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Les Soleils de Bali

Danielle MARTINIGOL

Science Fiction  - Illustration de MANCHU
LIVRE DE POCHE Jeunesse, coll. Jeunesse n° 454, dépôt légal : septembre 1997
320 pages, catégorie / prix : H11, ISBN : 2-01-019570-1
Couverture

    Quatrième de couverture    
     À Bali, dans le plus grand secret, des scientifiques travaillent sur des plantes transgéniques en vue de l'installation de la première base sur Mars. Les enjeux de cette nouvelle étape de la conquête spatiales sont colossaux. Or, voici que l'un des chercheurs disparaît avec tout le dossier... Trahison ou enlèvement ? Méric va mener l'enquête en compagnie d'Albane. Au coeur de l'Indonésie, les voilà tous deux lancés dans l'aventure, chevauchant une fabuleuse moto du futur...

 
    Critiques    
[Chronique commune aux Soleils de Bali de Danielle Martinigol et aux Chasse-Marée d'Alain Grousset]

     Le Livre de Poche Jeunesse gâte les amateurs de science-fiction : voici venir, coup sur coup, deux romans français de la meilleure eau ! Les auteurs ne nous sont pas inconnus : ils ont signé de nombreuses nouvelles (ensemble, le plus souvent) dans tous les supports SF disponibles et, dans le domaine de la jeunesse, sont chacun auteur d'un précédent roman dans la même collection : L'or bleu pour ce qui concerne Danielle Martinigol, La citadelle du vertige pour ce qui est d'Alain Grousset.

     Premier paru des deux, et donc premier lu, le Martinigol :

     Futur proche : les projets d'installation de bases sur Mars et la Lune commencent à peine. Méric Nessange a dix-huit ans. Ses parents, tous deux astronautes de l'Institut de Recherches Prospectives, sont partis en mission spatiale pour deux ans, en vue de la construction d'une base martienne. Resté sur Terre, Méric travaille durant ses vacances d'été pour le chef de la Sûreté de l'Institut, le redoutable Augustin Borrault. Certains aspects de son boulot sont forts agréables — comme le fait d'avoir à sa disposition une fabuleuse moto, fonctionnant sur coussins antigrav : le dernier cri de la technique ! D'autres aspects sont beaucoup moins plaisant : comme cette mission que confie traîtreusement Borrault à Méric, de se lier d'amitié et d'espionner Albane, la jeune sœur de Thierry Pournant. Il faut dire que la piste de Pournant est de première importance pour la Sûreté de l'IREP : bio-technicien chargé de collecter les relevés des biosphères (installées un peu partout sur Terre pour simuler les futures bases spatiales), Thierry Pournant a disparu trois mois plus tôt en Indonésie, dans l'île de Bali. Et un agent lancé sur sa trace a bien failli y laisser sa peau ! Borrault essaye donc de trouver un nouveau biais, en faisant suivre Albane par Méric.

     Cette enquête conduira les deux jeunes gens en Indonésie, bien sûr, et leur fera frôler la mort de très près, alors que se déroulera l'écheveau d'un plan criminel où l'IREP n'est qu'un simple instrument.

     Parvenir à brosser le portrait d'un futur proche avec un tel réalisme qu'on le confondrait aisément avec le présent, en y intégrant de nombreuses notions scientifiques (biosphères, exploration spatiale plus commune, base lunaire...), voilà un exercice auquel les écrivains français de SF (pour adultes !) ne s'essayent pas fréquemment, hélas. Il est ici parfaitement maîtrisé. Parvenir en sus à nous faire découvrir l'Indonésie, à nous faire faire une véritable visite des merveilles de Bali, sans sombrer dans la brochure touristique, c'est une autre difficulté qu'a surmontée Martinigol. Et quand le tout est achevé en menant à bien une sympathique intrigue policière, en maintenant un impeccable suspense et en insufflant la vie à ses héros, comment voulez-vous que je ne parle pas de réussite magistrale ?

     Les soleils de Bali est exactement le genre de romans de SF que j'aimais lire lorsque j'avais 14 ou 15 ans. Tout y est : un avenir auquel je veux croire, épaulé par des extrapolations crédibles (le seul « gadget » que ce soit permis Danielle Martinigol est la moto antigrav — mais c'est exactement le genre de choses auxquelles je pouvais rêver quand j'étais ado ! Pensez à la liberté que procurerait un tel engin !). L'exotisme du cadre, épaulé là encore par des notions solides (l'auteur connaît visiblement très bien ces pays, et sa plume tour à tour descriptive et poétique sait faire partager avec bonheur son amour pour l'Indonésie). De l'aventure, entre polar et espionnage, sans aucun temps mort (dés que l'action fait mine de souffler un peu, un événement fait repartir les choses au quart de tour : cf. par exemple le dramatique tremblement de terre). Et, le point qui est peut-être primordial, des personnages attachants dont on ressent les sentiments ! L'idylle de Méric et Albane, leurs disputes et leurs réconciliations, leurs peurs et leurs peines... Martinigol est très habile, qui parvient à faire passer si vite son lecteur du rire au pincement de coeur. Je vous avoue avoir « marché » tout du long ! Et ma foi, je ne saurai trouver meilleur compliment, justement, que cet aveu. Le 4ème de couverture nous indique « à partir de 10-11 ans », j'en ai bientôt 30 mais ai quand même été captivé. Chapeau !

     Pour donner dans la comparaison, Martinigol se hisse au niveau des meilleurs Christian Grenier ou William Camus (remember Face au Grand Jeu, Cheyenne 6112...). Un tout petit, minuscule regret, extra-littéraire : pour L'or bleu, Danielle Martinigol avait eu la chance d'être servie par deux des plus grands graphistes français actuels (Siudmak et Miles Hyman), on retombe ici dans une esthétique BD assez banale (Manchu). La couverture n'est pas très belle, et très traditionnelles les illustrations intérieures. Pas vilaines, mais anecdotiques. J'aurais bien vu un Chris Lamquet à l'ouvrage ici, tant l'imaginaire des Soleils de Bali est celui de ses propres BD (Tropique des étoiles — deux tomes — chez Hélyode, L'amour hologramme chez Casterman — recommandé !) sont proches.

     Et quid du Alain Grousset, Les Chasse-marée ?
     [...] 1


     D'un point de vue « prosélytisme de la SF », on ne peut que se réjouir de la parution de tels romans. Et si, comme moi, vous avez goût à la littérature pour jeunes, ne boudez pas votre plaisir. Dommage, tout de même, que tant de talent soit réservé au domaine des enfants, quand la SF pour adultes en France est devenue si catastrophiquement pauvre !

Notes :

1. Cette partie de la chronique portant sur Les Chasse-Marée n'a pas été reproduite ici. On la retrouvera sur la fiche du livre. [note de nooSFere]


André-François RUAUD (lui écrire)
Première parution : 1/6/1993
Yellow Submarine 102
Mise en ligne le : 22/9/2004


 
Base mise à jour le 17 mai 2013.
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