Ma zique favorite
Quand j'écris, j'écoute presque toujours de la musique. Genres et styles varient en fonction de ce que j'écris, mais voici les 6 disques que je préfère parmi ceux parus récemment. Ces chroniques sont extraites du site Yet Another Electro Webzine. Vous trouverez dans les Archives les disques chroniqués précédemment...
Archive
:
Lights (Warner
2006)
Je ne connaissais pas du tout Archive avant de découvrir Headlights dans le CD sampler de D-Side 34. Fort intrigué par ce trip-hop lancinant voire hypnotique, je me suis donc procuré l'album. J'y ai découvert avec étonnement, puis ravissement (il passe tous les jours depuis dans ma platine) un mélange incroyable de trip-hop (façon Massive Attack), de chansons belles à pleurer (Taste of blood, craquant !) et de... rock psychédélique, dans la bonne tradition des années 60-70 (13th Floor Elevator, Spacemen 3, Quicksilver, ça dira peut-être quelque chose aux plus anciens d'entre vous, sinon demandez à vos parents !). Et tout ça se mélange merveilleusement bien, servi par la voix chaude et claire de leur nouveau chanteur Pollard Berrier (un fan qui les a rejoint à point nommé pour remplacer Craig Walker qui a quitté le groupe). Ça culmine même dans le long (mais pas du tout longuet) morceau Lights (18:30 mn !), un truc tellement hypnotique que si vous l'écoutez en fixant une bougie, ça y est, vous vous barrez dans vos vies antérieures ou quelque chose comme ça (je n'ai pas essayé). Il y a aussi des morceaux bien plus enjoués, tels Veins qui ouvre l'album, où le son psyché ressort plus nettement. Ça fait du bien, c'est rafraîchissant, ça masse dans le sens du poil, bref c'est l'album de l'été ! (qui s'annonce chaud).
Mesh
: We collide (SPV 2006)
Je suis un poil déçu par le nouveau Mesh. Certes, le son est énorme (la production de Gareth Jones, producteur attitré de Depeche Mode, y est pour une bonne part), les compos sont toujours impeccables et 100% Mesh, Marc Hockings chante toujours aussi bien, avec cette voix qui évoque un peu un Dave Gahan qui aurait oublié de vieillir, bref, c'est du Mesh avec un gros son et plein de guitares (là réside la nouveauté). Mais j'ai comme l'impression qu'en voulant faire plus gros, plus fort, plus riche et puissant, Mesh est en train de tomber dans les travers de Depeche Mode après Violator : il perd de sa fraîcheur et de sa "fragile"-ité (hum...) pour devenir une sorte de groupe de rock. Très bien foutu, OK, mais presque banal. Même si surnagent encore de ces perles typiquement meshiennes, délicates et bourrées d'émotion, telles No place like home, Petrified ou Room with a view, d'autres morceaux (Open up the ground, This is what you wanted, My hands are tied) sont noyés dans les guitares, et la belle voix de Mark Hockings s'y perd. J'en viens à regretter l'absence de ces tubes imparables qu'on peut fredonner sous la douche et qui ont fait le succès de Mesh, tels Trust you, Scares me, My defender ou Firefly... Attention, je ne dis pas que We collide est mauvais : quiconque ne connaît pas Mesh peut l'acheter en toute confiance et tombera amoureux de ce groupe. Mais le fan transi que je suis est devenu exigeant, il veut du plus que parfait, et pour moi We collide n'est pas, à mon goût, leur meilleur album. Voilà.
Massive
Attack : Collected (Virgin 2006)
Depuis le fabuleux mais très sombre 100th Window en 2003, Massive Attack n'avait pratiquement rien sorti de nouveau. Ce n'est pas encore vraiment le cas aujourd'hui avec Collected, qui est une compilation "officielle", c'est-à-dire de morceaux choisis par le groupe lui-même et non fourrés pêle-mêle sur un cd par une boîte de disques désireuse de se faire trois sous. On y trouve donc des classiques (Unfinished sympathy, Karmacoma, Inertia creeps...), d'autres classiques spécialement remixés pour l'occasion (Butterfly caught, Future proof, Five man army), des inédits (le nouveau single Live with me, magnifique, sa "b-side" False flags, Silent springs, Joy luck club...) et des remixes ou réinterprétations plutôt rares, inédits ou sortis juste en singles. En prime avec l'édition limitée, un "dual cd/dvd" comprenant sur une face les morceaux rares pré-cités (que je recommande très chaudement, rien n'est à jeter, au contraire !) et sur l'autre 15 clips et un extrait de concert. Les fans hard-core de Massive Attack, ceux qui ont déjà tout, n'auront donc pas grand-chose de nouveau à se mettre dans l'oreille (le nouveau single, qui est quand même un pur joyau dans la tradition du groupe). Ceux qui n'ont que les albums prendront plaisir à réentendre ces classiques intelligemment compilés et à découvrir (ou revoir) les clips, et tendront une oreille émerveillée aux nouveautés et morceaux remixés (fort subtilement). Pour ceux qui ignorent tout de Massive Attack, eh bien c'est l'occasion en or de les découvrir dans toute leur richesse. Donc, selon la catégorie où vous vous situez : indispensable pour le fan hardcore (il y a des nouveautés !), essentiel pour l'amateur éclairé (surtout le cd 2), incontournable pour le néophyte.
