Recherche Rapide
    nooSFere > Encyclopédie > Littérature Choisir un autre habillage   
    Critiques    
    Littérature    
    Identification    
    Fiche livre    

La Maison fantastique

Miriam Allen DEFORD

Fantastique  - Illustration de Jean-Michel NICOLLET
NOUVELLES ÉDITIONS OSWALD (NéO), coll. Fantastique / SF / Aventure n° 212, dépôt légal : juillet 1988
178 pages, ISBN : 2-7304-0504-6
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Aucune anthologie des nouvelles de Miriam Allen DeFord n'a jamais été publiée en France. Cela constitue une anomalie que le présent recueil vient réparer. Miriam Allen DeFord fait en effet partie de la grande génération des écrivains américains capables de passer, avec une stupéfiante aisance, du policier à la science-fiction et de la science-fiction au fantastique, voire de proposer dans un seul et même texte un syncrétisme de tous ses genres. En cela, elle ressemble à des auteurs aussi prestigieux que Fredric Brown, John D. MacDonald, Richard Matheson, Jack Vance ou Robert Bloch. Chacune des nouvelles réunies ici s'arc-boute autour d'une idée originale et exploite celle-ci jusqu'à ses conséquences ultimes, jusqu'à ce point mystérieux où se rencon­trent la logique et l'inadmissible et que seuls découvrent les vrais conteurs. Et, arrivé là, le lecteur ne se demande pas si l'histoire qu'il a lue relève d'un genre ou d'un autre, si elle constitue une spéculation sur le futur, une énigme policière ou un récit surnatu­rel. Il sait seulement qu'il vient d'être confondu et que cette confusion a, bel et bien, quelque chose de magique.
     D'après Jean-Baptiste Baronian (Introduction).

     Né en 1888, à Philadelphie, dans une famille de médecins, Miriam Allen DeFord exerça de nom­breux métiers avant de commencer à écrire des nouvelles mi-policières, mi-fantastiques, qui paraî­tront très vite dans des revues et magazines. A partir de 1923, elle vivra uniquement de sa plume. Sa bibliographie est considérable : romans, nouvelles, essais, biographies, recueils de poèmes, anthologies, ouvrages sur la linguistique et traductions d'auteurs latins. On remarquera au sein de cette importante production plusieurs ouvrages sur le fascisme et des études sur des crimi­nels célèbres : Bonnie et Clyde, Ma Barker. Ses multiples nouvelles ont fait l'objet de deux recueils : Xenogenesis et Elsewhere, Elsewhen, Elsehow. Miriam Allen DeFord est morte en 1975. En France, de très nombreuses nouvelles ont paru dans les revues Fiction, Mystère magazine, Le Saint magazine.



    Sommaire    
1 - Jean-Baptiste BARONIAN, Une femme "tout terrain", pages 7 à 11, Introduction
2 - La Maison fantastique, pages 13 à 29
3 - Avez-vous déjà rencontré des plantes heureuses ? (Murder in green), pages 31 à 40, trad. Maxime BARRIÈRE
4 - Je suis un assassin bien heureux (Murder by person or persons unknown), pages 41 à 50, trad. Jacqueline REMILLET
5 - L'Avenant (Time trammel), pages 51 à 57, trad. Roger DURAND
6 - Les Transfuges (Slips take over), pages 59 à 74, trad. Paul ALPÉRINE
7 - Bien de mainmorte (Mortmain), pages 75 à 83
8 - Tremblement de temps (Timequake), pages 85 à 95, trad. René LATHIÈRE
9 - La Cage (The cage), pages 97 à 118, trad. Michel DEMUTH
10 - Mrs. Hinck (Mrs. Hinck), pages 119 à 128
11 - Les Racines du mal (Gathi), pages 129 à 137, trad. René LATHIÈRE
12 - La Corde au cou (Rope's end), pages 139 à 152, trad. René LATHIÈRE
13 - Un système infaillible (The absolutely perfect murder), pages 153 à 163, trad. Yves HERSANT
14 - Le Passage de Vénus (The transit of Venus), pages 165 à 178, trad. GERSAINT
 
