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L'esclave sert le maître, le maître sert le prince,
le prince sert le Dieu Juste.
Le bien que fait l'esclave est pour le maître,
Le bien que fait le maître est pour le prince,
Le bien que fait le prince est pour le Dieu Juste.
Sentence Scarrane
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Pierrot s'en va
par Gustav-Adolf Mossa
reproduction tirée du n°11 de la revue Elegy
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Le lendemain matin, Weylin écrivait, installé dans son lit. La soirée
de la veille avait été très étrange, le prince et lui avaient usé d'hallucinogènes
et de drogues aux parfums subtils. Weylin essayait de fixer sur le papier
ses visions oniriques, espérant en faire un poème. Le jeune homme entra.
Weylin fit mine de le renvoyer, puis retint son geste. Il se rappelait
en effet que ce garçon était le présent du prince, son esclave.
- Approche, lui dit-il. Comment t'appelles-tu ?
- Je me nomme Rélio, répondit l'autre avec un sourire d'enfant sur ses
lèvres sensuelles.
- Et que sais-tu faire, Rélio ?
L'autre sourit de plus belle :
- Je sais... M'occuper de vous, de votre chambre et de vos habits...
Je sais vous servir pour préparer vos voyages et vos visites...
- Tout cela est très commun. Ne connais-tu rien d'autre ?
- Oh si ! s'exclama Rélio, ravi : je sais aussi faire des tours de passe-passe,
je sais la danse et le mime, je suis aussi clown et acrobate ! Si vous
le voulez, bien sûr...
Weylin resta pensif, observant cet étrange adolescent vêtu de larges
habits blancs. Adolescent ou adolescente, d'ailleurs ? Son corps et
son visage auraient très bien pu être ceux d'une jeune fille un peu
étrange, et sa voix au timbre clair ne permettait pas de trancher. Pendant
que Weylin réfléchissait ainsi, ses feuilles posées à côté de lui sur
le drap, Rélio commença à exécuter quelques pas de danse au son d'une
musique imaginaire, sorte de valse solitaire et silencieuse. Weylin
le regarda faire, amusé par son expression concentrée... Et soudain
Rélio s'envola en des pirouettes et sauts audacieux, élégants, saccadés
et rapides ; Weylin fut stupéfait autant par son agilité que par la
grâce avec laquelle il évoluait. Rélio dansait Weylin ne pouvait pas
le quitter des yeux. Puis au bout d'un moment l'adolescent s'arrêta,
resta debout titubant, tomba à genoux puis renversa la tête en arrière,
aspirant l'air en haletant par ses lèvres entrouvertes. Il se releva
et regarda Weylin avec une expression extrêmement angoissée :
- Tu as aimé ?
Il semblait y avoir toute la peur du monde dans son regard. Weylin,
effrayé par tant d'intensité, dit en lui faisant un grand sourire pour
le rassurer :
- Oui, beaucoup ! Tu es un très bon danseur !
Rélio eut un petit rire heureux et battit dans ses mains. Puis il fit
:
- Si tu veux, je danserai pour toi aussi souvent que tu voudras !
Puis, plus sérieusement :
- N'oublie pas que je suis à toi.
extrait de Rélio
nouvelle publiée dans le recueil Royaumes.
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