pas être d'accord avec les analyses de Pelot qui refuse ici toute possibilité de révolution collective (un contre-pouvoir « c'est toujours un pouvoir », et les militants organisés vont « gérer » la société qu'ils veulent détruire, c'est pas très juste, non ?) à la façon des anarchistes extrémistes. Mais on ne peut que saluer sa description précise et quasi-exhaustive de toutes les contraintes sociales, travail, famille, ordre moral, armée, consommation qui sous-tendent notre société libérale.
Violence verbale, violence de l'action, furieuse histoire d'amour incestueuse : une sacrée claque. Pierre Pelot est un peu trop provocateur et manque de réalisme politique (pour changer le monde, il ne suffit pas de cramer les supermarchés), mais c'est le premier qui va aussi loin dans la SF française : un grand coup de chapeau pour 1977, l'année Pelot.
Bernard BLANC (lui écrire)
Première parution : 1/7/1977
dans Fiction 282
Mise en ligne le : 1/5/2012