Outrage et rébellion



Ashto : La vie en pension’ était pas pénible. Elle était ennuyeuse, c’est tout. On y arrivait vers quoi, sept ans ? Et on en sortait quand papa le décidait. Vers vingt ans.
On manquait de rien, là dedans. Y avait même des grands Espaces Verts et toute cette merde. C’était une vie de luxe, pas de doute. Mais on était pas tellement au courant, haha !

Drime : Je suis arrivé en pension’ vers sept ou huit ans, comme tout le monde. La pouponnière m’a longtemps manqué, j’ai pleuré pendant des jours. Et puis je m’y suis fait. Il y avait de l’espace, du grand air, une turne pour moi tout seul, et rien d’autre à faire qu’à s’orner l’esprit, comme disaient les monos. C’est à dire qu’ils nous abrutissaient de travail, avec toutes sortes d’enseignements utiles pour futurs héritiers de grandes fortunes, oh oui ! Des disciplines tradi, les fameuses disciplines ancestrales : le nô, le manipuri. Ancestral, tu parles ! Mon père est sibéro-maori, alors franchement, le nô, qu’est-ce que les mânes de mes ancêtres pouvaient en avoir à foutre ?

Fado : Ils nous faisaient trimer : réveillés tôt, couchés tard et entre les deux, ils nous lâchaient pas mais amicalement, hein ? Tout était amical.
Cela dit, même amicalement, c’est pas facile d’expliquer à un ado à quel point le gaomi est un truc passionnant - tu sais, c’est juste des cocottes en papier plié, des putains de cocottes tradi - alors pour qu’on marche quand même dans leur amitié, les monos nous montaient les uns contre les autres ; ils organisaient tout le temps des « concours amicaux », des « compétitions amicales », des tas de machins amicaux au sujet de n’importe quoi, le saut à la perche ou la poésie malaise ; avec, à chaque fois, une célébration débile pour remettre la médaille au vainqueur, et la plupart des pensionnaires était à fond là-dedans – dans les médailles.
Vraiment à fond.

Drime : Nous faisions du sport, bien sûr ; beaucoup de sport. Nous étions là pour ça, n’est-ce pas ? Surtout de l’entraînement cardiovasculaire, de la course de fond ou de demi-fond. Sérieusement, existe-t-il quelque chose de plus ennuyeux que la course de demi-fond ? Mais nous faisions ça à l’air libre, avec une simple combinaison à rayons durs, un masque filaire et de l’Herbe jusqu’aux mollets, parfaitement ! De la vraie Herbe, avec de la Chlorophylle. Et nous trouvions ça normal, absolument.

Ashto : J’ai d’abord été en pension’ à coahuila. Dans le désert de chihuahua. Mais je supportais pas le climat. On m’a envoyé à karakul. Dans les conglin. Et vous savez quoi ? C’était la même merde. Une pension’ de luxe sous un filtre à rayons durs. Des cours à la con. Et autour, des kilomètres de désert comme des barreaux. Pas moyen de foutre le camp à pied. Et on avait que nos pieds pour bouger, haha ! Mais je me demande si c’était nécessaire, ces kilomètres de désert. On connaissait rien, mais rien au vrai monde. Il nous faisait peur. La trouille nous tenait en cabane mieux que mille bornes de caillasse.

 


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