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Ces choses-là qui arrivent

Jean-Baptiste BARONIAN

Le Cabinet noir n°47, avril 2000

          On doit à Robert Bloch près de quatre cents nouvelles, publiées entre 1935 et 1994 (année de sa mort). C'est énorme, c'est presque prodigieux. C'est presque prodigieux si on tient compte du fait que, dans ce vaste ensemble, les textes de second choix sont minoritaires, quand bien même plusieurs dizaines d'entre eux ne constituent que des variantes autour de quelques thèmes analogues et mettent en scène des personnages qui semblent tous être des petits ou des grands frères, des cousins proches ou éloignés de Norman Bates, le héros de Psychose (1959). Il est vrai que le propre d'un écrivain digne de ce nom est d'avoir des idées récurrentes, pour ne pas dire des idées fixes, de mettre l'accent sur certains motifs bien précis et de les décrire sous tous les angles possibles et imaginables, en général (et dans les cas les meilleurs) à travers un seul et même mode d'écriture. On peut par exemple ne lire qu'une aventure de Maigret mais, dès l'instant où le charme a opéré, on se surprend à en lire ensuite dix, vingt, trente ou quarante. Et on s'aperçoit en même temps que le talent unique de Georges Simenon est l'extraordinaire variété dans l'unité.
          La formule, elle s'applique sans réserve à Robert Bloch, quel que soit le genre auquel se rattache chacune de ses nouvelles — fantastique, science-fiction, terreur, horreur, policier, humour noir... Chez lui, du reste, cette notion de genre n'a rien de strict et il arrive assez souvent, quand on découvre ses histoires, de ne jamais trop savoir si elles ressortissent à un genre donné ou si, par syncrétisme, elles en embrassent plusieurs. Enoch, qui date de 1946 et qui figure dans le présent recueil, en fournit une remarquable preuve : il y est question de crimes, de crimes épouvantables, mais il y est question aussi de dédoublement, au sens où il convient d'entendre ce mot lorsque, sous la plume magique de Robert Louis Stevenson, Jekyll devient Hyde. En réalité, Robert Bloch a presque toujours pratiqué avec un bonheur extrême le mélange des genres, sauf peut-être dans ses nouvelles d'inspiration lovecraftienne, même en adoptant divers pseudonymes comme Tarleton Fiske (à la fin des années 30), Sherry Malone, Wilson Kane, John Sheldon, Wille Folke ou Collier Young (le nom sous lequel il a signé son roman L'Étrange affaire Todd en 1969). Malgré quoi, un grand nombre de celles qu'il a composées tout au long de sa vie sont beaucoup plus policières que d'autres ou, à tout le moins, plus criminelles que d'autres car on n'y trouve que rarement des personnages de type classique menant une enquête, que ce soit des inspecteurs, des shérifs ou des privés. Dans celles réunies ici, on n'en verra guère, l'essentiel étant axé sur des hommes et des femmes ordinaires (apparemment ordinaires), victimes tantôt de leur incrédulité, tantôt de leurs manies et de leurs obsessions, tantôt encore d'une force mystérieuse qui les dépasse et les pousse inexorablement à commettre des actes abominables.
          Henry James a défini la nouvelle comme le récit de « quelque chose qui arrive à quelqu'un ». Dans le monde si riche de Robert Bloch, ces choses-là qui arrivent et auxquelles on ne s'attend presque jamais sont toujours stupéfiantes.
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