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Les Continents perdus

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Thomas DAY


Science Fiction  - Traduction de Jean-Daniel BRÈQUE
Illustration de SPARTH
DENOËL, coll. Lunes d'Encre n° (69), dépôt légal : septembre 2005
448 pages, catégorie / prix : 23 €, ISBN : 2-207-25602-2

Chaque nouvelle est précédée d'une courte introduction par l'anthologiste.
Couverture

    Quatrième de couverture    
     De tout temps, imaginaire et récits de voyage ont fait bon ménage. Pour s'en convaincre, il suffit de se plonger dans L'Odyssée d'Homère, Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift ou, plus récemment, Rihla de Juan Miguel Aguilera. En vous proposant un tour du monde aux destinations souvent inédites, l'anthologie Les Continents perdus se place dans la continuité de cette tradition littéraire. L'Europe de Mary Shelley ; l'Arctique durant la Seconde Guerre mondiale ; l'Afrique du Sud au temps de l'Apartheid ; le Delà, ce pays insensé que l'on rejoint en prenant le Train Noir ; et, enfin, un Sud-Est asiatique fantasmé, inquiétant, voici les cinq étapes de ce Livre des merveilles moderne où il sera beaucoup question d'injustices, de sacrifices, de petites et de grandes tragédies.

     Sont au sommaire de cette anthologie : Walter Jon Williams, Ian R. MacLeod, Michael Bishop, Lucius Shepard (avec un texte récompensé par le Theodore Sturgeon Award) et Geoff Ryman (avec Le Pays invaincu, lauréat des British Science Fiction Award et World Fantasy Award).

     « Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait. »
NICOLAS BOUVIER


    Sommaire    
1 - Thomas DAY, Avant-Propos, pages 7 à 8, Introduction
2 - Walter Jon WILLIAMS, Le Prométhée invalide (Wall, Stone, Craft), pages 9 à 122
3 - Ian R. MacLEOD, Tirkiluk (Tirkiluk), pages 123 à 157, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
4 - Michael BISHOP, Apartheid, Supercordes et Mordecai Thubana (Apartheid, Superstrings & Mordecai Thubana), pages 159 à 260, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
5 - Lucius SHEPARD, Le Train noir (Over Yonder), pages 261 à 353, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
6 - Geoff RYMAN, Le Pays invaincu. Histoire d'une vie (The unconquered country - A Life History), pages 355 à 437, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
7 - Thomas DAY, Présentation des auteurs, pages 439 à 442, Dictionnaire d'auteurs

    Prix obtenus    
Le Pays invaincu. Histoire d'une vie : British Science Fiction, nouvelle / Short story, 1984, World Fantasy, novella / Court roman, 1985
Le Train noir : Theodore Sturgeon, [sans catégorie], 2003
 
    Critiques    
     Pour une fois, Thomas Day se fait anthologiste et nous propose ici un choix de cinq longs textes, cinq novellas pour cinq « continents perdus » à la découverte desquels nous sommes conviés. La seule qui ne nous propose pas une destination lointaine dans l'espace est celle qui ouvre le livre, « Le Prométhée invalide » de Walter Jon Williams (dont le titre anglais, « Wall, Stone, Craft » parlera tout autant aux lecteurs). L'auteur y raconte la rencontre de Mary Gibson, pas encore Shelley, avec Lord Byron, qui dans ce monde ne souffre pas d'un pied bot et fait donc une carrière militaire importante, délaissant la poésie. Dans ces conditions, que serait devenu Frankenstein, dont la naissance remonte à une nuit sur les bords du lac Léman ? Cette superbe uchronie vaut par sa finesse et des personnages bien campés.
     Viennent ensuite la Banquise, l'Afrique du Sud, le Delà et le Pays Invaincu (le Cambodge). Dans « Tirkiluk », de Ian R. MacLeod, un officier scientifique qui entretient une station en Arctique rencontre une jeune esquimaude. S'ensuit un texte aux couleurs du fantastique, récit d'une descente aux enfers particulièrement maîtrisée.
     Michael Bishop (« Apartheid, supercordes et Mordecai Thubana ») a quant à lui choisi de mixer deux thèmes a priori difficilement conciliables : l'apartheid et la théorie des supercordes. Même si le texte est intéressant, et émaillé de scènes très fortes comme celles de torture, les supercordes semblent largement sous-exploitées. Confiez ce thème à un Greg Egan, et le texte aurait sans doute bien mieux fonctionné.
     Lucius Shepard (« Le train noir ») nous présente ensuite le Delà. Monde irréel, protégé par de gigantesques gorges, où échouent tous les marginaux de la société, en tête desquels les clochards. Un monde où les trains sont vivants, et attaqués par des créatures ailées, un lieu où il faut refaire sa vie en faisant table rase de son histoire personnelle. Mais cette nouvelle vie est-elle une fin en soi, où une étape vers un autre état, comme semblent le symboliser ces lointaines et hautes montagnes dont personne n'est jamais revenu ? Un texte admirable, puissamment évocateur, même si sa conclusion semble un peu faible par rapport au reste du texte.
     Vient enfin « Le pays invaincu », de Geoff Ryman. Texte que j'attendais avec impatience, car je le savais auréolé de prix depuis sa publication il y a une vingtaine d'années. Son thème : revisiter le Cambodge et son génocide par le biais d'une vision décalée, résolument autre, où par exemple les maisons sont vivantes. Initiative intéressante, mais grosse déception en ce qui me concerne : je n'ai rien compris, et notamment où voulait en venir l'auteur. C'est dommage, car il y a dans ce texte de belles idées ; mais on peut se consoler en se disant que c'est justement une invitation à relire cette nouvelle une deuxième fois, car elle est trop complexe pour être appréhendée du premier coup. Ou alors il me manquait le bagage culturel pour mieux la décrypter.
     Bref, Les continents perdus constitue une belle réussite, car tous les textes sont intéressants, et si certains sont moins aboutis que d'autres, ils n'en constituent pas moins une lecture agréable, qui plus est admirablement traduite par Jean-Daniel Brèque.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 9/11/2005
nooSFere


     Si la nouvelle, format roi des littératures de genre, se fit rare ces dernières années, tout spécialement concernant les recueils et anthologies d'auteurs étrangers, les choses ont évolué ces derniers mois — parcourir le volet critique du présent Bifrost suffira à nous en convaincre : un recueil et une anthologie inédits anglo-saxons sur le même trimestre, ce n'est pas rien. Tendance qui promet d'ailleurs de s'inscrire dans la durée, à en juger en tout cas par les programmes de quelques éditeurs (Chiang, Egan, Reynolds). Vivement...

     Voici donc que nous arrivent en « Lunes d'encre » ces Continents perdus, cinq longs récits réunis par Thomas Day sous une superbe couverture signée Sparth. Passée une courte préface volontariste de l'anthologiste, ce qui ne surprendra personne, Walter Jon Williams ouvre le bal avec une novella uchronique axée sur Byron et le couple Shelley (encore !), dans un monde où l'auteur de Caïn ne l'est pas, justement, ayant embrassé une carrière militaire. Un Byron général, donc, artisan de la défaite de Napoléon à Waterloo, et dont l'amour pour l'ex-femme de l'empereur provoquera la perte. Si ce texte est servi par une écriture brillante, il n'en est pas moins d'une longueur éreintante. Il ne se passe rien, ou presque, et on a tôt fait de se lasser des relations du trio (quatuor en fait, puisque la jeune sœur de Mary est aussi de la partie), ainsi que de leur périple européen. Au final un texte brillant mais chiant, qui douche pas mal l'enthousiasme dès l'ouverture.

