| Une esquisse biographique et une
appréciation littéraire de Jack Vance par David B. Williams (Traduction de l’anglais par Patrick Dusoulier,
février 2006)
Deuxiéme partie
Le tempérament
Jack Vance aspire par-dessus tout
à l’indépendance. Son statut d’écrivain a fini par lui procurer cette
indépendance. « Je voulais avoir un travail où je n'aurais pas de patron,
et où je n'aurais pas besoin de me présenter quelque part à une heure
donnée. », a-t-il confié à Kathie Huddleston dans une interview accordée
au webzine Science Fiction Weekly.
L’écriture « est une
activité qui me convient très bien ; et je ne m’imagine pas faire autre
chose », a-t-il écrit dans un article autobiographique. « Je n’aime
pas trop les groupes, fondamentalement ; j’aime pouvoir agir selon mes
propres inclinations, même si je sais aussi me conformer lorsque c’est
nécessaire, ne serait-ce que pour éviter de me faire expulser des dîners en
ville. »
Bien qu’il ait fait des études
universitaires, il aime à dire qu’il n’a jamais fait un travail de col blanc,
jamais travaillé dans un bureau. Il n’était pas vraiment à l’aise lorsqu’il était
charpentier, parce qu’il était surveillé en permanence sur les chantiers. Un
des boulots qu’il préférait, c’était d’aller livrer des cloisons de bureau
qu’il installait lui-même. « J’avais ma camionnette personnelle, et
j’étais plus ou moins maître de mon temps pour aller clouer ces
cloisons. »
Son profond désir d’autonomie est
souligné par sa répugnance vis-à-vis des spectacles collectifs. La dernière
fois qu’il est allé au cinéma, ce fut pour voir La Guerre des Étoiles, parce qu’il a horreur de faire partie d’un
public (il y était allé parce qu’il avait eu des places gratuites ; le
film lui a plu.) « J'éprouve un profond dégoût à faire partie d'un
auditoire. Assis là au milieu, chacun reniflant en même temps, et riant en même
temps. On pousse sur les manettes de chacun en même temps. » Vance
n’aurait éprouvé aucun plaisir à se joindre aux Paonais dans leurs
« immenses assemblées de dix ou même vingt millions d’individus pour
psalmodier leurs hymnes antiques. »
Le sentiment que Vance a de son
individualité fut blessé lorsqu’un lecteur britannique lui envoya une analyse
des Domaines de Koryphon et de Wyst : Alastor 1716, tendant à
démontrer que Vance était d’extrême droite. « Ce qui, de mon point de vue,
est manifestement absurde, réagit calmement Vance. Je suis nulle part : ni
à gauche, ni à droite, ni au centre de quoi que ce soit. Je suis un individu à
part entière. »
En affirmant son indépendance,
Vance va jusqu’à nier son appartenance à la communauté des auteurs de SF.
« Je n’aime pas qu’on dise que je suis un "écrivain de
science-fiction". Toutes ces histoires m’indiffèrent complètement. Je ne
suis d’aucune tendance ni d’aucune mode. »
Ce désir d’être à part se
retrouve dans les choix que Vance a faits en tant qu’écrivain, en développant
un style personnel et un genre d’histoires qui lui est propre. Norman Spinrad a
fait remarquer : « Il a choisi une forme de fiction qui n’était pas
destinée à lui apporter gloire et fortune… C’est un genre de fiction qui plaît
à une minorité, mais qui ne flatte en aucune façon le goût du grand
public. »
Le style
Il est pratiquement impossible de
lire quoi que ce soit sur Jack Vance sans y trouver le mot « style ».
Ses premières histoires avaient beau être rudimentaires, les lecteurs attentifs
y décelèrent déjà quelque chose de différent. « Dans les premiers temps,
après la publication de deux de mes nouvelles, l’un des éditeurs a parlé de
« vancianisme » à propos de ce que j’avais écrit, se souvient Vance.
