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Quatrième de couverture |  |
En 2070, la Terre vit dans la prospérité et le bonheur grâce à la Pompe à Electrons, qui fournit une énergie illimitée et gratuite. Une découverte extraordinaire, à moins que... A moins que cette invention miraculeuse ne constitue à plus ou moins longue échéance une menace imparable pour notre Univers ; un piège tendu par une civilisation parallèle pour annihiler notre réalité. Seules quelques personnes ont pressenti la terrible vérité : un jeune physicien marginal, une Lunarite intuitionniste, un extraterrestre rebelle vivant sur une planète qui se meurt. Mais qui les écoutera ? Qui les croira ? Contre la stupidité, les Dieux eux-mêmes luttent en vain. Avec ce roman ambitieux et captivant qui marquait son retour à la science-fiction, Isaac Asimov a obtenu le prix Nebula 1972 et les prix Hugo et Locus 1973.
Figure emblématique et tutélaire de la science-fiction, Isaac Asimov (1920-1992) s'est imposé comme l'un des plus grands écrivains du genre par l'ampleur intellectuelle de ses créations littéraires. Il se rendit mondialement célèbre grâce aux séries Fondation et Les Robots.
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Prix obtenus |  |
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Critiques |  |
À la suite d'une série d'heureux hasards scientifiques dont il n'a été que l'instrument, un jeune chercheur du nom de Frederick Hallam a réussi à mettre au point une « pompe à électrons », qui, par un habile échange de matière avec un univers parallèle (ou para-univers), permet de produire une énergie illimitée pour un coût négligeable. Seulement, il y a un hic : on ne sait rien des motivations des para-hommes qui échangent contre notre tungstène le plutonium qui produit cette fabuleuse énergie, et certains esprits chagrins pensent que l'affaire pourrait comporter des risques majeurs pour la stabilité de notre univers. Mais comment se faire entendre des autorités quand Hallam passe pour le plus grand bienfaiteur de son époque ? Dans sa pièce intitulée La pucelle d'Orléans (1801), Schiller fait dire au personnage de Lord John Talbot que « contre la stupidité, les dieux eux-mêmes luttent en vain. » (« Mit der Dummheit kämpfen Götter selbst vergebens »). De cette réplique fameuse, Isaac Asimov tira le titre de son roman, et celui de chacune des trois parties qui le composent. Mais plus que cela, il en tira l'idée-force, la substance même. Car derrière l'argument scientifique, omniprésent au premier plan du roman et dans ses dialogues 1 — et que mes modestes compétences ne me permettent pas vraiment de discuter — , il est manifeste qu'Isaac Asimov s'est donné pour but de stigmatiser la bêtise et l'aveuglement de ses semblables, et singulièrement de ceux qui devraient pourtant être les plus éclairés et les plus objectifs d'entre tous : les scientifiques. Le tableau que brosse Asimov est à désespérer du genre humain — voire para-humain : à quelques rarissimes exceptions, aucun de ses personnages n'est guidé par un motif louable. Ceux qui prétendent faire le bien le font mal, et pour de mauvaises raisons ; ceux qui cherchent à faire le bien mieux que les autres ne le font pas dans ce but essentiel, mais avant tout pour solder de vieilles querelles personnelles — et ils s'en cachent à peine. Que d'égoïsmes ! Que de noirceur ! Bien sûr, l'intervention d'un idéaliste sauveur du monde n'aurait pas été préférable, loin de là. Le héros motivé par sa seule noblesse d'âme (et qui disparaîtra une fois se tâche accomplie, de peur qu'on lui tresse des lauriers) a fait son temps. Mais tout de même, fallait-il tomber dans l'excès inverse ? Asimov garde-t-il de sa corporation d'origine une image si sombre ? Ou nourrirait-il une rancune un peu mesquine envers une confrérie qui ne l'a jamais vraiment accepté, comme il le relate dans son autobiographie 2 ? Toujours est-il que dans le monde des Dieux eux-mêmes, il semble qu'il n'y ait pas plus de « bon docteur » que de blé en branche (et encore). Pour en revenir à son autobiographie, Asimov y raconte également tout le bien qu'il pense de ce récit, qui marqua son retour au roman de SF après une interruption de près de quinze ans.. Ce roman, selon lui, contiendrait certaines de ses meilleures pages, et mettrait notamment en scène, dans sa deuxième partie, les extraterrestres les plus réussis de toute la science-fiction. Une remarque que le lecteur familier de l'autocongratulation asimovienne prendra avec les précautions d'usage... Pourtant, on concèdera à l'auteur que cette partie est incontestablement la plus intéressante du roman, celle qui surprend le plus sous sa plume. Elle constitue de surcroît une enclave d'imagination pure entre deux tranches de discours à haute densité scientifique que certains lecteurs (dont je suis) pourraient trouver fastidieux. On n'en tiendra pas pour autant rigueur à l'auteur, à condition de considérer que la qualité d'un sandwich dépend surtout de ce qu'on trouve à l'intérieur du pain. En 1973, Isaac Asimov rafla pour Les Dieux eux-mêmes les principales récompenses littéraires du genre : prix Hugo, prix Nebula et prix Locus. Les esprits forts y verront surtout un hommage rendu à l'ensemble de son œuvre romanesque, ce retour tardif au roman de SF fournissant aux diverses académies et conventions un bon prétexte pour décerner à l'auteur tous les prix auxquels il aurait raisonnablement pu prétendre au plus fort de sa production de romancier — à une époque où ces awards n'existaient pas encore (bien sûr, une telle hypothèse aurait mis le maître en rage). Mais les inconditionnels d'Asimov se jetteront sur ce roman, qui les changera un peu des histoires de fondations et de robots... Quant à ceux qui goûtent le moins son œuvre de SF, ils peuvent toujours se risquer à la lecture des Dieux eux-mêmes. Au pire, ils ne seront pas surpris. Au mieux, ils le seront agréablement.
Notes : 1. On renverra le lecteur à la préface de l'ouvrage, où Asimov relate le défi scientifique (lancé malgré lui par Robert Silverberg) qui décida de son projet littéraire. 2. Moi, Asimov (I, Asimov, 1991, disponible actuellement chez Folio SF).
Julien RAYMOND (lui écrire) Première parution : 18/2/2005 nooSFere
(Critique commune des Dieux eux-mêmes et des Histoires mystérieuses)
Lorsqu'on a découvert la SF avec Asimov, ou presque, entre J'ai lu et Denoël, à une date non précisée (tempus fugit), la nostalgie et une sorte de tendresse conduisent à penser que les autres, les jeunes (les veinards), devraient faire de même. Et à se réjouir de rééditions chez Folio. Et à envoyer au diable ceux pour qui tout cela est vieillot. Démonstratif et abstrait. Pas très bien écrit. Pas assez baroque. Pas flamboyant. Après tout, côté polar, on continue à lire Agatha Christie. Ce qui n'empêche pas de lire aussi des auteurs « modernes ». Or si la SF n'est pas pluralité, il n'y a plus qu'à tirer l'échelle. Les Dieux eux-mêmes, très salué lors de sa parution en 1972 (prix Nebula, Hugo et Locus), présente bien des caractéristiques d'un roman de l'Age d'Or. Collage de trois novellas sans unité de lieu (la Terre, un monde parallèle, la Lune) ni de personnages, ou fort peu, mais si imbriquées qu'on se demande comment réagirent ceux qui les lurent séparément. Impossibilité scientifique rendue plausible comme point de départ. Enjeu démesuré (la survie de deux univers). À-côtés qui le sont tout autant (expliquer le big bang !). Pincée de pouvoirs psy (point trop : on n'est pas chez Van Vogt). Personnages liés aux milieux scientifiques. Style sans effets, voire plat, avec juste de curieuses numérotations des chapitres, comme une fausse concession à une littérature plus expérimentale. Rationalisme affiché. Foi dans la science, infiniment dangereuse entre les mains d'imbéciles prétentieux mais qui permet in fine de remédier aux pires errements. Et, autre concession aux temps, une façon de parler du sexe peut-être gauche, mais aussi ironique, décalée, libérale ou libertaire contre les autoritarismes et les puritanismes, entre extraterrestres gazeux autorisant tous les décalages et société lunaire peu pudibonde — ce qui n'interdit pas d'y développer une relation très « fleur bleue ». Avec tout ça, la pompe à énergie infinie qui fait la gloire d'un crétin prétentieux risquant de déclencher une catastrophe définitive, il faut sauver le monde. En essayant de faire éclater la vérité dans les trois lieux déjà invoqués. Occasions d'explorer des univers étrangers (y compris le premier, celui des fausses gloires et des autoritarismes universitaires). Et vous ne comptiez tout de même pas sur Galaxies pour vous en raconter davantage ? Allez lire le roman. En profitant de ce que les scories de la première traduction ont été gommées par Sylvie Denis, qui a fait un travail formidable. Et profitez-en pour lire les Histoires mystérieuses. Quatorze nouvelles, énigmes policières avec un faible pour les solutions liées à la difficulté à se réadapter à notre vieille Terre, mais aussi avec deux messages fort cryptés, un simulateur prétendument sous l'effet d'une drogue, un crime sans enquête mais avec machine temporelle, un assassinat par boule de billard et antigravité, un sauvetage macgyveresque ante lineram débouchant vingt ans après sur une énigme, une affaire nullement science-fictive mais menée parmi des scientifiques, deux pochades expliquant l'une comment une poule pond des œufs d'or, l'autre comment justifier un infâme calembour, plus une affaire de sauts dans l'espace-temps sans rapport avec le reste, mais évitant d'être treize à table. Les méchants grinceront que le coupable est toujours le colonel Moutarde dans le salon avec le chandelier, mais ils sont injustes, on vient de le voir. Peut-être n'aiment-ils pas la SF classique, fondée sur des hypothèses paradoxales et une logique en béton armé. Qu'ils n'en dégoûtent pas autrui, lequel passera d'excellents moments à (re) découvrir ces textes. Sans arrière-pensée. Éric VIAL (lui écrire) Première parution : 1/4/2003 dans Galaxies 28 Mise en ligne le : 1/9/2005
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Critiques des autres éditions ou de la série |  |
Edition DENOËL, Présence du futur (2001)
Lors d'une convention, Silverberg ayant parlé de plutonium 186 dans sa conférence, Asimov lui fit remarquer que ce dernier n'existait pas et ne pouvait exister. « Et puis après ? », répliqua Silverberg. Piqué au vif, Asimov décida d'écrire un texte dont le sujet serait cet isotope. En s'y attaquant en 1971, il songeait à une nouvelle. Lorsqu'il releva la tête de sa machine à écrire, il avait entre les mains un roman de bonne épaisseur.
