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Exodes

Jean-Marc LIGNY

Science Fiction  - Illustration de LERAF
L'ATALANTE, coll. La Dentelle du Cygne n° (309), dépôt légal : juin 2012
544 pages, catégorie / prix : 23 €, ISBN : 978-2-84172-592-2
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Le réchauffement climatique s’est emballé au point que la Terre devient une planète hostile à la vie. Partout la civilisation s’effondre, les hommes n’en ont plus pour longtemps, et ils le savent.
     Va-t-on, comme Pradeesh Gorayan et sa famille, dans l’enclave sous dôme de Genève, poursuivre notre train-train comme si de rien n’était ?
     Va-t-on, comme Mercedes Sanchez, en Espagne, se réfugier dans la religions et attendre des Anges venus du ciel qu’ils nous emportent au jardin d’Éden ?
     Va-t-on, comme Fernando, le fils de Mercedes, rejoindre les Boutefeux et précipiter notre destruction dans une orgie de feu et de violence ?
     Va-t-on, comme l’Italienne Paula Rossi, vendre corps et âme pour quelques médicaments ?
     Va-t-on, comme Mélanie Lemoine, consacrer nos ultimes forces à sauver les derniers animaux ?
     Va-t-on, comme le marin Olaf Eriksson et sa femme, fuir les îles Lofoten et chercher une terre un peu plus hospitalière, vierge de toute présence humaine ?
     C’est le temps des exodes, et, tels des termines sur une bûche enflammée, les derniers hommes courent en tous sens pour échapper à l’enfer...

     Après le succès d'AquaTM, Jean-Marc Ligny signe un nouveau thriller d'anticipation écologique aux enjeux économiques et humains saisissants.

 
    Critiques    
 
     Jean-Marc Ligny, après son formidable AquaTM, où il raconte, la lutte d'un peuple pour conserver l'usage de son eau, contre des rapaces financiers, continue d'explorer notre probable futur. Avec Exodes il sillonne une Terre devenue quasiment invivable en raison du réchauffement climatique. Pour en explorer les principales conséquences, il propose de suivre les tribulations de six terriens dans l'enfer qu'est devenue la planète.

     Il place son histoire en 2100 et ouvre son roman sur Pradeesh Gorayan. Celui-ci vit, avec son épouse et sa fille, dans une enclave de nantis, une bulle étanche construite au bord du lac Léman. Il est généticien et doit trouver le secret pour allonger la vie humaine de ceux qui sont protégés.
     Après un périlleux périple sur les routes d'Italie, Paula Rossi arrive en vue de Naples. Elle cherche le médecin qui, selon certains dires, sera capable de soigner son plus jeune fils.
     Mélanie Lemoine vit dans une ferme des Monts du Forez, à l'écart du bourg. Celui-ci est barricadé pour lutter contre les bandes de pillards qui veulent s'approprier le peu qui reste ou détruire. Elle recueille les derniers animaux, les soigne et les protège.
     Fernando, le jour de ses dix-huit ans, a quitté le domicile familial de Séville. Il rêve de faste et d'opulence et pense les trouver au nord, avec, en plus, les bras de belles Suédoises ou Norvégiennes.
     Mercèdes Sanchez, dont le mari est une épave alcoolique, s'est réfugiée dans la religion. Elle fréquente la congrégation Los Ninos del Paraiso, sous la houlette du padre Garcia. Elle est bien démoralisée par le départ de Fernando. Aussi, quand la padre lui propose de l'accompagner dans l'enclave du Vatican, où il doit se rendre...
     Olaf Ericksen est pêcheur dans les îles Lafoten, mais la mer est de plus en plus vide de poissons. Il est confronté aux Réco, les réfugiés climatiques, qui ont trouvé là le bout du chemin. Il pense que le salut est au sud.
     Tous s'engagent dans un exode personnel et leurs chemins vont se rejoindre pour... le pire.

     En choisissant avec soin ses personnages principaux, en les confrontant à de nombreuses éventualités de dérives, tant humaines, sociétales que physiques l'auteur met en scène tout un éventail de situations éloquentes et plausibles. À partir de ces diverses orientations, depuis celle des nantis, prisonniers volontaires (Mais, n'est-ce pas déjà le cas, confinés dans leur enclave ?) qui crèvent de peur et d'ennui, jusqu'aux plus déshérités pour qui, chaque instant est une lutte pour la vie, il dresse un état de l'Europe. Il décrit les différentes évolutions des hommes, leurs adaptations face aux mutations entrainées par les changements des conditions de vie. Il pose un regard lucide et perspicace sur les mutations de la société humaine quand la mince couche de vernis, ses règles, ses institutions qui tentent de les faire respecter, volent en éclats. Il montre la déchéance de l'humanité, entre ceux qui cherchent à détruire et ceux qui cherchent à survivre à n'importe quel prix.
     Jean-Marc Ligny retrace, avec justesse, l'escalade des violences, le rejet de l'autre, les représailles, le repliement sur soi-même, les façons de protéger les maigres ressources qui subsistent. Il raconte la déliquescence des communautés, l'émergence des petits caïds, des roitelets ivres de pouvoir, qui réinstallent par la terreur, la force, des régimes dictatoriaux pires que les plus célèbres.