Donc, dès cette époque, manifestement, j’avais une approche distincte. »
Comme pour tous les autres
aspects de son écriture, le style narratif de Vance s’est développé à mesure
qu’il apprenait à maîtriser son art, et trouvait son ton personnel. « Au
début, le style de Vance était presque ampoulé, dit Paul Rhoads. Au fil du
temps, il est devenu plus économe en adjectifs, et ne s’est plus soucié de
faire des efforts inutiles pour obtenir des effets bizarres ou mineurs. »
Norman Spinrad a qualifié Vance
de « sans doute le plus grand des stylistes… pour ce qui est d’assembler
la prose, le ton, le point de vue, le contenu et l’atmosphère en un tout
parfaitement homogène, dégageant même une synergie. »
Russell Letson considère Vance
comme « un remarquable styliste, immédiatement reconnaissable, et chez qui
la forme et le contenu sont indissociables… La façon dont il manie le langage
fait évoluer la signification du mot "style", qui n’est plus
seulement décoratif, mais devient thématique. »
Richard Tiedman est d’accord
là-dessus : « Avec Vance, il suffit de lire quelques phrases pour
savoir que c’est lui qui en est l’auteur. Ses histoires s’accompagnent d’une
méthode très personnelle et reconnaissable, consistant en une certaine
construction des phrases, la variété du rythme, et des images extravagantes —
le tout étant contrôlé avec une grande habileté technique. »
« Son ton de voix littéraire
est probablement sa meilleure arme », d’après Malcolm Edwards, « même
si en même temps, c’est le point qui déplaît le plus à ses détracteurs : ils
tendent à dire que l’effet que Vance cherche à produire est artificiel. Je ne
suis pas d’accord, même si j’admets bien volontiers qu’il s’agit d’une
construction. Vance se sert des mots d’une façon délibérément magique : en
combinant des mots inhabituels et obscurs, en insistant plus qu’il n’est
habituel sur des qualités telles que la couleur des objets, et en adoptant une
narration formelle et détachée, il cherche à tisser une trame
d’étrangeté. »
Paul Rhoads n’est pas d’accord
sur au moins un point : « La façon dont il utilise les mots, aussi
brillante ou charmante soit-elle, est avant tout inspirée par la nécessité. Ce
qui caractérise son écriture, ce n’est pas le style, mais l’éclat… La fameuse
magie du ton vancien n’est pas une vaine arabesque, mais une fonction de son
vocabulaire incomparable, de sa maîtrise de la signification et de la puissance
des mots. »
On a souvent qualifié le style de
Vance de « baroque ». Spinrad : « Vance tisse une
tapisserie baroque. Ne voulant pas se limiter à la simple création d’univers
dans le cadre de la science-fiction traditionnelle, Vance ajoute de gracieux
détails superflus qui donnent aux époques et aux lieux qu’il crée une sorte de
richesse seigneuriale, une grandeur analogue à celle de la Renaissance, et une
substance culturelle et esthétique. »
Matt Hughes est d’accord en ce
qui concerne l’impact du style de Vance, mais il rejette le terme de
« baroque ». « Pour moi, son style est loin d’être baroque.
C’est un mélange de minimalisme, particulièrement dans les descriptions, et de choix
méticuleux des mots, qui sont parfois des termes archaïques, et parfois des
néologismes formés à partir de racines anciennes. Si l’on y ajoute le ton
ironique de ses personnages, et une certaine tendance à l’humour mordant dans
les dialogues, on commence à mieux en discerner les éléments constitutifs. Mais
c’est la maîtrise avec laquelle ces éléments sont combinés qui fait la
différence. »
Michel Basilières détecte lui
aussi quelques-uns de ces ingrédients : « Vance combine une surface
extraordinairement riche et colorée avec un style concis et précis, dans lequel
il y a tellement peu de mots inutiles qu’il en devient presque brutal. »
Arthur Jean Cox résume :
« Jack Vance est le meilleur écrivain en science-fiction… Vous aurez
remarqué que je n’ai pas dit qu’il était le meilleur écrivain de, mais le meilleur écrivain en science-fiction — la différence entre
ces deux expressions est peut-être subtile, mais elle est très
importante. »
Vance n’a pas gagné cette
couronne en un seul jour. « Ça n’est pas venu facilement, a-t-il dit à
Charles Platt. Il a fallu que je m’acharne à découvrir ce que je savais faire,
et essayer ensuite de le faire convenablement. Il y a eu une longue période
pendant laquelle j’ai écrit n’importe quoi, comme un apprenti. Il a fallu que
j’apprenne mon métier… J’ai fini par tomber sur le genre de choses que j’ai
continué d’écrire, et qui est essentiellement une histoire de l’avenir de
l’humanité. »
Ursula Le Guin décrit le mode
d’expression de Vance comme « un style parfaitement achevé. » Vance
est d’accord. « Mon style n’est évidemment pas accidentel. Je sais
exactement ce que je veux faire, et j’y travaille jusqu’à ce que j’obtienne le
résultat désiré. » Cette attention critique à son propre style a forcément
ralenti son rythme de production. Vance a dit à Paul Rhoads qu’il avait eu du
mal à terminer Lurulu parce que
chaque fois qu’il relisait ce qu’il avait écrit, il trouvait ça si
« plat » qu’il se sentait obligé de le retravailler.
