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Jean-Claude ALBERT-WEIL

Franchoupia


 Science Fiction  - Cycle : Contre-Monde (Saga du)  vol.

L'ÂGE D'HOMME, avril 2000
434 pages, catégorie / prix : 160 FF, ISBN : 2-8251-1298-4

Couverture

 Quatrième de couverture  
     L'uchronie, construction de mondes dans un temps qui aurait pu exister, est la clef du projet romanesque de Jean-Claude Albert-Weil. Le « contre-monde » qu'il oppose au « souk marchandaliste-Coca-MacDo » régressif qui régit notre existence occidentale est un grand Empire eurasiatique issu (dans le premier volet de son triptyque) de la victoire allemande en 1940... Mais rassurez-vous, la dénazification a bien eu lieu... Rassurez-vous... Cela, c'était Sont les oiseaux... (Grand Prix du roman de la Société des Gens de Lettres 1997), roman qui s'intitule désormais Europia... Car voici qu'apparaît le deuxième volume, Franchoupia... Suivi bientôt de Sibéria !
     Franchoupia, c'est une France libre... Des patriotes (à coup sûr...), qui en 1940, refusant l'occupation, ont fondé une sorte de réplique d'Etat en Guyane... Or tout cela, sous l'hégémonie yanquie, le poids des droits sacrés, des associations social-cultu, des obligatoires etnikophilles, des hébéto-médias, de la classe politique des « touspoux » et des « crapulterrands »... tout cela devient rapidement une pestilentielle république bananière... On n'a qu'une idée, c'est d'en sortir... Alors...
     Alors il reste la forêt... son délire, sa luxuriance, sa fausse nature... ses faux ermites et ses guérilleros ramollis à l'hallucinogène... sa perversion finalement... Au terme d'un parcours initiatique dans ce monde déclinant, le lecteur finit par découvrir qui est le vrai personnage du livre : le langage.
     Car, à son rejet des valeurs reçues, Jean-Claude Albert-Weil associe le refus du français figé... Comme Rabelais ou Céline, il aime sa langue... Et comme eux, il l'aime vivante, turbulente, hargneuse, inventive. Brassant les mots et les sons nouveaux avec une fantaisie médiévale, il nous offre, en sus de l'univers qu'il crée, le vocabulaire authentique de ses habitants. Un véritable feu d'artifice !
     Si vous en avez assez de l'ouverture à l'autre, de l'humain des hautes consciences, de cette bonté si citoyenne, si conviviale, si pédagogique... assez du sport populieux, assez des messages publicitaires, assez de la vulgate humanitaire qui n'est que poudre aux yeux, assez d'approuver, assez d'être un spongiaire béat qui absorbe et exsorbe les télé-niaiseries générales... Alors, prenez ce livre et entrez dans les territoires libérés d'Albert-Weil

 
 Critiques  
     En 1996, les éditions du Rocher publiaient Sont les oiseaux..., situé un demi-siècle après la victoire de l'Allemagne dans une Europe « déshitlérisée », supposée avoir abjuré l'antisémitisme mais bel et bien nazie, et d'autant plus dérangeante que maints aspects en pourraient être sympathiques, entre liberté sexuelle, écologie, promotion de l'entreprise alternative contre la grande industrie, critique de la publicité, de TF1 ou de l'ENA, etc. Le tout bourré de clins d'oeil, dans une langue elle-même uchronique, entre Célineries et constructions lexicales allemandes. L'exergue due à Swift, fixant pour but « de tourmenter le monde plutôt que de le divertir », laissait place à diverses lectures, jusqu'à la dénonciation de poncifs façon Club de Rome, réputés progressistes et pourtant compatibles avec le nazisme (cf. la critique parue dans KWS).
     Nécessitant un solide estomac, et pas vraiment tous publics, mais aussi brillant que pervers, ce roman reparaît chez l'Age d'Homme sous le titre Europia. Avec une suite, Franchoupia. Mais si la richesse de la description d'une Europe parallèle palliait la faiblesse de l'intrigue, la « France libre » installée en Guyane depuis 1940 mêle goût de déjà-vu et arrière-goût déplaisant. C'est la France actuelle au prisme de phantasmes de l'extrême-droite dans sa version « libérée », runes et néo-paganisme plutôt que cul-béni ou famille-patrie. Dès le prière d'insérer, est dénoncé un pays croulant « sous l'hégémonie yanquie, le poids des droits sacrés, des associations social-cultu, des obligatoires etnikophilies, des hébéto-médias, de la classe politique des 'touspoux' et des 'crapulterrants' ». S'ajoutent d'autres haines recuites, du capitaine Dreyfus à n'importe quelle grève, de 1789 à la gay pride, des banlieues et des immigrés aux fonctionnaires et au clergé (à dégoûter de l'anticléricalisme), de Mitterrand au De Gaulle de 1940 ou de 1962. Le tout, malgré des dénégations, baigne dans un antisémitisme obsessionnel, style « ils sont partout ». Faut-il préciser que le résultat est nauséabond ? Et médiocre : citer Sade et plagier Céline ne rend pas talentueux, quand on n'en garde que les tics et les tares.


Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/9/2000
dans Galaxies 18
Mise en ligne le : 1/3/2002


 
Base mise à jour le 2 août 2010.
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