     L'auteur, dans son livre donne une image éloquente de la situation qu'il imagine quand il compare l'humanité à des fourmis sur un bâton en feu. Il n'y a nulle part où aller lorsque l'ensemble de la planète brûle. Avec Exodes, l'auteur prouve le côté vain de ces parcours, la fuite dérisoire vers d'autres lieux tout aussi ravagés. Mais, il ne tire pas de leçons, ne donne pas de morale, il explicite, avec crédibilité, des possibilités. La solution se déduit d'elle-même : éviter de mettre la planète, et donc l'humanité, dans cette position cataclysmique. Mais, n'est-ce pas utopique de penser à un salut raisonné de l'Homme quand le seul credo des véritables dirigeants est le profit à court terme, le gain immédiat sans soucis des conséquences, sans compassion pour le reste de l'humanité ?

     Si l'auteur développe un volet humain important, il ne néglige pas le côté économique des situations qu'il crée, montrant comment les survivants adaptent des schémas pour gérer la pénurie.

     Cependant, l'auteur n'exclut pas l'espoir, ce sentiment profondément enraciné chez l'humain. Il montre sa capacité à s'adapter aux pires conditions pour : « ...survivre encore un jour, une heure, éperdument. » Si l'auteur sème allègrement la mort tout au long de son récit, il ne met pas en scène de suicide.

     Exodes est un livre « coup de poing », noir, désespérant. C'est un roman magnifique par ces personnages crédibles dans leur quête absurde, touchants, éminemment humains auxquels on s'attache naturellement.


Serge PERRAUD
Première parution : 23/10/2012
nooSFere


     Le dernier roman de Jean-Marc Ligny est un post-apocalyptique bien âpre, comme on les aime. Son apocalypse n'est pas due à une guerre totale, mais bien aux dérèglements climatiques en tous genres qui, peu à peu, ont rendu la Terre impropre à la vie. Alors, bien sûr, toute l'Humanité n'est pas morte, l'Homme subsiste tant bien que mal. Certains mieux que d'autres, quand même : des enclaves ont été créées, minuscules bulles de société préservée, comme à Davos, qui bénéficient toujours du confort moderne, tandis qu'à l'extérieur le reste de la population survit, entre cités abandonnées, désert médical et malnutrition. D'aucuns ont encore espoir que la situation s'améliore un jour, comme Olaf qui fuit ses chères îles Lofoten devenues invivables, ou Mélanie qui tente de sauver les animaux blessés. Mais d'autres n'ont de cesse de précipiter la planète encore plus dans le gouffre qui s'ouvre devant ses pieds : il s'agit des Boutefeux et des Mangemorts, dont les noms sont suffisamment évocateurs pour qu'on n'ait pas besoin de les décrire.
     Jean-Marc Ligny prend son matériau à bras-le-corps et nous livre un roman dense, sans concession. Il s'attache à une dizaine de protagonistes, dont il adopte tour à tour le point de vue afin de nous décrire de l'intérieur ce monde en déliquescence. Pas facile de nous faire comprendre la «  philosophie » de certains d'entre eux, comme Fernando le Boutefeu, pourtant l'auteur y parvient, en brossant des portraits crédibles à souhait. Ses protagonistes sont certes bien différenciés et parfois archétypaux, ce qui l'aide dans sa tache, il n'en reste pas moins qu'ils ont une vraie épaisseur, de telle sorte que l'empathie du lecteur est instantanément acquise. Et cela n'en confère que plus de force au développement – également parfaitement maîtrisé par l'auteur – de ces itinéraires personnels, qui comme on s'en doute vont peu à peu converger vers un final particulièrement noir.
     Exodes a ainsi tout pour plaire... sauf que je ne m'attendais pas à lire un post-apocalyptique d'aventures, il est vrai parfaitement maîtrisé, mais j'espérais davantage de consistance d'un point de vue anticipation écologique. Certes, Ligny a soigné la crédibilité scientifique de l'évolution de la planète, mais il se sert de celle-ci essentiellement comme d'un décor, alors que j'aurais aimé plus de développements de ses postulats de base. Cela ne remet bien sûr pas en cause les qualités de ce roman, qui sont nombreuses, mais, en l'état, Exodes me semble manquer d'une réelle dimension prospectiviste qui l'aurait rendu incontournable.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 19/11/2012
nooSFere


 
Base mise à jour le 17 mai 2013.
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