Le problème n'était pas simple. Comment donner réalité à un isotope physiquement impossible dans notre univers ? En créant un autre univers, bien sûr ! Univers qui disposerait de lois physiques différentes de celles du nôtre, lois qui permettraient à cet isotope d'exister là où certains des nôtres seraient instables. De l'échange entre les deux univers résulterait de l'énergie, de l'énergie à volonté...
Hallam, alors jeune radiochimiste têtu, est le premier à comprendre la portée de ce morceau de tungstène, contenu dans une éprouvette oubliée dans son laboratoire, transformé en plutonium 186. Très rapidement, il en déduit le para-univers et ses habitants. Il invente la solution ultime : la pompe à électrons. Mais la pompe est-elle son œuvre, ou a-t-elle été induite par les para-men ? Sommes-nous des génies ou bien les pantins de ces extra-terrestres ? Lamon et Denison, deux savants écartés par Hallam, penchent plutôt pour la seconde hypothèse. Peut-être même cette Pompe est-elle nocive et, à plus ou moins long terme, source de destruction pour la Terre. Psychose ou réalité, la vérité viendra peut-être de la lune, et de Séléné, la lunariste intuitionniste.
Peut-on dire d'un texte d'Asimov qu'il est complexe ? Sûrement pas. L'écriture est toujours aussi limpide, à la limite de la simplicité, et comme d'habitude, il est difficile d'expliquer pourquoi ou comment le lecteur n'arrive pas à se détacher de ce livre. Pourtant, malgré une mise en garde « circonstanciée » dans l'introduction, la construction de ce roman surprend. Le récit n'est pas linéaire, Asimov commence son roman dans le présent par le chapitre six, lui-même divisé en plusieurs sous-chapitres entre lesquels s'intercalent les chapitres un à cinq qui trouvent leur base dans le passé. Le narrateur va ainsi rejoindre le présent (Il utilisera à nouveau cette technique dans Némésis mais en commençant en revanche par le chapitre 1 ! ). Trois axes narratifs nous mènent à une rupture qui nous projette dans le para-univers. Pourtant, tout s'enchaîne très logiquement, et à aucun moment on ne se sent perdu dans l'intrigue.
Autre nouveauté offerte par le para-univers : Asimov imagine un vie sociale et, fait rarissime, voire unique chez lui, une sexualité, complètement différentes de celles que nous connaissons. Malheureusement, bien qu'ils occupent le deuxième tiers du roman, ces para-mens semblent ne pas servir à grand chose d'autre sinon à justifier l'autre univers. Nous ne saurons d'ailleurs même pas la destinée de ce dernier. Le dernier tiers est complètement orienté vers la résolution du problème de départ, à savoir la probable dangerosité de la pompe. Nous allons y retrouver un personnage disparu depuis le tout début du récit et qui devient très rapidement le pivot de l'histoire. Procédé peut-être un peu facile, me direz-vous.
Malgré cela, quinze ans après son dernier roman de science-fiction, le Maitre nous livre un roman de bonne tenue, largement moins reconnu , malgrè ses prix Locus, Nebula et Hugo, que ses cycles les plus fameux tels que Fondation. Une histoire captivante et actuelle, une construction originale, une poésie insolite, rien de tel pour nous tenir en haleine. Voilà exactement le type de scénario qui pourrait inspirer les meilleurs réalisateurs, si le bon docteur avait rajouté les scènes hollywoodiennes nécessaires au cinéma et inutiles dans le cadre d'une bonne lecture.
Fabrice FAUCONNIER (lui écrire) Première parution : 1/9/2001 nooSFere Mise en ligne le : 1/9/2001
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Base mise à jour le
17 mai 2013.
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