Vance n’écrit jamais un mot sans
y réfléchir. Alors qu’il évoquait l’écriture de La Perle Verte, Vance a dit : « J’ai extrait chaque mot
de mon traitement de texte, et je l’ai fait briller séparément. J’ai séparé
chaque mot pour l’inspecter en détail et y chercher d’éventuels défauts, avant
de le remettre en place. »
Quand Peter Close a évoqué un
« split infinitive » [Une faute de grammaire spécifique à la langue
anglaise, dans laquelle on intercale un adverbe entre le « to » et le
verbe. NDT] dans Le Dirdir, plusieurs
années après sa publication, Vance a répondu : « Je me souviens très
bien de ça ! Le rythme de cette phrase exigeait de procéder ainsi. J’ai
essayé de mettre l’adverbe d’un côté puis de l’autre, mais ça n’allait pas, et
je l’ai donc laissé au milieu. Je l’ai toujours un peu regretté. J’aurais pu
essayer de trouver une autre syntaxe. »
L’atmosphère d’une histoire de
Vance fait toujours partie intégrante de son style. « Quand je m’attelle à
une histoire, je le fais dans un certain état d’esprit, qui est difficile à
décrire — une certaine idée, ou un sentiment particulier. Et pendant que
j’écris l’histoire, je fais en sorte que chaque aspect corresponde à cet état
d’esprit — ce qui inclut les paysages, l’architecture, le langage, les
costumes, tout... Tous les éléments de l’histoire doivent être cohérents et en
ligne avec cet état d’esprit, pour venir le renforcer. » (Mais Vance n’est
pas H.P. Lovecraft. Après réflexion, il met en garde : « Ne prenez
pas trop au sérieux cette histoire d’état d’esprit, parce que c’est juste une
sorte d’ingrédient occasionnel… ce n’est pas du tout le moteur
principal. »)
L’atmosphère — la lumière et les
couleurs — est également importante. « Je ne peux pas m’en dispenser, de
cette intensité de l’atmosphère, de la lumière, dit Vance. Pour moi, le soleil
ne peut pas répandre simplement une brillante lumière blanche. Il a une couleur
plus riche, plus dorée. Il a de telles couleurs que les ombres sont colorées
dans des teintes sombres, vert foncé, brunes. C’est dans ces ombres que vous
pourriez apercevoir des petits yeux qui vous regardent, cachés derrière les
campanules. »
Michel Basilières a également
admiré le détachement que Vance adopte dans son point de vue. « La magie
de Vance n’est pas dans les sorts que lancent ses sorciers, ni dans la
technologie avancée d’extraterrestres. Elle réside dans la façon dont l’auteur
et le lecteur peuvent rester à distance du texte, de sorte que l’intrigue et
son cadre imaginaire deviennent totalement transparents… Pour ceux qui aiment
ça, il n’existe aucun autre auteur capable de plonger aussi souvent, et aussi
bien, ses lecteurs dans ce genre d’expérience. Je crois que c’est la raison
pour laquelle, contrairement à la plupart des auteurs du genre, on peut relire
Vance année après année. »
L’écrivain Matt Hughes :
« Vous connaissez la nature d’un héros vancien parce que vous voyez ce
qu’il fait, surtout lorsqu’il est en conflit avec des forces externes. Il ne
passe pas beaucoup de temps à avoir des conflits avec lui-même. Comme nombre
d’auteurs du XXe siècle — en tout cas dans le monde anglo-saxon —
Vance a été influencé, à mon avis, par l’approche révolutionnaire d’Hemingway,
consistant à tailler dans ses histoires pour ne nous montrer strictement que ce
que les personnages font, disent et voient. »
Damon Knight a identifié cette
caractéristique vancienne dès Planète
Géante : « Les personnages de Vance sont définis par leurs
actions. La narration est sans passion, et détachée ; on arrive à croire à
l’énergie et l’ingéniosité héroïques de Claude Glystra, et à l’évocation de sa
liaison avec Nancy, parce que tout nous est présenté comme des choses qui se
passent, sans discussion possible ; rien n’est expliqué, aucune excuse
n’est présentée, du moins pas avant que l’événement ne soit terminé. »
À nouveau Michel
Basilières : « Vance ne pénètre jamais dans les pensées de ses
personnages ; il préfère s’en tenir strictement à la présentation des
faits, et il ne rentre jamais non plus dans l’esprit du lecteur, évitant toute
intrusion de l’auteur. » Dan Simmons a remarqué cette même qualité de
détachement : « Nous ne partageons pratiquement jamais les pensées
d’un protagoniste vancien, uniquement ses buts et ses perceptions… »
Vance s’explique :
« J’essaie de décrire ce qui se passe sans avoir recours à des adjectifs
ou des adverbes chargés d’émotion, en me servant uniquement de noms et de
verbes… En détaillant simplement les circonstances, sans ajouter de
commentaires personnels. »
Pour souligner encore davantage
le désir de Vance de rester à distance de ses personnages, on notera qu’il n’a
rien écrit à la première personne. Le plus près qu’il s’en soit approché fut
dans « Quand se lèvent les cinq lunes », texte dans lequel le
personnage principal est présenté sous forme d’extraits d’un journal intime à
la première personne, dans le cadre d’un récit à la troisième personne.
La nature
intemporelle
On a souvent fait remarquer que
la science-fiction est une sorte de dialogue, ou une course de relais, dans
laquelle les écrivains produisent de nouvelles histoires en partant des idées
introduites par leurs prédécesseurs. Mais les récits de Vance semblent avoir
une existence indépendante de l’évolution des idées et modes du genre. Vance a
dit une fois qu’il avait cessé de lire de la science-fiction au début des
années 50. C’est peut-être vrai, car les histoires de Vance ont un aspect
intemporel, comme si Vance ignorait réellement tout de ce qui s’est passé en SF
depuis ce temps-là.
« Emphyrio… aurait pu aussi bien être publié dans Astounding en 1940 ou 1941, avec très
peu de modifications », a remarqué Arthur Jean Cox. « Il n’y a pas
grand-chose chez Vance qui aurait pu choquer ou déconcerter un lecteur de l’Âge
d’Or. » La Mémoire des étoiles,
publiée en 1996, « aurait pu s’intégrer à la fantastique production de
Vance des années 60 sans provoquer le moindre froncement de sourcil», a noté
Lawrence Person.
Person poursuit : « Les
qualités de l’œuvre de Vance sont celles-là même qui la font paraître hors du
temps. L’attention qu’il porte à des sociétés humaines ou aliènes élaborées,
des intrigues rondement menées, des protagonistes compétents et sympathiques,
et son ton personnel pseudo-archaïque, tout cela résiste beaucoup mieux au
passage du temps que les œuvres ultérieures de ses contemporains des années 40
et 50. Cela ne veut pas dire pour autant que l’œuvre de Vance est moderne. On peut s’en féliciter, ou le
regretter, mais tout ce qu’il y a eu depuis le New Wave jusqu’au Cyberpunk est
passé complètement à côté de Vance, sans affecter ses romances planétaires. La
seule "avant-garde" qu’on puisse trouver dans l’œuvre de Vance, de
nos jours, c’est l’excellence de son style, mais quand on est aussi bon que
Vance, c’est largement suffisant comme distinction. »
« Vance semble presque
prendre un malin plaisir à rejeter les tendances modernes de la SF »,
d’après Eric Brown. « Ses personnages continuent de communiquer par radio
et par téléphone ; les bases scientifiques de ses vaisseaux de l’espace —
comme pratiquement chaque gadget ou invention dans ses romans — ne sont jamais
expliquées. Ses personnages ne s’habillent pas avec les combinaisons classiques
de tant de récits de SF, mais avec des tenues quasiment médiévales, et
longuement décrites avec amour. Bien loin d’être un défaut, l’aspect archaïque
de l’œuvre de Vance est une force ; il accentue l’aspect antique de ses
décors, et la sensation intemporelle de l’histoire de l’expansion de la race
humaine à travers l’espace. »
« Quand on y regarde
vraiment de près, a écrit Malcolm Edwards, Vance est un écrivain de bon vieux
magazines pulp, qui a fait son apprentissage dans les années 40 grâce à des
magazines comme Startling Stories. Il
a survécu et prospéré dans une ère plus sophistiquée — non pas en abandonnant
les composants de ses premières œuvres, mais en les raffinant et en les
affûtant si bien que, lorsqu’il a une nouvelle inspiration, il a à sa
disposition une panoplie unique de merveilleux outils. »
On ne peut pas non plus dater les
histoires de Vance en se référant aux grandes découvertes scientifiques de
l’après-guerre : il n’y a pas de trous noirs ni de lasers ou d’ADN dans
les récits de Vance. Vous pourrez toujours chercher, vous ne trouverez pas les
mots « software » ou « nanotechnologie » dans le dernier
roman de Vance.
« L’œuvre de Vance est
unique, écrit Eric Brown. Il est facile d’imaginer que le sillon solitaire
qu’il trace peut déplaire aux puristes de la SF, pour qui la science et la
technologie sont les seuls véritables thèmes du genre. »
Ce minimalisme dans les
descriptions accentue l’impression d’intemporalité. À part leur couleur, forme
et fonction, les instruments technologiques, que ce soit des vaisseaux spatiaux
ou des machins pour se nettoyer les oreilles, ne sont jamais décrits en détail,
de sorte que les accessoires de SF ne permettent jamais de savoir à quelle
époque l’histoire a été écrite.
Matt Hughes pense que le point
essentiel, dans l’art de raconter des histoires, ce n’est pas de dire ce que
les choses sont, mais ce que les choses font, et il cite Vance comme modèle de
son approche. « Il ne se casse pas la tête à fournir des tas d’explications
sur la façon dont marche un appareil — comme les détails physiques de sa
construction et de son fonctionnement. Il préfère nous montrer ce qu’il fait,
ce qui est tout ce dont nous avons besoin parce que c’est l’histoire qui nous
intéresse, pas les gadgets. »
Dans Le Visage du démon, Gersen loue un « glisseur » pour se
rendre au Trou de Jamile. “Il sauta dans le cockpit, tira la verrière, amena le
pare-soleil au dessus de sa tête et fit élever l'engin” C’est tout ce que Vance nous en
dit.
Il est également très économe
dans ses descriptions de créatures extraterrestres. Les merlings de Trullion
ont une tête en forme de dôme et saisissent les objets avec des palpes ;
les morphotes de Koryphon sont décrits uniquement de façon indirecte (« un morphote
magnifique à cercles rouges et à tête en forme de bouteille »), et l’on sait qu’ils nagent par saccades. C’est tout ce que Vance fournit à
ses lecteurs pour stimuler l’image mentale qu’ils peuvent se faire de ces
créatures, qui ont néanmoins une présence très forte dans les deux romans.
Dans une lettre écrite à un de
ses éditeurs, Vance a expliqué son approche « moins, c’est plus »,
sur le cas particulier des pierres IOUN dans « Morreion ». « Je
me suis délibérément abstenu de donner trop de détails sur la nature de ces
objets et sur leur utilisation. À mon sentiment, une description méticuleuse
n’aurait fait que les limiter, et aurait retiré une partie de leur magie.
J’aime projeter des allusions et des petites touches dans l’esprit du lecteur,
pour le laisser les enrober lui-même avec ses images personnelles ; à mon
avis, cette méthode a un impact bien plus considérable que si je détaillais
tout de façon pédante et laborieuse. »
Lawrence Person a résumé la
pérennité du style de Vance : « Les modes vont et viennent, dans la
science-fiction, mais la prose de Vance a résisté à l’épreuve du temps. Pour
les plus jeunes lecteurs, l’action est peut-être un peu moins excitante que,
disons, chez Edgar Rice Burroughs. Mais quand on lit Burroughs à 38 ans, il
faut vraiment faire un effort pour passer sur tous les défauts qu’un lecteur de
12 ans ne remarque même pas, et les combats perdent un peu de leur suspense
quand on sait déjà que John Carter ne va pas
être dévoré par cet épouvantable singe blanc. L’œuvre de Vance a une
profondeur, une richesse et une sophistication qu’on peut continuer d’apprécier
longtemps, même si l’on sait déjà comment l’histoire se termine. »
Les dialogues
Tout comme son style de
narration, les dialogues de Vance ont évolué à mesure qu’il maîtrisait son art.
« Ses œuvres plus tardives sont caractérisées par le célèbre style de
dialogues "retenus", ou "formels" », note Paul Rhoads,
« mais souvent, dans ses premières œuvres, on trouve principalement un
style moins original, qu’on pourrait qualifier de "familier" ou
"vulgaire", et qui était très populaire à l’époque. »
En discutant de leurs collègues
écrivains, Keith Laumer avait demandé à Piers Anthony ce qu’il pensait de Jack
Vance. Anthony avait dit qu’il aimait bien Vance, sauf ses dialogues figés.
« Pas figés, sculptés », avait répondu Laumer.
Ursula Le Guin le rejoint sur ce
point : « Les conversations de ses personnages sont distantes et
pleines de retenue, très semblables à son propre style narratif : une
forme d’anglais très inhabituelle, mais claire, gracieuse, et parfaitement
appropriée à l’extraordinaire imagination de Vance. »
Michel Basilières a remarqué les
mêmes qualités : « Ses dialogues sont si directs et dénués d’emphase
que seul le contexte peut permettre de déduire les émotions
sous-jacentes. »
Joe Schwab considère que les
dialogues renforcent même les personnages non humains : « Les
créatures maléfiques dans les œuvres de fantasy de Vance ont en commun un
langage raffiné, qu’on reconnaît instantanément dans ses dialogues… De tels
échanges, riches en allusions subtiles, se produisent entre pratiquement tous
les personnages de Vance. Ces nobles conversations confèrent aux créatures
exotiques de ses histoires une réelle présence et une certaine grandeur. »
Eric Walker fait remarquer que
l’impact des dialogues de Vance ne repose pas sur des plaisanteries ou des bons
mots. « Le succès des dialogues de Vance, leur goût piquant, leur
délicieux mordant, n’est pas basé sur une chute particulière : il est
simplement obtenu en conservant un ton ironique, délicat mais ferme… à travers
chaque récit. L’effet sur le lecteur est cumulatif. »
Les intrigues
Comme nous l’avons précédemment
noté, les premières nouvelles de Vance sont faibles en ce qui concerne la
construction et l’intrigue, et cette réputation lui a collé à la peau, de façon
de moins en moins justifiée, tout au long de sa carrière. En 1980, Peter Close
acquiesçait : « Hélas, certaines faiblesses semblent inhérentes à
Vance. Il ne deviendra jamais célèbre pour ses intrigues… et d’une façon assez
ironique, ses problèmes dans ce domaine sont moins perceptibles quand il adopte
un schéma basique que lorsqu’il s’essaie à davantage de sophistication. »
Russell Letson, 25 ans plus tard,
a formulé les choses ainsi : « Vance a toujours été assez mal à
l’aise avec des histoires basées sur une intrigue, et… il semble tout juste
tolérer les éléments tels que les mystères, les pirates, les revanches, les
masques qui tombent, etc., comme une sorte de prix à payer pour pouvoir
naviguer dans des mondes merveilleux, simplement pour profiter de la vue — et faire
un peu de gastronomie. »
Gene Wolf a suggéré, peut-être
sérieusement, que c’est pendant que Vance écrivait les nouvelles de Un Monde magique qu’il a eu l’idée
d’apprendre à écrire en multipliant les expériences. Turjan de Miir est un
magicien qui essaie de créer la vie, de même qu’un écrivain s’efforce de donner
vie à des personnages, etc. « Dans ces nouvelles, non seulement nous
voyons Vance qui apprend son métier, mais nous le voyons bel et bien se frotter
à quelques-unes des difficultés qui guettent tout écrivain débutant. »
Wolfe cite « Guyal de
Sfere » comme un essai de Vance pour rallonger une courte nouvelle en y
ajoutant de nouveaux incidents, pour arriver progressivement à la taille d’un
roman, une technique qui « annonce déjà ses futurs romans. »
Vance a appliqué cette technique
de base dans son premier court roman, Les
Cinq rubans d’or. Le héros doit repérer et acquérir les cinq objets qui,
une fois réunis, fourniront le secret de la propulsion interstellaire. Vance
dresse le décor, ajoute cinq aventures successives pour chaque ruban, et
termine par une apothéose et une conclusion. (Dans le cas présent, cinq
épisodes sont nécessaires car les cinq rubans doivent être récupérés avant que
l’histoire puisse se conclure. Plus tard, Vance a utilisé la même
technique pour construire des romans en série. Puisqu’il y a cinq Princes
Démons, il faut cinq romans pour raconter leur défaite, et puisqu’il y a quatre
races extraterrestres sur Tschaï, il faut quatre romans pour en parler tour à
tour.)
