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L'Autre côté. Un roman fantastique

Alfred KUBIN

Titre original : Die andere Seite, 1909
Fantastique  - Traduction de Robert VALENCAY
José CORTI, coll. Merveilleux n° 12, 2ème trimestre 2000
384 pages, catégorie / prix : 19,82 €, ISBN : 2-7143-0724-8

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Comme pouf certains grands créateurs, un média ne suffit pas à Kubin : d'une main, il peint, de l'autre, il écrit.
     Son seul roman, l'Autre côté, qu'Herman Hesse, déjà, considérait comme un livre majeur, est devenu, depuis sa parution en 1909, une des œuvres-clés de la littérature dite moderne. L'Autre Côté a influencé Kafka, Jünger et les surréalistes, de même que le groupe du Cavalier Bleu auquel Kubin appartenait.
     Comme la plupart des livres qui comptent, L'Autre Côté, son Empire du rêve — tel un avatar angoissant des confins — ne se résume pas. Théâtre de fantasmagories échevelées, de métamorphoses hallucinées et de décompositions de toutes sortes, L'Autre Côté est le contrepoint même du rêve. Tout est rêve tant que tout demeure en deçà des frontières de l'Empire éponyme : le voyage, la quête, la lumière ; au-delà, c'est-à-dire au-dedans, la cauchemar éveillé : ciel lourd, resserrement, prémonition, jusqu'à la lente dégradation mortifère.
     Voici donc une parodie de l'utopie, du voyage extraordinaire, et du merveilleux !

     Depuis l'édition de Pauvert, de 1964, ce livre manquait. Le texte, suivi de « Quelques souvenirs de ma vie », autobiographie subjective de Kubin, et d'une lecture du libraire Laurent Evrard est, bien sûr, illustré par Kubin, lui-même.


    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
    Adaptations (cinéma, télévision, théâtre, radio, jeu vidéo, ...)   
Traumstadt , 1973, Johannes Schaaf
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition NOUVELLES ÉDITIONS OSWALD (NéO), Fantastique / SF / Aventure (1984)


     Il m'arrive rarement de convenir qu'un livre m'est tombé des mains. Surtout lorsqu'au départ le livre en question bénéficiait d'un présupposé favorable. Il faut dire que, dans le domaine fantastique, L'autre côté est frappé d'une aura mythique. On ne cesse à son propos d'accumuler les références au fantastique allemand moderne (Meyrinck, Kubin, Ewers...) et de le désigner parmi les ouvrages fondateurs. D'autre part, Kubin cumule les rôles d'écrivain et d'artiste, et le mélange des genres m'a toujours séduit (je ne vois guère qu'Andrevon pour y prétendre dans notre domaine — voir C'est tous les jours pareils et Des îles dans la tête, mais je m'égare).
     Le thème est semble-t-il intéressant : utopie ou contre-utopie, recherche d'un bonheur terrestre et destin destructeur. Perle, la cité fondée en Asie Centrale par Claus Patera, n'est pas sans convoquer divers grands modèles, le thème de la ville génératrice d'utopie courant de Campanella à Jules Verne. Perle, pourtant, porte en germe sa destruction future : Patera l'a voulue figée, comme toute utopie, même positive — et c'est d'ailleurs en cela que toute utopie est sa propre contre-utopie, car vient un jour quelqu'un qui veut bouger. Perle est de plus figée dans le passé, et il est clair que les valeurs qui l'ont créée et la maintiennent provisoirement statique sont des valeurs réactionnaires au sens quasi étymologique du terme. Cette ville allemande composite mais ancienne transplantée dans un désert asiatique est d'avance condamnée, et aucun sortilège ne la protège lorsque se déchaînent les forces de la démence collective. Confier à un millionnaire américain, Hercule Bell, la responsabilité de la chute de l'Empire du Rêve, devient purement anecdotique. Perle devait de toute façon s'effondrer sur elle-même. Sans doute, le rôle de l'Américain est-il porteur d'un symbole : celui d'une époque qui voyait dans les États-Unis l'espoir de modernité et de force d'un monde futur.
     Malgré tout ceci, dont on ne niera pas l'intérêt, pas plus que l'on ne condamnera l'ouvrage pour son hybridité utopie/fantastique (car l'hybridité est plutôt signe de vitalité). L'autre côté reste malgré tout, un roman qui jamais n'accroche véritablement, qui jamais ne connaît le plus petit soupçon d'identification romanesque. Difficile de s'intéresser à la trajectoire du narrateur. Difficile de s'interroger sur le sens et le mystère ( ?) profond de l'Empire du Rêve. Tout le narratif semble comme décalé, et sans cesse manquant de la plus élémentaire conviction destinée à emporter l'intérêt du lecteur.
     Je ne veux pourtant pas condamner définitivement l'œuvre, dont je ne connais pas l'original (ne lisant de toute façon pas l'allemand), car une bonne part du retrait dans la lecture me semble être le fait d'une traduction usant d'une langue que je qualifierai au mieux de surannée ! Peut-être les Nouvelles Editions Oswald auraient-elles dû faire retraduire l'ouvrage, qui, comme tel, n'emporte guère l'adhésion.


