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Le Livre d'Or de la science-fiction : John Wyndham
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Passons en revue les nouvelles contenues dans ce fort bon Livre d'Or.
Le troc des mondes et Le monstre invisible font partie des premiers textes de Wyndham (1931 et 1933). Ils sont à la fois graves et comiques, graves par la menace représentée, soit par les descendants des terriens, soit par un extraterrestre, et comiques par l'aspect de cette menace (nains hautains, gélatine invisible aux multiples mâchoires). Adaptation est une superbe nouvelle d'une très grande sensibilité et dont le dénouement très triste porte un rude coup aux personnages de l'histoire. Indiscrets passe-temps de Pawley compose un chef-d'œuvre d'humour. En voiture les citoyens-voyeurs temporels ! Mais les touristes du futur seront feintés en devenant l'objet de convoitise et de voyeurisme de touristes du présent tout aussi méprisants et sans gêne qu'eux. Péril rouge, texte catastrophe, décrit une invasion extraterrestre parmi les plus folles et les plus angoissantes.
La roue conte une merveilleuse petite histoire qui reprend la morale finale de Ravage de Barjavel ; la condamnation totale de la science, gare aux inventeurs qui seront brûlés vifs, eux et leur génie. Très émouvant. Casse-tête chinois manifeste un humour assez particulier aux dépens des Gallois mais demeure anecdotique comparé à l'ensemble. Abus de confiance œuvre dans le style absurde aux résonances à la fois pataphysiciennes et trop raisonnables. Le diable n'existe pas pourvu que vous n'y croyiez pas... Quant à Ce rêve étrange et pénétrant, mettant en scène un rêve commun à plusieurs personnes, i ! me paraît un peu pâle. Son traitement n'est pas vraiment réussi et souffre peut-être de la force de ceux qu'il côtoie. Enfin, La quête aléatoire introduit la recherche de la femme idéale, perdue à peine trouvée dans un monde analogue mais différent. Efficace et passionnant.
Wyndham est un auteur classique. Ses nouvelles sont toutes très bien écrites, souvent sensibles, souvent aussi colorées d'humour. Le niveau général de ce Livre d'Or surprend par sa qualité, il ne contient aucune vraie brebis galeuse. Et l'anthologie, quand on la referme, laisse une impression d'éblouissement, en particulier pour les lecteurs qui ne connaissaient de lui que ses romans.
Wyndham part presque toujours d'un univers familier dans lequel il introduit un élément insolite ou dangereux, voire les deux en même temps, qui bouleverse le quotidien. Et puis froidement, sans chercher à produire des effets lumineux, sans artifices littéraires clinquants, il suit sa logique de départ et ne s'en écarte pas. Ce qui l'intéresse, c'est l'aspect humain. Le décor change, que cela implique-t-il pour les personnages ? Comment réagissent-ils ? Comment en sont-ils affectés ? Il se penche sur ces questions et y répond avec une constante simplicité.
C'est ça le classicisme de John Wyndham. C'est Adaptation. C'est aussi La roue. Deux petits bijoux parmi d'autres pierres précieuses. Je serais tenté de dire que les Livres d'Or sont des écrins qui renferment presque à chaque fois la substantifique moelle d'un écrivain de Science-Fiction. Ils ne sont pas indispensables, rien ne l'est pleinement, mais il serait dommage de ne pas les lire.
La nouvelle, en Science-Fiction, c'est quelque chose.
Éric SANVOISIN
First publication : July 1st, 1987
in Fiction 388
Posted on : April 20, 2003
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