La même approche, consistant en
un ajout d’incidents pour développer l’idée de base, a été utilisée avec succès
dans le cas de Planète Géante.
Toutefois, l’intrigue de ce roman n’exige pas un nombre particulier d’épisodes
pour pouvoir conclure l’histoire. Le fait que Vance, puis ses éditeurs, aient
pu ramener le roman de 100 000 mots à 48 000 sans dégâts apparents met en
évidence que l’histoire a été construite comme on fait un chapelet de petites
saucisses.
La même technique de construction
par épisodes a été utilisée pour les aventures de Cugel l’Astucieux — une série
a priori illimitée de nouvelles et de
novelettes (comme qui dirait, Les
Cinquante rubans d’or), enfilées comme des perles, le fil étant le désir de
Cugel de rentrer à Almery, et, si possible, de se venger de Iucounu le Magicien
Rieur.
Cette forme élémentaire
d’intrigue a très bien marché pour Homère, dans L’Odyssée, et cinquante ans après avoir écrit « Guyal de
Sfere », Vance s’en est encore servi dans Escales dans les étoiles, dont le titre annonce déjà que l’histoire
est construite sur une série d’étapes le long des itinéraires interstellaires.
Naturellement, l’ajout
d’incidents peut facilement conduire des auteurs dans des digressions qui ne
font pas progresser l’intrigue principale. Une grande inventivité, et beaucoup
d’esprit, peuvent rendre ces digressions agréables pour le lecteur indulgent,
mais lorsque cela dépasse les bornes, l’intrigue s’essouffle et s’effondre.
Vance a volontiers reconnu qu’il est parfois captivé par une idée secondaire
pendant qu’il écrit un roman, et qu’il se met à la développer, pour finalement
déchirer les pages et revenir à l’histoire proprement dite.
« Vance a un style unique,
et il délaisse bien des conventions utilisées dans les romans modernes de
SF », d’après L.C.R. Munro. « Pour certains lecteurs, c’est un
bonheur infini, et pour d’autres c’est une forme de torture. Par exemple, un
des vancianismes classiques consiste en de fréquentes digressions. Certaines se
révèlent être des éléments importants de l’intrigue, et d’autres sont
simplement… là. Les lecteurs qui apprécient les choses éphémères et
éclectiques, uniquement pour le plaisir, en sont bien récompensés car Vance a
une imagination étonnante ; les lecteurs qui ont seulement hâte de "passer
à l’action" risquent d’être assez déçus. »
Russell Letson distingue deux
structures de base dans l’œuvre de Vance : la structure épisodique, et la
structure picaresque. « Si je devais développer les différences entres ces
deux modes, je me réfèrerais à la façon dont les séries des Princes Démons, de
Tschaï et de Durdane se déroulent en fonction des besoins qu’ont les
personnages de faire quelque chose, d’aller quelque part, de trouver quelque
chose. D’un autre côté, Escales dans les
étoiles/Lurulu est épisodique, les épisodes n’étant pas reliés par la
volonté d’un personnage en particulier, mais par le hasard des cargaisons et
des destinations d’un vaisseau cargo. Même si le problème de la tante fofolle
de Myron peut fournir une sorte de fil conducteur… il n’a cependant rien de
comparable avec l’élément unificateur des quêtes qu’on trouve dans Emphyrio, Un Monde d’azur, ou Durdane. Il se rapproche plus des aventures de
Cugel, ou des nouvelles d’Un Monde
magique — c’est-à-dire qu’il est picaresque, une tradition dans laquelle
être épisodique n’est pas une tare, mais une caractéristique. »
Vance n’ignore pas les soucis de
structure, et il n’y est pas indifférent. Dans sa préface au recueil The Best of Jack Vance (1976), il a
écrit que « La Retraite d’Ullward » est une des ses nouvelles
préférées, en particulier « parce qu’elle est bien construite
techniquement… »
Vance révèle également a
conscience qu’il a de la construction d’un récit dans un passage du Visage du démon (ainsi que l’indique
Eric Walker) : « Cet épisode était terminé. Emotions, espoirs,
résolutions galantes : tout s'était envolé et avait disparu comme des étincelles emportées par le
vent. Gersen estimait que le thème était celui d'une simple tragi-comédie en
deux actes : tensions, conflits, affrontements sur Dar Sai ; un bref entr'acte
pendant que les décors étaient changés; puis la montée de la tension
jusqu'au dénouement à Mousse d'Alrune… Le rideau était tombé. Les tensions
s'étaient dissipées, les conflits s'étaient réglés par un équilibre
oscillant mais définitif. »
Une remarque faite par Vance à
propos de l’écrivain de romans policiers Anne Perry est également significative :
“Elle a la mauvaise habitude de truffer ses romans de chapitres de dialogues
qui ne font pas avancer l’histoire d’un pouce.”
Vance est-il capable de
construire une intrigue ? Il lui a fallu à peu près dix ans pour apprendre
son métier. Mais Peter Close, tout en se désolant des défauts de construction
que comportent les premières œuvres de Vance, reconnaît « la précision
méticuleuse » de La Vie éternelle.
À partir de cette date, il est difficile —on pourrait même dire impossible — de
pointer du doigt une œuvre de Vance qui ait de réels problèmes d’intrigue (à
part les discussions habituelles sur ses conclusions bâclées ou
insatisfaisantes.)
De l’avis de Joanna Russ, Emphyrio « décrit une courbe
parfaite du début jusqu’à la fin. » Dans les commentaires sur les
Chroniques de Cadwall contenus dans l’article sur Vance qui figure dans The Encyclopedia of Science Fiction,
Malcolm Edwards et John Clute font la remarque que dans cette série, Vance a
développé le principe de la romance planétaire à travers de très longs romans,
avec une aisance et une sophistication au niveau de l’intrigue qui justifient
presque totalement leur longueur. »
Dan Simmons : « De
nombreux critiques ont émis l’idée que Jack Vance — comme bien d’autres
écrivains à la veine lyrique — a du mal à construire ses intrigues. Je dirais
que c’est exact dans le sens que les intrigues de Vance sont toujours
secondaires par rapport à sa poésie… Les romans de Vance — contrairement à la
plupart des ouvrages de SF — ne sont pas guidés ni poussés par
l’intrigue. »
Eric Walker a proposé une
comparaison utile pour expliquer les relations de Vance avec l’intrigue :
« Je crois personnellement que Vance doit être vu comme un tailleur de
prose, pour qui l’intrigue n’est qu’un mannequin sur lequel il peut disposer les
vêtements merveilleusement coupés et colorés qui constituent son véritable
métier. Les mannequins doivent être solides et suffisamment bien formés pour
qu’on puisse y poser les vêtements et les montrer sous leur meilleur jour, mais
la fabrication de tels mannequins n’est pas vraiment son boulot. »
Les fins
S’il est un thème universel parmi
les critiques de Vance, c’est bien que ses fins de romans sont faibles,
bâclées, artificielles ou insatisfaisantes d’une façon ou d’une autre.
Richard Tiedman pense que cette
caractéristique n’est pas totalement involontaire, et il dit, en parlant de La Vie éternelle : « Cette fin
mérite peut-être quelques explications… Mais cependant, elle est tout à fait en
ligne avec la tendance qu’a Vance à ne pas revenir au point de départ, mais
plutôt à laisser quelque chose en suspens, juste avant son accomplissement.
Nous voyons la même réticence à conclure sur une tonique, pour ainsi dire, dans
"Telek" et dans "Le Don du bagout". »
Dans une interview datant de
1977, Peter Close a demandé à Vance pourquoi La Vie éternelle « se désagrège complètement à la fin »,
dans une révolution instantanée qui n’est absolument pas crédible. En affirmant
que les romans suivants semblaient également trébucher sur la fin, il a demandé
à Vance s’il avait un commentaire à faire. Vance a répondu : « Non, je
n’ai pas grand-chose à dire, sauf qu’il m’arrive de me retrouver piégé, quand
j’écris. Il faut que je termine l’histoire, d’une façon ou d’une autre. Je
devrais faire plus attention quand je trace les grandes lignes de mon histoire.
Je crois que je commence à écrire dans un certain état d’esprit, et je me
dis : "OK, l’histoire va se mettre en place toute seule. Mais bien
sûr que non, elle ne se met pas en place toute seule, et arrivé à mi-chemin, je
commence à me demander où elle va… Quelquefois, je me rends compte que pour
terminer une histoire en 60 ou 70 000 mots, je vais devoir faire des acrobaties
pas possibles. Bon, j’essaierai de faire mieux la prochaine fois. »
Malcolm Edwards a échafaudé une
théorie plus large pour expliquer pourquoi, de son point de vue, trop de romans
ou de séries de Vance tendent à perdre de leur élan à mesure qu’on avance.
« Une grande partie de la fascination qu’on éprouve pour les œuvres de
Vance provient des broderies baroques dont il décore ses créations. Ses sociétés
figées dans le temps développent des arts, des rituels et des traditions
complexes et décadents. Vance met un soin infini à les décrire, à tel point
qu’on pourrait penser que pour lui, le plaisir principal est terminé avant même
qu’il ait commencé à écrire l’histoire. Le cadre est son centre d’intérêt
principal (et c’est peut-être la raison pour laquelle les histoires vanciennes
semblent être écrites au début avec amour, mais bientôt, bien avant la fin,
donnent l’impression d’être devenues une corvée pour l’auteur.) »
Il y a un type de fin vancienne
qui mérite d’être noté. Dans plusieurs des romans majeurs de sa période
intermédiaire, le héros se retrouve, à la fin, triste et sans but. À la fin du Livre des rêves, Alice Wroke dit à
Gersen : « Tu es tellement silencieux et abattu! Tu m'inquiètes. Te
sens-tu bien? » Et Gersen explique: « Très bien. Déprimé, peut-être.
J'ai été abandonné par mes ennemis. Treesong est mort. L'affaire est terminée.
Tout est fini pour moi. »
À la fin d’Emphyrio, Ghyl Tarvoke détruit la société
artificielle d’Ambroy, puis ordonne à l’aérocar de l’emmener à l’Auberge de
l’Étoile Brune, et non pas à la maison et l’atelier où il a passé toute sa vie.