Dominique WARFA (lui écrire)
Première parution : 1/9/1984
dans Fiction 354
Mise en ligne le : 1/11/2005


Edition NOUVELLES ÉDITIONS OSWALD (NéO), Fantastique / SF / Aventure (1984)


 
     C'est une très bonne initiative de la part des Nouvelles Editions Oswald que d'avoir réédité cet ouvrage d'Alfred Kubin, paru précédemment aux éditions Jean-Jacques Pauvert. Auteur autrichien né en Bohème en 1877 et mort à Zwickledt en 1959, Alfred Kubin fait partie de ce mouvement de renouveau de la littérature de langue allemande du début du siècle. Au même titre que Gustav Meyrink, Hanns Heinz Ewers ou Karl Hans Strobl, Alfred Kubin a su développer une vision fantastique du monde qui, à l'époque, bouleversait les conceptions traditionnelles de la littérature fantastique germanique. Ce roman, dans lequel se ressentent les influences de Poe et d'Hoffmann, se présente comme une plongée dans l'inconscient, dans les univers oniriques de l'Homme. L'autre côté est plus un roman qui exploite l'intériorité de l'individu qu'un voyage vers des contrées inconnues.
     L'histoire nous expose les mésaventures d'un couple — le narrateur et sa femme — qui s'est rendu dans l'Empire du Rêve, un pays magnifique, trop parfait, dominé par le Maître Claus Patera, camarade de classe du narrateur. Ce monde, qui au départ apparaît comme un pays de rêve, ne tarde pas à dévoiler son véritable aspect : le non-sens. Prenons par exemple la religion où « l'œuf, la noix, le pain, le fromage, le miel, le lait, le vin et le poivre sont particulièrement consacrés » (p.75), et plus loin encore où « les cheveux, la corne, les pommes de pin, les champignons, le foin aussi étaient sacrés. Le crottin de cheval, le fumier de vache avaient aussi une très haute signification » (p. 75). Il est à noter que les Français sont mal vus de l'auteur qui leur attribue tous les vices de la Création. Comme quoi, en ce début de XXe siècle, le Français offrait plutôt, au regard de nos voisins germaniques, l'image d'un amateur de bons vins et de belles filles... Monde du non-sens où tous ceux qui refusent le progrès sont accueillis à bras ouverts. « Dans l'Empire du Rêve, lieu d'asile de tous ceux que ne satisfait pas la civilisation moderne, on pourvoit à tous les besoins corporels » (p. 13). Pourtant, cela n'empêche pas le Pays du Rêve de véhiculer une certaine forme de spiritualité. « Tout y est organisé sur une vie spiritualisée au suprême degré » (p. 14) L'Empire du Rêve prend plutôt l'apparence d'un univers utopique où tout est permis à ceux qui y vivent. Mais ce non-sens reflète en réalité des conflits internes qui animent la raison humaine. Tout y est fluctuant, comme dans les rêves. D'ailleurs, la fin du récit s'apparente un peu au réveil du dormeur qui abandonne le rêve pour retrouver la morne réalité. Mais le rêve peut parfois tourner au cauchemar et, dans ce cas, le réveil se transforme en délivrance.
     Sous l'humour grinçant, parfois macabre, mais toujours déroutant, l'auteur nous dévoile une utopie antimoderniste, écrite à une époque où la science progressait à pas de géant et inquiétait bon nombre de ses contemporains. Si le livre souffre parfois de longueurs — certaines descriptions interminables — il réussit néanmoins à capter l'attention du lecteur avec ce charme suranné d'une époque révolue. Des dessins de l'auteur ont été reproduits dans le texte mais ne présentent qu'un intérêt purement historique. Ce livre est le seul connu d'Alfred Kubin. On ne peut que regretter qu'il n'en ait pas écrit d'autres dans la même veine. Une raison suffisante pour découvrir celui-là.

Frédéric KURZAWA
Première parution : 1/9/1984
dans Fiction 354
Mise en ligne le : 16/12/2008


 
Base mise à jour le 23 novembre 2014.
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