Le cinquième élément

 1992

 

 











 

Le film suivant, quelques personnes ont réussi à le voir puisque c'est Le Cinquième Élément. Avec Luc Besson, voilà enfin un réalisateur qui assume ses références BD !
     Oui. D'ailleurs, quand il est venu me voir, il m'a dit : « Je suis un vieux lecteur de Valérian et je trouve que les américains vous ont pas mal pompé. Moi, je prépare un film de science-fiction, je vous engage et je vous paie ! ». J'ai signé pour cent jours de travail, ce qui était un gros contrat. Il a aussi demandé à Moebius, mais Jean n'est venu que quelques fois, nettement moins souvent. Une équipe d'une dizaine de jeunes dessinateurs avait également été engagée.

     Comment s'est organisée votre collaboration ?
     J'ai d'abord lu le scénario, ce que les autres n'avaient pas eu le droit de faire (le secret dans le monde du cinéma !). J'ai beaucoup discuté avec le chef-décorateur, Dan Weil, avec qui je suis devenu très ami, puis, pour imaginer à quoi ressemblait ce New York du futur, j'ai crobardé très librement des trucs d'approche, des vues panoramiques, l'astroport... Nous ne dessinions pas les fantasmes de Besson. Nous apportions nos interprétations. Chacun réagissait par rapport à ce qu'il connaissait de l'histoire et, ensuite, Luc venait choisir les choses qui l'intéressaient. Le principe, c'était : « Allez-y, étonnez moi ! ». Moi, je l'ai surtout étonné quand j'ai commencé à lui dessiner des petits taxis volants, comme ceux que j'étais en train de mettre dans l'histoire de Valérian, Les Cercles du Pouvoir...

 

Les cercles du pouvoir.

     Les taxis n'étaient donc pas prévus au départ ?
     Non. Le scénario que j'avais lu ne comportait pas de scènes de voitures volantes. Le héros circulait en métro aérien entre son boulot à l'usine de fusées et son domicile de New York. J'avais dessiné mes taxis parmi les décors que je proposais à Luc. Il les a trouvés marrants et m'a demandé de lui en dessiner d'autres, ainsi qu'une voiture de police. Puis c'est tout... L'année 1992 se termine, le film va mal parce qu'il va coûter très cher. Face à nos dessins, Luc et les producteurs de la Gaumont voient bien l'ampleur du budget et la nécessité de trouver une distribution internationale. Apparemment, les américains étaient prêts à croire en Luc, mais ils voulaient le voir sur le terrain. Donc, Luc arrête tout et va préparer Léon à New York. L'équipe est dissoute et moi, bien sûr, je retrouve Valérian et termine Les Cercles du Pouvoir... et leurs taxis volants !

     L'album était terminé avant la reprise du film ?
     Oui, et je l'envoie à Luc à New York. Peut-être sa lecture lui confirme-t-elle que les taxis peuvent être une bonne idée (rires)... Léon fait un succès, les américains investissent dans le projet, et le film peut enfin redémarrer. Luc m'a bien sûr recontacté, mais il n'y avait plus grand chose à dessiner. J'ai juste bricolé deux ou trois scènes, notamment une se passant dans un garage (et qui n'a finalement pas été tournée). J'étais un peu étonné par ces nouvelles scènes... mais c'était à mon tour de ne plus savoir tout ce qui se passait ! J'ai été invité sur le tournage dans les Studios de Pinewood à Londres, mais ce n'est qu'à l'avant-première du film que j'ai découvert l'importance de mes taxis dans l'histoire ! Finalement, les distributeurs américains n'ont pas eu regretter leur investissement : à sa sortie aux États-Unis, le film a été numéro un pendant quinze jours, jusqu'à l'arrivée de Jurassic Park 2. Les taxis volants étaient une bonne idée !

     Luc Besson est un personnage souvent décrié. Humainement, comment étaient les relations entre vous ?
     Avec moi, cela s'est toujours extrêmement bien passé. Il prenait ce qui lui convenait de ma production journalière. S'il adorait, il bâtissait sa mise en scène sur mes dessins... Bien sûr, avec Luc, il y a une règle à respecter : SILENCE sur le projet ! C'est pour cela que je me suis tu pendant cinq ans. Mais c'est normal, il faut laisser les projets se mettre en place...

     Le succès du Cinquième Élément a-t-il amené de nouveaux lecteurs vers Valérian ?
     Probablement. En tout cas, le film a donné un sacré coup de projecteur sur mon travail. Et cela se prolonge encore aujourd'hui... En plus, Besson a renvoyé l'ascenseur de façon très sympa. Il n'y a pas un article de l'époque où il ne dit pas que c'est Jean et moi qui lui avons inspiré le Cinquième Élément...

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