     L'anglais Ian R. MacLeod, décidément fort en vue par chez-nous ces derniers temps (cf. la critique des Iles du Soleil chez Folio « SF » dans notre dernier opus, ainsi que sa nouvelle dans le Fiction n° 2 des Moutons électriques, chroniqué dans nos pages — qui s'en plaindra ?), nous embarque quant à lui au Groenland, en pleine seconde Guerre mondiale. Texte le plus court du volume, d'une facture classique qui n'est pas sans évoquer Lovecraft, sur le thème de l'enfermement, de l'isolement, géographique mais aussi intérieur, jusqu'à la folie, « Tirkiluk » est d'une efficacité glaciale à même de remettre le lecteur sur les rails après la relative déception du Walter Jon Williams.

     Arrive Michael Bishop, formidable auteur américain scandaleusement peu traduit sous nos horizons (saluons ici l'initiative de Folio « SF », qui vient de publier Visages volés, troisième roman de Bishop traduit en France, et ce après pas loin de dix années d'un silence éditorial assourdissant), avec « Apartheid, supercordes et Mordecai Thubana », étonnant périple dans une Afrique du Sud comme il se doit odieuse. A suivre l'odyssée de Gerrit Myburgh, Blanc et heureux de l'être, qui va bientôt basculer dans une tout autre réalité après avoir percuté les fesses d'un éléphant au volant de sa Cadillac Eldorado, on ne peut qu'être saisi devant l'étonnante justesse d'écriture, de ton, de propos, l'étonnante classe, quoi, de l'auteur. Un texte dont on ressort en se disant que c'était certes long, mais très bon.

     Pour la suite, pas de surprise : l'immense Lucius Shepard, avec « Le Train noir », livre un de ses textes énormes de vérité. De l'autre côté existe un pays étrange et fabuleux, terre d'asile de tous les cramés du monde, de tous ceux dont la place n'est pas ici, mais là-bas. Qu'est-il véritablement, et surtout, pourquoi est-il ? Avec « Le Train noir », l'auteur d'Aztechs signe l'une des plus belles nouvelles de ce sommaire décidément redoutable.

     Enfin le texte de Geoff Ryman, anglais totalement inconnu sous nos longitudes, clôt le volume par un récit rien moins qu'hallucinant, l'histoire d'une jeune Cambodgienne fuyant la guerre dans une géographie orientale fantasmée. Récit époustouflant, volontiers abscons mais d'une beauté à faire frissonner, ce texte est une épiphanie, rien moins qu'un chef-d'œuvre qui hantera longtemps quiconque s'y risquera.

     On l'aura compris, Les Continents perdus est un recueil de très haute volée qui monte en puissance au fil du sommaire. Parfois difficiles et exigeants, résolument pas science-fictifs pour un rond, souvent loin de l'idée qu'on peut se faire d'un certain sense of wonder et pariant sur l'intelligence de leur lecteur, les textes qui l'émaillent sont tous, au pire, d'un grand professionnalisme (Walter Jon Williams), quand ils ne tutoient pas sans vergogne le génial (Lucius Shepard, Geoff Ryman). Amateur de space opera débridé et autres trolleries dans les corridors, passe ton chemin. Lecteur curieux assoiffé de textes résolument humains, tu es ici chez toi. Une jolie réussite, doublée d'un rare courage éditorial, une ambition qui, par les temps qui courent, ressemble bien à une folie. Pareilles folies, nous, en Bifrosty, on adore...

