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Perdido Street Station - 2

China MIÉVILLE

Titre original : Perdido Street Station, 2000
Science Fiction  - Cycle : Perdido Street Station  vol. 2

Traduction de Nathalie MÈGE
Illustration de Julien DELVAL
FLEUVE NOIR, coll. Rendez-vous ailleurs n° (13), dépôt légal : décembre 2003
456 pages, catégorie / prix : 21 €, ISBN : 2-265-07290-7

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Yagharek, l'homme-oiseau mutilé, croit tenir en Isaac dan der Grimnebulin celui qui saura enfin lui rendre ses ailes : Isaac vient dans un trait de génie de révolutionner les lois de la phy­sique. Mais les Gorgones avaleuses d'esprits, échappées des mains de Madras, plongent Nouvelle-Crobuzon dans une marée de cauchemars et transforment ses habitants en zombis. Le gouvernement demeure impuissant. L'araignée géante qui veille sur la Toile-Monde ne peut affronter seule la menace. Isaac et Derkhan, réfugiés avec Yagharek dans les marges de la ville, s'élancent à la poursuite des Gorgones prêtes à se reproduire.
     Arriveront-ils à temps pour sauver la peintre Lin ? Obtiendront-ils l'aide du géant mécanique dont ils ont découvert l'existence dans les profondeurs de la décharge ? Et surtout, ne s'apprêtent-ils pas à libérer sans le savoir un danger pire que le précédent ?

     Le deuxième tome d'un roman-métaphore en forme de feu d'artifice.

 
    Critiques    
     Rarement roman de science-fiction sera arrivé en France précédé d'une aussi flatteuse réputation. Imaginez un peu : lauréat des prix Arthur C. Clarke et British Fantasy, nommé aux prix Hugo, Nebula, World Fantasy, Locus, et British SF. Rien que ça ! Autant dire qu'on s'attend à ne pas être déçu. Sera-t-on exaucé ? Mystère...
     Une indication sur le contenu du livre est donnée par la liste des récompenses ci-dessus, qui mélangent allègrement science-fiction et fantasy. Tiens, tiens... ce livre serait-il donc un hybride, un de ces ouvrages signés d'un auteur ayant beaucoup lu, assimilé la plupart, et régurgité — si vous me passez l'expression — tout cela sous forme d'un vaste pot-pourri qui se contrefiche des catégories ? Inutile de tirer des plans sur la comète, plongeons-nous dans sa lecture, cela vaudra tous les discours.
     L'histoire se déroule à Nouvelle-Crobuzon, une gigantesque et invraisemblable mégapole, polluée par les très nombreuses usines chargées de procurer de quoi vivre aux habitants. Et il y a du boulot, parce que ça grouille véritablement : ici se retrouvent ensemble des dizaines d'espèces, hommes, extraterrestres de tous poils (mention spéciale aux cactacés), oiseaux, hybrides hommes-machines... Tout ce beau monde cohabite tant bien que mal, certaines communautés s'étant plus ou moins refermées sur elles-mêmes.
     Isaac Dan der Grimnebulin (quel nom !) encourt l'opprobre de ses « coraciaux », puisqu'il s'est mis en ménage avec Lin, une alien insectoïde, bien qu'il soit un homme. Ils se cachent donc, ne se voyant que quand leurs activités respectives (il est chercheur, elle sculptrice utilisant certaine substance issue de son propre corps comme matériau) leur en laissent le temps. Un jour, un homme-oiseau en exil vient demander de l'aide à Isaac : condamné par les siens, sa sentence fut d'avoir les ailes coupées ; depuis, il n'aspire qu'à une chose : voler à nouveau. Il requiert donc l'aide du savant, qui accède à son souhait. Ce faisant, Isaac va libérer — sans le savoir — une terrible menace qui va mettre à mal quantité de monde à Nouvelle-Crobuzon.
     La véritable star de ce roman, ce n'est pas la seule gare de Perdido Street qui donne son nom au livre, mais bien la cité toute entière. En effet, celle-ci est décrite comme un être vivant, avec ses usines qui sont les organes vitaux, les voies de chemin de fer et les canaux les artères et les veines, et les habitants les cellules qui contribuent à faire fonctionner le tout. Et que dire de ces gigantesques ossements d'un extraterrestre quelconque, échoué sur cette planète il y a fort longtemps, ossements qui sont visibles d'une bonne partie de la ville ? L'impression de cité organique est enfin renforcée par le caractère joyeusement bordélique de Nouvelle-Crobuzon : certains quartiers sont surpeuplés, parfois insalubres. Bref, le décor n'en est pas un, et certains lieux auront même une importance tout à fait primordiale dans le développement de l'intrigue.
     Mais, pour faire un roman intéressant, un cadre aussi riche et réussi ne servirait à rien si l'histoire n'avait aucun intérêt. Il n'en est heureusement rien. Tout d'abord parce que, pour nous faire découvrir ces lieux évocateurs, Miéville a convié toute une galerie de personnages hauts en couleur. Bien sûr, le côté bigarré de sa population est déjà un atout en soi (imaginez des sortes de cactus en train de courir, ou des hommes à bras de pythons !), surtout quand ces protagonistes interagissent, mais leur caractère est aussi bien marqué. Isaac est l'archétype du savant fou souvent dépassé par les événements (ressort comique de l'histoire), sa compagne Lin l'artiste intègre (le côté poétique), Yagharek l'homme-oiseau l'être désespéré au destin brisé (pour le contenu dramatique)... Par le biais de l'interaction de ces — nombreux — personnages, ces différents aspects s'entremêlent, instillant une vitalité impressionnante à l'ouvrage.
     Quant à l'intrigue, elle est particulièrement rocambolesque. La menace qui pèse sur la ville n'est due qu'à une série de hasards assez invraisemblables, qui pourtant ont des conséquences de grande envergure. Et encore une fois, cela permet à Miéville de nous balader dans tous les coins de Nouvelle-Crobuzon, de telle sorte que bien que le roman fasse plus de huit cents pages dans sa version française, on ne s'ennuie pas une seconde.
     Bref, il s'agit ici d'un livre d'aventures pur, dont le but est de délasser, et qui y parvient à merveille. Mais il y a beaucoup plus dans Perdido Street Station, l'un des rares livres de cette taille à ne pas tirer à la ligne. Une étincelante réussite, que l'on espère voir rééditer pour les prochains livres de l'auteur, à commencer par The Scar, situé dans le même univers, et également nommé à une multitude prix outre-Atlantique.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 8/2/2004
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Base mise à jour le 20 juillet 2014.
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