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Inversions

Iain M. BANKS

Titre original : Inversions, 1998
Science Fiction  - Cycle : Culture (Cycle de la)  vol.

Traduction de Nathalie SERVAL
Illustration de Wojtek SIUDMAK
FLEUVE NOIR, coll. Rendez-vous ailleurs n° (1), dépôt légal : avril 2002
384 pages, catégorie / prix : 16 €, ISBN : 2-265-07192-7

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Une planète éclairée par six lunes, perdue dans les régions les plus reculées de la Galaxie...
     A la Cour du Roi Qience, un espion s'intéresse aux agisse­ments du Docteur Vosill qui a été mystérieusement nommé médecin du souverain. Nomination d'autant plus étonnante que le Docteur est un étranger et surtout, que le Docteur est... une femme ! Ce qui déchaîne suspicions et jalousies. Mais, si le Docteur Vosill ne manque pas d'ennemis, elle ne manque pas non plus de ressources. Médicales et autres... C'est à elle que l'on a recours pour guérir les empoisonne­ments, pour faire parler les suspects soumis à la question, pour soulager le Roi de ses différents malaises... De l'autre côté des montagnes, un dénommé DeWar est le garde du corps du Protecteur Général de Tassasen. Sa mission ? Déjouer les complots qui visent à éliminer son chef régicide. Tout en préservant l'amitié secrète qui le lie à la favorite du Protecteur.
     Intrigues de palais, trahisons, serments... Le médecin et le garde du corps partagent un secret commun et leurs destins sont inextricablement liés.
     Un roman haut en couleurs et en passions, subtil et remarquablement construit.


    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
Francis Valéry : Passeport pour les étoiles (liste parue en 2000)  pour la série : Culture (Cycle de la)
 
    Critiques    
     La cour du roi Quience comporte un personnage surprenant : le docteur Vosill, attaché au service du roi. Surprenant parce qu'il vient de l'autre bout de la planète, avec des techniques visiblement supérieures à celles des praticiens locaux, grands adeptes des saignées ; parce qu'il s'adresse au roi avec une étonnante familiarité et s'occupe aussi des pauvres ; parce que, enfin, il est une femme. Vosill éveille donc les soupçons de bien des ducs et des sénéchaux, et son assistant, Oelph, a été chargé de l'espionner par un commanditaire qui nous est dissimulé. La compilation de ses rapports supposés emplit la moitié de ce livre.

     L'autre moitié se déroule dans le royaume de Tassasen, proche mais non immédiatement voisin. Le pouvoir y est détenu par le « Protecteur » UrLeyn, qui doit la vie à la vigilance de son garde du corps, DeWar, mais aussi à la présence d'esprit d'une de ses concubines, Dame Perrund, qui lui fit un jour rempart de son corps contre le poignard d'un assassin. Blessée, estropiée, Perrund reste dans le harem une interlocutrice de choix d'UrLeyn. DeWar, qui soupçonne tout le monde un peu comme tout le monde soupçonne Vosill, devient l'ami puis l'amoureux (de loin) de Perrund. Dans le même temps, UrLeyn connaît des déconvenues sur le plan militaire mais aussi personnel, avec la maladie de son fils adoré, Lattens. Ce second fil de la narration, intercalé avec le premier, est d'auteur anonyme plutôt que de destinataire anonyme. Mais ce sont dans les contes que DeWar raconte à Lattens qu'on devine la trace d'une connexion entre le docteur et le garde du corps, tous deux étrangement étrangers à la société au cœur de laquelle ils se sont nichés...

     Banks se garde ici des scènes d'action éblouissantes, à la limite du crédible, et on l'a connu plus retors dans l'enchevêtrement des récits. Si l'ambiance de S-F maquillée en fantasy (mais indubitablement S-F grâce à des détails comme les notations astronomiques), l'usage des contes comme vecteur d'information et l'importance accordée à la personnalité des narrateurs font penser à Gene Wolfe, ce livre reste bien en deçà des chefs-d'œuvre de l'auteur américain. Banks demeure néanmoins un maître de l'envoûtement du lecteur, avec un style riche tant en choix de vocabulaire qu'en litotes bien placées, et bien sûr un art consommé du suspense et du retournement de situation (fussent-ils quelque peu forcés).

     En définitive, ce livre s'expose au même reproche général que Le Business ou à la série de « la Culture » : Banks met son considérable talent au service d'une œuvre impeccablement commerciale, qui peut parfois sonner creux. A moins qu'on ne l'envisage comme un projet politique : apporter au lecteur ordinaire de best-seller, sous l'emballage des conventions de genre qu'il apprécie, un message moins réactionnaire que celui auquel il est accoutumé. C'était flagrant (et donc parfois un peu naïf) dans Le Business, pastiche du thriller contemporain mâtiné de romance. Ici, c'est la science fantasy qui est pastichée — l'œuvre d'Orson Scott Card, par exemple ; même si les deux auteurs ne se placent évidemment pas sur le même plan (morale abstraite contre art de la vie en société), on ne peut s'empêcher de remarquer que Inversions essaie de suggérer que les antibiotiques et les municipalités bourgeoises valent mieux pour faire progresser la société que le droit de vie et de mort des maris sur leurs épouses... Et tout naturellement, les protagonistes principaux sont, au sein de sociétés féodales (ou un peu plus avancées : le titre de Protecteur que s'arroge le régicide UrLeyn évoque immanquablement Cromwell), des visiteurs d'une civilisation plus avancée. Situation que l'on retrouve d'ailleurs dans la plupart des romans de « la Culture » (il n'est d'ailleurs pas sûr que ce livre ne relève pas du cycle de façon sournoise, voir le clin d'œil p. 378).