ORG
Première parution : 1/1/2006
dans Bifrost 41
Mise en ligne le : 9/4/2007


     Troublants Voyages

     Placée sous l'égide de Nicolas Bouvier, une anthologie réunit cinq textes inclassables d'écrivains de SF « qui font des littératures de l'imaginaire une « littérature active » (voire progressiste) ». Les lire n'est cependant pas sans danger.
     Walter Jon Williams — Le Prométhée invalide — réinvente les événements qui eurent lieu sur les bords du lac Léman dans la nuit du 14 juin 1816. Acteurs : Lord Byron, le docteur Polidori, Percy Shelley, sa femme Mary et... « Frankenstein ».
     Ian MacLeod conte, en un magnifique récit fantastique — Tirkiluk, frissons garantis — le combat désespéré d'un officier météo, seul dans une base polaire en 1942, contre la nature hostile.
     Le fantastique peut servir aussi à dénoncer les génocides. Afrique du Sud : Apartheid, Supercordes et Mordecai Thubana, de Michael Bishop, ne réchauffe pas du tout la température. Cambodge : Le Pays invaincu : histoire d'une vie, de Geoff Ryman évoque un Sud-est asiatique fantasmé et inquiétant.
     Enfin Le Train noir de Lucius Shepard, joue avec la peur de la mort et pose de troublantes questions sur Dieu dans une atmosphère bizarre, délirante, décalée, oppressante et joyeuse à la fois.

Jean-François THOMAS (lui écrire)
Première parution : 6/1/2006
24 heures
Mise en ligne le : 30/12/2008


     Une nouvelle et quatre novellas, format parfait pour la SF. Mais encombrant en revue comme en volume. Pour une anthologie à prétexte thématique. Ce n'est pas ce qu'on fait de plus commercial. Il faut saluer le courage de l'éditeur. D'autant que la qualité, dit-on, paie mal. Or sur ce plan les noms du sélectionneur et du traducteur sont déjà une bonne indication, et le contenu ne déçoit pas.

     Walter Jon Williams parle de 1818 dans une Europe où ni la carrière de Byron, ni le Frankenstein de Mary Shelley, ni les amours de Marie-Louise ne sont ce que nous connaissons, et entre amours, haines, duel et fuite, il n'est pas nécessaire de disposer de toutes les clés culturelles pour apprécier, même si ce peut être un plus. Ian R. MacLeod fait entrer un météorologue en collision avec le monde et les mythes Inuits, entre folie et réalité, pendant la seconde guerre mondiale ; l'arctique n'est pas tout à fait un continent, et ce n'est « qu'une » nouvelle, mais qui secoue. Quant à Michaël Bishop, il montre l'Afrique du sud de l'apartheid, et mêle flics racistes, fantômes et considérations sur la structure de l'univers : le mélange, improbable, est fort réussi. Après cela, avec Lucius Shepard l'on passe du passé à un présent un peu hors du temps et, de l'Amérique d'un vagabond du rail à un monde entre purgatoire et niveau de jeu vidéo, avec trains organiques, communauté à peu près accueillante et prédateurs variés et féroces. Et l'on finit avec l'Asie du Sud-Est, le Cambodge du génocide, transposé par Geoff Ryman dans un univers de conte, entre oiseaux magiques et maisons vivantes, le tout très éloigné et pourtant très proche de nous.

     Bref, on se déplace de continent en continent, d'un passé parallèle à un ailleurs peut-être futur, de l'uchronie au fantastique et à des formes de science-fiction, sans quincaillerie, sans action trépidante, mais sans esbroufe littératurante, avec des personnages, de l'imagination, du vrai dépaysement, des atmosphères, un monceau de talent, d'intelligence ; de sensibilité. Trop pour qu'on puisse se contenter d'une phrase par texte, comme ci-dessus. Tant pis. Il faudra faire confiance. Chez nos collègues et néanmoins amis de Bifrost, « Org » a applaudi, manifesté son enthousiasme, mais en bloquant sur un texte, peu importe lequel, qu'il qualifie de « chiant » mais « d'un grand professionnalisme », et « brillant ». Le soussigné dirait la même chose, mais d'un autre. Peu importe lequel, là encore. En fait, chacun pourra trouver dans l'anthologie un texte qu'il aimera moins, mais dont il sera forcé de reconnaître la qualité. Pour les chanceux, ce sera le plus bref. Les quatre autres seront extraordinaires, quand un seul rembourserait l'achat. De quoi se demander pourquoi vous n'êtes pas déjà dans une librairie. En espérant que le volume soit toujours sur les rayons. Pour que la vertu éditoriale paie. Et la qualité aussi. Chapeau.

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/4/2006
dans Galaxies 39
Mise en ligne le : 7/2/2009


 
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