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Le
film suivant, quelques personnes ont réussi à le voir
puisque c'est Le Cinquième Élément.
Avec Luc Besson, voilà enfin un réalisateur qui assume
ses références BD !
Oui.
D'ailleurs, quand il est venu me voir, il m'a dit : « Je
suis un vieux lecteur de Valérian et je trouve que les américains
vous ont pas mal pompé. Moi, je prépare un film de science-fiction,
je vous engage et je vous paie ! ». J'ai signé pour
cent jours de travail, ce qui était un gros contrat. Il a aussi
demandé à Moebius, mais Jean n'est venu que quelques
fois, nettement moins souvent. Une équipe d'une dizaine de
jeunes dessinateurs avait également été engagée.
Comment
s'est organisée votre collaboration ?
J'ai
d'abord lu le scénario, ce que les autres n'avaient pas eu
le droit de faire (le secret dans le monde du cinéma !). J'ai
beaucoup discuté avec le chef-décorateur, Dan Weil,
avec qui je suis devenu très ami, puis, pour imaginer à
quoi ressemblait ce New York du futur, j'ai crobardé très
librement des trucs d'approche, des vues panoramiques, l'astroport...
Nous ne dessinions pas les fantasmes de Besson. Nous apportions nos
interprétations. Chacun réagissait par rapport à
ce qu'il connaissait de l'histoire et, ensuite, Luc venait
choisir
les choses qui l'intéressaient. Le principe, c'était
: « Allez-y, étonnez moi ! ». Moi, je l'ai
surtout étonné quand j'ai commencé à lui
dessiner des petits taxis volants, comme ceux que j'étais en
train de mettre dans l'histoire de Valérian, Les Cercles
du Pouvoir...

Les
taxis n'étaient donc pas prévus au départ ?
Non.
Le scénario que j'avais lu ne comportait pas de scènes
de voitures volantes. Le héros circulait en métro aérien
entre son boulot à l'usine de fusées et son domicile
de New York. J'avais dessiné mes taxis parmi les décors
que je proposais à Luc. Il les a trouvés marrants et
m'a demandé de lui en dessiner d'autres, ainsi qu'une voiture
de police. Puis c'est tout... L'année 1992 se termine, le film
va mal parce qu'il va coûter très cher. Face à
nos dessins, Luc et les producteurs de la Gaumont voient bien
l'ampleur du budget et la nécessité de trouver une distribution
internationale. Apparemment, les américains étaient
prêts à croire en Luc, mais ils voulaient le voir sur
le terrain. Donc, Luc arrête tout et va préparer Léon
à New York. L'équipe est dissoute et moi, bien sûr,
je retrouve Valérian et termine Les Cercles du Pouvoir...
et leurs taxis volants !
L'album
était terminé avant la reprise du film ?
Oui,
et je l'envoie à Luc à New York. Peut-être sa
lecture lui confirme-t-elle que les taxis peuvent être une bonne
idée (rires)... Léon fait un succès,
les américains investissent dans le projet, et le film peut
enfin redémarrer. Luc m'a bien sûr recontacté,
mais il n'y avait plus grand chose à dessiner. J'ai juste bricolé
deux ou trois scènes, notamment une se passant dans un garage
(et qui n'a finalement pas été tournée). J'étais
un peu étonné par ces nouvelles scènes... mais
c'était à mon tour de ne plus savoir tout ce qui se
passait ! J'ai été invité sur le tournage dans
les Studios de Pinewood à Londres, mais ce n'est qu'à
l'avant-première du film que j'ai découvert l'importance
de mes taxis dans l'histoire ! Finalement, les distributeurs américains
n'ont pas eu regretter leur investissement : à sa sortie aux
États-Unis, le film a été numéro un
pendant quinze jours, jusqu'à l'arrivée de Jurassic
Park 2. Les taxis volants étaient une bonne idée
!
Luc
Besson est un personnage souvent décrié. Humainement,
comment étaient les relations entre vous ?
Avec
moi, cela s'est toujours extrêmement bien passé. Il prenait
ce qui lui convenait de ma production journalière. S'il adorait,
il bâtissait sa mise en scène sur mes dessins... Bien
sûr, avec Luc, il y a une règle à respecter :
SILENCE sur le projet ! C'est pour cela que je me suis tu pendant
cinq ans. Mais c'est normal, il faut laisser les projets se mettre
en place...
Le
succès du Cinquième Élément a-t-il
amené de nouveaux lecteurs vers Valérian ?
Probablement.
En tout cas, le film a donné un sacré coup de projecteur
sur mon travail. Et cela se prolonge encore aujourd'hui... En plus,
Besson a renvoyé l'ascenseur de façon très sympa.
Il n'y a pas un article de l'époque où il ne dit pas
que c'est Jean et moi qui lui avons inspiré le Cinquième
Élément...
Galerie ...
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