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Un amour d'outremonde

Tommaso PINCIO

Titre original : Un amor dell'altro mondo, 2002
Science Fiction  - Traduction de Éric VIAL
Illustration de Alain BRION
DENOËL, coll. Lunes d'Encre n° (39), dépôt légal : janvier 2003
288 pages, ISBN : 2-207-25426-7

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Alors que la moitié du monde se demande : « Qui a tué Laura Palmer ? », Homer B. Alienson est frappé par une question tombée de nulle part : « Et l'amour ? » Difficile de répondre quand, depuis l'enfance, on ne dort plus la nuit, craignant d'être remplacé par un extraterrestre durant son sommeil, et quand, vivant en reclus, on gagne sa vie en vendant par correspondance de vieux jouets de science-fiction.
     « Et l'amour ? »
     Pour Homer la réponse et la fin de l'insomnie se trouvent au-delà de sa rencontre avec un clochard céleste, un certain Kurt Cobain qui maîtrise la Vérité et s'apprête à partir enregistrer avec son groupe de rock indé.

     Biographie imaginaire d'un homme hanté par la science-fiction des années 50, autopsie éclairée du mouvement grunge, roman insolite à la croisée d'Hubert Selby Jr et de Twin Peaks, Un amour d'outremonde, véritable best-seller en Italie, rend un fulgurant hommage au chanteur de Nirvana, au moment même où ses journaux sont publiés en 'France.

     Tommaso Pincio, trente-neuf ans, le Pynchon italien, est l'auteur de trois romans inclassables dans lesquels il mélange allègrement références science-fictives, Beat Génération et uchronie.

 
    Critiques    
     Homer B. Alienson est un jeune homme qui habite Aberdeen, une ville de bûcherons pluvieuse, triste et sans avenir. Enfant, il est traumatisé par la vision du film Body Snatchers (L'Invasion des profanateurs de sépultures, en français). Il s'aperçoit que les personnes qui composent son entourage sont comme les voleurs de corps du film : ils sont autres, étrangers. Depuis lors il ne dort plus ; plus une minute... jusqu'à sa rencontre, à l'âge adulte et alors qu'il subsiste grâce à la revente de vieux jouets des années 60 encore emballés qu'il faisait acheter à sa mère en double, avec un certain Kurt, un gars comme lui, un peu perdu qui dit vivre sous un pont, mais surtout qui n'est pas un des autres. Les deux hommes sympathisent et Kurt partage avec Homer, qu'il appelle par son second prénom, Boda, le secret de la poudre blanche qui l'aide à supporter son quotidien et ses maux de ventres. Une nouvelle vie va alors commencer pour Homer, une vie dans laquelle il va retrouver le sommeil et peut-être l'amour.

     Voici un livre écrit dans un style étrange, qui correspond au comportement de son personnage : froid, dénué d'émotions réellement palpables et jouant en même temps sur une certaine proximité, voire naïveté. Pincio axe son récit autour de son personnage principal original et traite ainsi son sujet d'une façon détournée. Car si celui dont on suit les pas s'appelle Homer B. Alienson, c'est bien de Kurt qu'il s'agit, ce chanteur de rock dont le nom n'est jamais cité (à part sur le racoleur bandeau de couverture, mais c'est de bonne guerre). C'est Kurt qui imprègne le livre en filigrane et dont on suit les traces grâce à quelques repères que les amateurs reconnaîtront. C'est son histoire qui est racontée par le biais de celle de Homer et ce n'est sans doute pas un hasard si Kurt appelle son ami comme il appelait son compagnon d'enfance imaginaire : Boda. On en vient vite à supposer que l'existence du personnage principal est doublement fictive : d'abord en tant que protagoniste de roman et ensuite comme personnage issu de l'imagination de Kurt dans le livre. Le jeu sur le statut des deux personnages est un des éléments les plus intéressants du livre. Le reste ne l'est guère. On ne s'ennuie pas, mais le climat absurdement sombre n'aide pas à véritablement pénétrer dans le livre. La tentative de description du malaise adolescent passe complètement à côté du sujet. Impossible de s'y reconnaître, ce qui était pourtant le cas de millions de jeunes gens avec les chansons de Nirvana. Même la vision que donne l'auteur de Kurt Cobain peut apparaître comme caricaturale par moment. On voit que Pincio connaît son sujet, mais on ne sent pas vivre et respirer son Cobain. On effleure les possibilités et on a l'impression de passer à côté de ce qui aurait pu être un meilleur roman.

     Un Amour d'outremonde finit par laisser une impression de gâchis lorsqu'on se prend à rêver de ce qu'un autre auteur aurait pu faire avec le même matériau. La quatrième de couverture nous apprend que Pincio est le Pynchon italien. Après avoir refermé son roman, on se dit qu'il en est encore loin.

Laurent QUEYSSI
Première parution : 1/4/2003
dans Bifrost 30
Mise en ligne le : 1/5/2004


 
Base mise à jour le 16 juin 2013.
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