Suicide
Commando : Bind, torture, kill (Dependent 2006)
Lors de son précédent album sorti en 2003, Axis of Evil, Johan Van Roy avait la rage contre George W. Bush et cette rage a nourri l'un des meilleurs - sinon le meilleur - album de Suicide Commando à ce jour. Le thème d'inspiration de Bind, Torture, Kill est cette fois Dennis Rader, un serial killer américain qui opérait justement selon ces trois "principes" : attacher, torturer, tuer. Van Roy retrouve là ses thèmes de prédilection, tendres et romantiques à souhait : torture, massacre, zombis, sang, mort et larmes Bref, tout ce qui fait le "charme" de Suicide Commando. L'album démarre très fort par un tube martelé au pilon, Bind torture kill, qui assurément pose une pierre noire dans la carrière de SC, tout comme Hellraiser ou Cause of death: suicide en leur temps. Suit Bleed for us all, un morceau dont le refrain rappelle furieusement les ritournelles de :Wumpscut: À part deux morceaux assez "mid-tempo" plutôt surprenants (Dead march et Rader) et l'inclusion des deux tubes sortis en 2005, Menschenfresser (moyen) et Godsend (nouvelle et bonne version), le reste relève de la production courante de Suicide Commando : gros son acide et velu, beats qui s'enfoncent dans le crâne, voix rauque et saturée. Pas de déception, pas de vraie surprise non plus, sinon par le fait qu'il manque souvent de ces petites mélodies aigrelettes surnageant sur une rythmique en fusion qui sont la marque de fabrique de Suicide Commando et qu'on se surprend à fredonner sous la douche ! Au final, un rouleau compresseur de plus qui va arracher les tripes et laminer la tête du fan de base, mais pas le top du top pour découvrir la "finesse" de Suicide Commando.
Leaether
Strip : After the devastation (Alfa Matrix 2006)
Après avoir pondu une pléthore d'albums essentiels pendant dix ans, le Danois Claus Larsen, alias Leæther Strip, s'était enfermé dans le silence et la déprime pendant cinq ans, suite à ses déboires avec Zoth Ommog puis Bloodline. Ayant enfin trouvé un label qui parle musique avant de parler argent (Alfa Matrix), Claus Larsen renaît de ses cendres et sort d'un seul coup un double album, After the Devastation, précédé d'un single killer (Suicide Bombers) et assorti en édition limitée d'un ep de remixes, Æftershock. Cinq ans de rages, de dépression, de frustrations, et le bonhomme a explosé : résultat, 24 perles brillantissimes composées durant la seule année 2005. Comme il dit, "les vannes se sont ouvertes". Il y parle de lui, de sa déprime guérie et de son ex-dépendance aux drogues (Back in control, Death is walking next to me, Happy pills, Junkie do-junkie die, Homophobia ) et de la rage que lui inspire l'état du monde, notamment les guerres de religion (Gaza strip, Suicide bombers, The shame of a nation) ou les catastrophes climatiques mal gérées (le cyclone qui a ravagé la Nouvelle Orléans dans Give us some shelter). Et la musique ? Ah, la musique... Leæther Strip revient à point nommé pour remettre les pendules à l'heure, et montrer à ses disciples (Suicide Commando, Hocico, :Wumpscut: ou Icon of Coil entre autres) ce que c'est que l'EBM, la dark-electro, l'indus méchant voire l'electronica orchestrale - car Claus Larsen sait tout faire. À l'instar d'un Nitzer Ebb, Leæther Strip a posé les bases de la musique électronique actuelle dès 1990, et il vient ici rappeler ce qu'on peut produire avec des synthés et des logiciels quand on a du talent. (Non pas que les susnommés en manquent, de talent, mais là on se rend compte qu'ils n'ont rien inventé.) Tout est splendide, émouvant, magnifique, dévastateur (Suicide Bombers), fun (Happy pills), douloureux (Junkie do-junkie dies et son refrain égrenant comme une litanie le vocabulaire du junkie), enragé (The shame of a nation, One man's gain, another man's pain), apaisé (I was born that day, Inner exploration) et même amoureux (la splendide Symphony for Kurt - son petit copain - qui clôt le second album). Leæther Strip revient, une supergéante bleue se rallume dans le ciel de l'électro, sûr que nombre d'autres étoiles vont pâlir à côté.
Heimataerde
: Gotteskrieger (Infacted 2005)
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