    Critiques    
     Qui se souvient de M.A.D. ? Probablement bien peu de monde, à parties fans historiographes et les très vieux lecteurs de Fiction... Chez ces derniers, un titre résonnera peut-être à l'oreille de la mémoire : Un monde aux cieux dormants. On peut le retrouver au sommaire du n°25 de notre revue (Décembre 55, il y a plus de trente ans !). Ce texte au titre bien poétique (par ailleurs co-écrit par Anthony Boucher, qui était à l'époque rédacteur en chef de F and SF), était la deuxième apparition de cet auteur dans Fiction, qu'elle visitera régulièrement pendant une dizaine d'années, en même temps que les revues sœurs Mystère-Magazine et Le Saint-Magazine. Dans ce fameux numéro 25, en compagnie de dame Miriam (née en 1888 — morte en 1975), on trouve aussi une nouvelle d'Idris Seabright (pseudonyme de Margaret Saint-Clair, née en 1907), et un texte de Zenna Henderson, née en 1911. Un beau tiercé, qu'il me plait de faire remonter des eaux dormantes, parce qu'il prouve qu'il y a trente ans et plus, Fiction était fortement féminisée et que, si je peux me permettre, toutes ces dames honorables en avaient dans la culotte.
     M.A.D. (que ces initiales lui vont bien, décidément), était une spécialiste de la terreur feutrée, de l'angoisse en gant de velours, et de la courte histoire à chute. Sa spécialité était aussi de ne pas en avoir puisque, comme Bloch ou Matheson, elle passait avec aisance de la SF au fantastique et du fantastique au thriller (mélangeant parfois les trois genres avec brio). Le présent recueil (treize textes émanant des revues citées, et réunies par J.-B. Baronian) rendent bien compte de l'art de l'auteur pour brouiller les pistes. Comme c'est souvent le cas chez ce genre d'écrivains qui aime les brouillages, ce sont les récits les plus codifiés qui passent le moins bien la rampe du temps : que ce soit la SF (La cage, sur des insectes mutants) ou le fantastique classique bien que parodique (L'avenant, sur le pacte avec le diable). Dans le thriller d'ambiance pourtant, ce genre de nouvelles à fait merveille dans les compilations signées Hitchcock, M.A.D. est à la hauteur : avec La maison fantastique (le gardien d'une étrange maison est tourmenté par un mystérieux locataire) ou Bien de mainmorte (un crime crapuleux qui tourne mal), tout repose dans la chute, une ligne, la dernière de la nouvelle  ! Un exploit, qu'on retrouve d'ailleurs en queue de certains autres textes, même si ce n'est pas avec le même bonheur (Le passage de Vénus, encore de la SF classique).
     Ce qui intéresse le plus madame Deford, c'est ce tremblement de la réalité qui fait qu'à un moment ou un autre, pour une observateur innocent, les choses se brouillent et perdent doucereusement leur cohérence (une des nouvelles s'appelle justement Tremblement de temps — mais elle n'est pas non plus parmi les plus mémorables). Et quel meilleur terrain de brouillage que les univers parallèles ? Les deux récits les plus frappants du recueil en procèdent. D'accord, c'est un thème de SF ; mais la façon dont l'exploite Deford est loin d'être traditionnelle. Il s'agit de Les transfuges, et de Mrs. Hinck (qui se trouve être le tout premier texte de l'auteur a avoir été publié dans notre revue. Là, elle atteint la classe des meilleurs Matheson...
     Voilà donc un recueil où, si tout n'est pas de la même qualité, on peut célébrer des retrouvailles inespérées (ou faire une première rencontre insolite, c'est selon) : l'équivalent de ce que fut il y a quelques mois Contretemps, de Jack Finney, chez Clancier-Guénaud — et cette mise en parallèles n'est aucunement gratuite, puisqu'il y a plus d'un point commun entre les deux auteurs. Par cette publication, les éditions NéO semblent annoncer un bond en avant dans le temps, leur mémoire vivante des années 20 et 30 passant aux décennies 45-65 (puisque la réédition de l'œuvre complète de Carsac est également en cours). Une excellente initiative, qui devrait permettre à la jeune génération des lecteurs d'accéder à des écrivains oubliés ou méconnus. Mais, pour que cette mémoire fonctionne bien, il faudrait qu'elle soit accompagnée d'une bibliographie, qui manque ici, comme trop souvent chez NéO. Nul n'est parfait.


Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/1/1989
dans Fiction 404
Mise en ligne le : 15/2/2002


 
Base mise à jour le 23 novembre 2014.
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2014. Tous droits réservés.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique. Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres.