Recherche Rapide
    nooSFere > Encyclopédie > Littérature Choisir un autre habillage   
    Critiques    
    Littérature    
    Identification    
    Fiche livre    

Zombi blues

Stanley PÉAN

Fantastique  - Illustration de J. K. POTTER
J'AI LU, coll. Ténèbres n° 5202, dépôt légal : février 1999
320 pages, catégorie / prix : J, ISBN : 2-290-05202-7
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Gabriel est musicien. Tous les soirs, les sons envoûtants de sa trompette percent l'atmosphère des boîtes de jazz de Montréal. Mais, depuis qu'il est revenu au Canada — où ses parents adoptifs l'ont élevé, lui, l'enfant haïtien — il est la proie de visions étranges. Des obsessions effrayantes, des mots murmurés dans une langue inconnue. Au même moment, ailleurs dans la ville, Bébé Doc, le monstre en exil, use de magie noire pour torturer des innocents...
     Jazz, tonton macoute, amour maudit, rites vaudou et corps à corps : un premier roman fantastique noir et rouge, moderne et surprenant.

     Né en Haïti en 1966, Stanley Péan vit au Canada et parle couramment créole avce l'accent québecois. Auteur de nouvelles et de romans pour la jeunesse, il publie Zombi Blues, son premier roman pour adultes. Un regard percutant sur le monde, un talent qui se confirme, un jeune auteur qui n'a pas fini de nous étonner.

 
    Critiques    
     « Dans sa tête résonnent toujours ces mêmes dissonances obsédantes, puis des cris d'hommes émasculés, de femmes violées, de bébés égorgés. Une véritable symphonie de la souffrance humaine. » p. 184)

     Cette phrase résume assez bien l'ambiance particulière de ce roman fantastique remarquable : violence, dictature, sexe, sang... au rythme d'une musique omniprésente, jusque dans les titres des chapitres...

     Avec une écriture dense, sombre et oppressante, Péan parvient à établir un climat d'angoisse qui est davantage un prétexte au récit de la souffrance du peuple haïtien que la recherche d'effets faciles. Suscitant un malaise d'autant plus grand que l'on sait que cette souffrance est réelle, il nous entraîne des bas-fonds haïtiens aux salons diplomatiques canadiens, en passant par des boîtes de jazz, sans jamais relacher la tension. Il se révèle notamment particulièrement habile à dépeindre le désespoir des femmes, celles à qui on enlève un enfant, celles que l'on force, celles qui se soumettent...
     A côté des personnages principaux, acteurs de tragédie dont les noms se révèlent lourds de sens (Gabriel D'ArqueAngel, Caliban...), les personnages secondaires sont nombreux et consistants, donnant au récit un relief et une crédibilité auxquels peu de romans fantastiques parviennent.

     Mais en réalité, si l'ambiance est fantastique, si les ombres du vaudou et du folklore haïtien planent sur le roman, et si l'intérêt est avant tout politique, l'histoire s'oriente finalement vers une thématique qui ne relève que de la science-fiction.
     En effet, nous apprendrons peu à peu que des manipulations scientifiques dignes de celles du nazisme sont au centre de cette intrigue inattendue et prenante, située dans un décor original et réaliste, menée sans temps morts par un auteur dont le talent mérite amplement d'être découvert ! En bref, une jolie surprise !

Pascal PATOZ (lui écrire)
nooSFere


     Ils ne doivent pas être bien nombreux, ceux pour lesquels le nom de Stanley Péan évoque quelque chose. C'est pourtant en 1987, dans le numéro 27 du prozine Antarès, que l'on a pu découvrir ce jeune auteur québécois d'origine haïtienne, avec « Ban mwen yon ti-bo », un texte qui jouait sur l'ambiguïté de la rationalisation pour forger un fantastique moderne. De façon un peu inattendue, Stanley Péan nous revient donc par la grande porte après plus de dix ans, et chez un éditeur d'importance. Le Québec étant à l'honneur lors du dernier Salon du Livre, nous ne pouvions décidément trouver meilleure occasion pour vous parler de cet auteur.

     Thriller vaudou sur les franges du fantastique le plus moderne et du polar politique bien noir et saignant assorti d'explications rationnelles, Zombi blues nous entraîne dans le Québec de la diaspora haïtienne. L'histoire récente d'Haïti reste encore marquée de l'empreinte sinistre des Duvalier, Papa Doc et Baby Doc, et de celle de leurs tontons macoutes. Tout commence donc quand Bartholomew Minville, dit Barracuda, macoute en exil, arrive à Montréal avec sa clique, la bénédiction des autorités et les honneurs de la presse : ce que les victimes des duvalieristes vivent comme une provocation. Ceci dit, Minville ne se contente pas d'être un vulgaire macoute, il est de plus adepte de la magie noire....

     Le roman de Stanley Péan est un livre mosaïque, en toile d'araignée ; une toile bien évidemment tissée par l'ex-tonton macoute. Tous les protagonistes glissent progressivement vers lui dans une atmosphère de fumée et de jazz alors que la violence enfle en un crescendo d'un rare niveau. C'est un roman noir, au double sens du terme, noir et rouge sang, d'ailleurs, d'une violence pure et brutale, sauvage et torride, très sensuel, dont certains passages flirtent avec le bon porno et font fi de tabous bien ancrés.

     Ce premier roman ne révolutionnera pas le fantastique ; ce n'est pas là un impérissable chef-d'oeuvre. Non. Ce qui ne signifie pas que le livre soit mauvais, loin de là. Une grande part de l'intérêt réside dans l'originalité du contexte d'où est extrait le motif du livre. Le fantastique en demi-teinte est habillement rationalisé et tranche avec l'usage commun du folklore vaudou tel qu'on le rencontre souvent dans les œuvres de genre. Point de zombies, d'ailleurs. Les personnages sont remarquables et font toute la force de ce roman. Minville, en tonton macoute sadique et sanguinaire mal blanchi d'un verni d'hypocrisie, est un must. Stanley Péan a su se consacrer à son salaud sans le caricaturer tout en allant très loin, et en faire un trou noir dans lequel tout le livre plonge d'un seul mouvement. Il a distillé son attention à chacun de ses personnages, n'en a négligé aucun, leur insufflant une vie qui donne à la mort un relief plus intense et puise au rythme du jazz.

     Bref, il va bien falloir désormais considérer Stanley Péan comme une valeur montante du fantastique francophone, car c'est une authentique réussite que ce premier roman.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/6/1999
dans Bifrost 14
Mise en ligne le : 11/10/2003


 
Base mise à jour le 19 octobre 2014.
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2014. Tous droits réservés.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique. Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres.