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Black-out

Connie WILLIS

Titre original : Blackout, 2010
Cycle : Blitz vol. 1

Traduction de Joëlle WINTREBERT
BRAGELONNE n° (433), dépôt légal : août 2012
672 pages, catégorie / prix : 25 €, ISBN : 978-2-35294-594-9

Photographie de couverture : (c) Shutterstock.

Couverture


    Quatrième de couverture    
     « Ce roman étourdissant nous parle à la fois de souffrance et d'espoir... La plus belle réussite à ce jour de l'un de nos meilleurs écrivains de science-fiction. » The Denver Post

     « Un tour de force. » The New York Times Book Review

     Oxford, futur proche. L'université est définitivement dépoussiérée : historien est devenu un métîer à haut risque. Car désormais, pour étudier le passé, il faut le vivre. Littéralement.
     Michael Davies se prépare pour Pearl Harbor, Merope Ward est aux prises avec une volée d'enfants évacués en 1940, Polly Churchill sera vendeuse en plein coeur du Blitz, et le jeune Colin Templer irait n'importe où, n'importe quand, pour Polly...
     Ils seront aux premières loges pour les épisodes les plus fascinants de la Seconde Guerre mondiale. Une aubaine pour des historiens, sauf que les bombes qui tombent sont bien réelles et une mort soudaine les guette à tout moment. Sans parler de ce sentiment grandissant que l'Histoire elle-même est en train de dérailler.
     Et si, finalement, il était possible de changer le passé ?

     Connie Willis a reçu sept fois le prix Nebula et onze fois le prix Hugo. Admise dans le prestigieux Science Fiction Hall of Fame, elle a été reconnue pour l'excellence de son œuvre et sa contribution au genre. Elle vit dans le Colorado avec sa famille.

 
    Critiques    
     Ce nouveau roman de Connie Willis, « Black-out », qui vient de sortir aux Editions Bragelonne, arrive en France précédé d’une réputation flatteuse : en effet, il forme avec sa suite « All Clear » un diptyque qui a été couronné par le Nebula et le prix Locus en 2010 puis par le Hugo en 2011 ! Difficile de faire mieux. Et, je vous le dis tout de suite, après avoir lu le livre, je trouve cela tout à fait mérité.
     Connie Willis nous fait retrouver son univers de l’Université d’Oxford en 2060, où le voyage temporel permet d’envoyer des historiens sur place assister à tous les évènements de l’histoire, y compris les plus obscurs, sauf lorsqu’il s’agit de « points de divergence » où le danger de modifier l’histoire serait trop grand. Mais comme la théorie veut qu’en principe l’univers et le système mis en place s’auto-régulent — le « filet » refuserait l’envoi de l’historien ou en modifierait le point et/ou la date d’arrivée — , il n’y a donc aucun risque d’intervention intempestive et de changement du cours de l’Histoire n’est-ce pas ?...
     Les seuls changements imprévus sont ceux auxquels procède M. Dunworthy, le responsable du département, en matière de planning de voyages temporels ! Ce qui n’arrange guère Michael Davis qui se retrouve propulsé à Douvres en 1940 pour y assister à l’arrivée des soldats britanniques évacués de la poche de Dunkerque alors qu’il devait partir pour Pearl Harbor en 1941, surtout avec Garde-Robe (le département des costumes) qui ne réussit pas à suivre... comme va le constater Polly Churchill qui, elle, doit partir dans le Londres du Blitz, toujours en 1940, afin d’étudier le comportement des gens dans les abris en travaillant comme vendeuse dans un grand magasin mais impossible d’obtenir une jupe noire, seulement du bleu marine, « terribly shocking » comme tenue à l’époque. Quant à Merope Ward, elle partira sous le nom d’Eileen O’Reilly, comme domestique dans un château campagnard qui héberge des enfants évacués de Londres pendant les bombardements. Bien évidemment, nos trois personnages vont se retrouver non seulement en butte aux imprévus de leurs situations (Michael arrive dans un patelin perdu de la côte au lieu de Douvres, Merope est affligée de garnements au comportement odieux, Polly d’une propriétaire sortie d’un roman de Dickens) mais aussi, et c’est plus grave, à des modifications insidieuses de la trame temporelle : par exemple les bombes tombent un peu en retard par rapport à l’heure historique, pas exactement au même endroit, etc. et les points de récupération ne fonctionnent plus donc impossible de repartir. Chacun va essayer de retrouver les deux autres, pensant ainsi pouvoir s’en sortir, dans un chassé-croisé rendu encore plus périlleux par l’absence de connaissances précises de ce que faisait chacun et par le climat d’une Angleterre en guerre où tout manque et où l’on voit des espion nazis partout. Ils se retrouvent finalement à Londres, se demandant ce qui est arrivé à Oxford... Nous le saurons dans le deuxième volume.
     En attendant celui-ci, nous avons droit à un roman magistral où Connie Willis révèle tout son talent d’écrivain : la description historique de l’Angleterre et de son climat psychologique en 1940 — le but des études de nos différents personnages — est fort précise et pleine d’humour, montrant à la fois la mesquinerie et la grandeur, la lâcheté et le courage de tous les John Bull qui forment la nation anglaise de l’époque — les passages avec Sir Godfrey, le grand acteur shakespearien, qui déclame des tirades soigneusement choisies afin de donner du courage à ses compagnons d’abri, sont magnifiques — ; tous les caractères sont fort drôles et bien étudiés — on se croirait parfois dans une comédie de moeurs, avec une mention spéciale pour les deux « monstres » Alf et Binnie, les deux gamins plus qu’odieux dont doit s’occuper Merope — et une autre mention pour la bureaucratie anglaise, aussi tatillonne et peu réactive en 1940 qu’en 2060, du moins si l’on en croit Connie Willis pour laquelle certaines choses ne changeront jamais. Le roman a été fort bien traduit par Joëlle Wintrebert qui a su rendre avec finesse tout l’humour et l’esprit très britanniques de ces pages, ce qui n’est pas un mince exploit, plus un glossaire de certains acronymes et termes divers avec lesquels le lecteur français n’est pas forcément familier (bravo pour les entrées « gelée de veau » et « Horlicks » qui ne nous réconcilieront pas avec la gastronomie britannique...). Un beau volume de grande science-fiction à lire donc en attendant de savoir ce qui s’est passé à Oxford et comment M. Dunworthy rectifiera la situation afin qu’elle soit « All Clear ».

Jean-Luc RIVERA
Première parution : 1/10/2012
dans ActuSF
Mise en ligne le : 27/1/2013


 
Base mise à jour le 17 mai 2013.
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