     Le roman a le mérite de mettre en scène l'intrication entre le rôle politique du monarque et sa personne privée (une distinction comprise plus tôt par les Britanniques, inventeurs de la monarchie parlementaire, que par d'autres peuples européens), et de ne pas chercher d'échappatoire au désespoir des amours sans réponse. Ce qui n'est pas forcément très profond : en inventivité, Inversions reste au-dessous des meilleurs romans de « la Culture » (j'avais parfois du mal à me remémorer dans quelle partie du livre je me trouvais, tant la cour du Roi et celle du Protecteur se ressemblent — ce qui est peut-être une leçon en soi...). Pour autant, ce roman est plus prenant et agréable à lire que 99% de ce qui se publie en S-F et fantasy à l'heure actuelle.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/7/2002
dans Bifrost 27
Mise en ligne le : 11/9/2003


     [Chronique de l'édition originale anglaise parue chez Orbit en juin 1998]

     Le nouveau Iain M. Banks est un livre déroutant car il ne ressemble en rien aux oeuvres précédentes de l'auteur. En effet Banks, que l'on connaît surtout en France pour ses romans sur l'univers de la Culture (voir critique d'Excession, plus haut), nous propose ici un tout nouveau visage. Lui qui nous avait habitué à un style léger et chargé d'humour, accouche avec Inversions d'un livre noir et dérangeant.

     Inversions raconte deux histoires qui s'alternent au fil des chapitres. Le narrateur nous décrit ses travaux et ses jours en tant que page de la doctoresse du roi, tout en offrant, en parallèle, le récit de la vie du garde du corps d'un autre monarque vivant de l'autre côté des montagnes. Et si le seul lien objectif entre les deux histoires est ténu, elles parlent d'une même voix de trahisons, d'amour contrarié et de mensonges.

     Les personnages sont d'une extrême richesse : le garde du corps fait montre de sensibilité et de tendresse, alors que la frêle doctoresse se révèle capable de défaire ses adversaires à mains nues. Le page, quant à lui, traverse les émois de l'entrée dans l'âge adulte, tiraillé entre passion et loyauté. Le récit nous entraîne irrésistiblement de salles de torture en laboratoire d'alchimie, et on assiste au sacrifice des protagonistes sur l'autel des intrigues de cours sans jamais parvenir à percer leur mystère. Les événements inexplicables restent inexpliqués, et le narrateur avoue son incapacité à nous éclairer. De son récit fait de brouillard, il s'excuse en affirmant qu'il n'en sait pas plus et que, quelquefois, il faut savoir faire avec ce qu'on a puis continuer sa vie. Cette narration nous colle à la peau et laisse comme une impression poisseuse de sang sur les mains...

     Inversions est un livre sans espoir et sans issue mais chargé de poésie. La voix de Banks, envoûtante, y résonne comme l'écho d'un murmure, et il est tout aussi difficile de s'en défaire que d'imaginer qu'il s'agit bien du Banks que l'on cornait. En définitive, on enragerait presque de savoir Inversions en tête des best-sellers de l'été, tant on aimerait le garder pour soi, être seul à connaître ce Banks nouveau. Et finalement de constater que nul doute n'est plus désormais possible : cet homme est un magicien.

Sophie GOZLAN
Première parution : 1/10/1998
dans Bifrost 10
Mise en ligne le : 3/11/2003


     Voilà un roman merveilleusement agencé, construit de main de maître. Comme souvent chez Banks, deux récits se déroulent parallèlement ; le second est écrit à la troisième personne par un auteur dont l'identité ne sera dévoilée qu'en fin de récit. Cependant, bien que Oelph, le narrateur du premier récit, se livre en rapportant les faits et gestes du docteur Vosill dont il est l'apprenti admiratif, un mystère demeure, celui du destinataire, le Maître pour lequel il espionne.

     Car le docteur Vosill s'attire les inimitiés de nombres de dignitaires de la cour du roi Quience dont elle est le médecin attitré, en raison de son origine étrangère, de ses connaissances médicales nettement plus évoluées que celles des autres praticiens, et de sa condition de femme. On lui reproche surtout de profiter de l'aura dont elle jouit pour influencer les décisions du roi et l'aider à bien gouverner son peuple. Des complots s'ourdissent au palais, qui justifient son élimination.

     Parallèlement à cette intrigue, on suit, à l'autre bout de la planète, les efforts du fidèle et paranoïaque garde du corps DeWar pour déjouer les tentatives d'assassinat du Protecteur, un souverain qui s'efforce de rassembler sous sa férule les barons devenus indépendants depuis que l'empire s'est disloqué suite à un déluge de météorites. DeWar, qui a noué une amitié avec Perrund, la favorite du harem royal, distrait également le fils héritier par ses histoires. Il revient fréquemment sur celles d'un cousin et d'une cousine, dans un pays d'abondance et de félicité, qui se disputent pour savoir s'il convient d'aider les habitants d'autres contrées à bénéficier des mêmes avantages qu'eux.

     Au-delà de l'histoire, le lecteur découvre progressivement avec quelle subtilité Banks s'est ingénié à inverser les deux intrigues, qui se développent en miroir et s'achèvent de façon diamétralement opposée. La question posée par le conte de DeWar prend tout son sens : faut-il ou non intervenir dans les affaires d'autrui ?

     Ce roman appartient manifestement au Cycle de la Culture : Vosill et DeWar en sont issus, bien qu'ils n'en fassent jamais mention, sinon par des allusions très vagues que les lecteurs étrangers au cycle ne relèveront pas. Ce qui ne les empêchera pas d'apprécier la finesse et la profondeur de ce roman.


Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/10/2002
dans Asphodale 1
Mise en ligne le : 1/9/2004


 
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