À la fin de la série Durdane, Etzwane se souvient des endroits lointains qu’il
a visités, et propose de devenir l’assistant d’Ifness, qui s’apprête à quitter
Durdane. Celui-ci rejette cette possibilité. Frolitz invite Etzwane à jouer de
son khitan, mais Etzwane est déprimé. « Il tourna la tête ves la
porte,bien qu'il sût qu'Ifness était parti. » Etzwane est condamné à
rester sur Durdane, et la conséquence de ses expériences est qu’il est devenu un
étranger sur sa propre planète.
Les influences
En tant que styliste, Vance a dû
affronter tout au long de sa carrière des questions concernant les éventuelles
influences littéraires qui l’ont inspiré, des questions qu’on a rarement posées
à des gens comme Clarke, Asimov ou Heinlein. Vance a toujours nié toute
influence directe sur son œuvre ; il n’a certainement jamais cherché à
imiter le style des auteurs qu’il admire. Mais dès sa plus tendre enfance, il a
été un lecteur omnivore, et il a absorbé des leçons et de l’inspiration de
multiples sources.
« Il y a eu toutes sortes
d’influences, et ce serait difficile de toutes les nommer, a-t-il dit à Marty
Halpern. Par exemple, Robert Louis Stevenson. Une fois par mois, il y avait une
nouvelle de fantasy dans le magasine Golden
Book, une revue formidable… J’aimais bien aussi la série d’Oz, quand
j’étais petit, mais vous ne trouverez aucune trace de ces influences dans mes
livres. »
Il y a une influence que Vance
reconnaît bien volontiers : « P.G. Wodehouse est mon idole. Je le
considère comme le plus grand écrivain du XXe siècle, mais il s’est essoufflé
après la guerre. Ses meilleures œuvres sont celles écrites dans les années
20. »
Paul Rhoads fait la comparaison
entre ces deux écrivains : « Tous les deux dissimulent leur vaste
connaissance de la nature humaine derrière un rideau de comédie… Leur véritable
ressemblance est dans leur remarquable sensibilité aux mots… Pour eux, le
langage n’est pas un délicat flacon de parfum qu’on agite avec art, et les mots
ne sont pas non plus de simples briques qu’on empile pour en faire une
histoire. Pour eux, les mots sont des êtres vivants dotés d’une personnalité, aimables,
solennels, contrariants ou joyeux, qui s’agitent et sautent au milieu de leurs
pages comme des animaux enchaînés qui voudraient s’échapper et gambader
ailleurs. »
Il y a un autre écrivain de la
jeunesse de Vance qu’il met presque au niveau de Wodehouse : « Il y
avait aussi un type dans les années 20, qui s’appelait Jeffrey Farnol ; il
écrivait des romans d’aventures, en apportant beaucoup de soin aux dialogues,
et il était excellent. Ces deux-là en particulier m’ont donné un but dans mon
travail ; je me disais que si j’arrivais à écrire d’aussi bons dialogues
que Wodehouse et Farnol, je ferais quelque chose de bien. »
Nous avons déjà mentionné un
autre écrivain préféré de son enfance : « J’adorais Edgar Rice
Burroughs quand j’étais gamin — Barsoom ! »
De nombreux commentateurs ont
suggéré que Clark Ashton Smith avait influencé Vance. « C’est vrai, a dit
Vance. Smith est un des auteurs que j’ai lus quand j’étais petit. Mais il n’a
eu d’influence que pour Un Monde magique. »
Vance a lu de nombreuses nouvelles de Smith dans Weird Tales quand il était enfant. Il considère Smith comme
« un des génies fondateurs de la fantasy… Quand j’ai commencé à écrire des
nouvelles de fantasy, je ne pensais plus à Smith — il avait entièrement pénétré
mon subconscient. Mais quand on me l’a fait remarquer, j’ai pu effectivement
voir son influence. »
Dunsany lui a également fait une
grande impression, mais Vance a changé d’avis à mesure que son propre style
acquérait de la maturité. « J’aimais beaucoup plus Dunsany quand j’étais
jeune homme que maintenant. À présent, je trouve qu’il en fait trop, ça
déborde, il y a trop d’émotions et de sentiments. Mais quand j’ai commencé à le
lire, il m’a vraiment fait de l’effet. »
L’humour
Les romans de Vance sont
tellement imprégnés d’humour que ses rares romans « sombres », tels
qu’Emphyrio et La Mémoire des étoiles, ressortent fortement par contraste.
Dans sa critique de Cugel l’Astucieux, Tiedman note :
« On n’a pas suffisamment rendu hommage à Vance en tant
qu’humoriste ; en fait, c’est sans doute un des écrivains contemporains
les plus drôles, même en dehors de la SF… »
Dans son essai intitulé
« From Elfland to Poughkeepsie », Ursula K. Le Guin fit quelques
commentaires sur la prose de Vance : « Et tant que nous sommes sur le
sujet de l’humour, il faut mentionner Jack Vance, bien que son humour soit si
discret que vous risquez de passer à côté si vous clignez des yeux… »
L’idéologie
En général, Vance s’est
soigneusement abstenu d’inclure des messages politiques explicites dans ses
œuvres. « Je l’ai fait une ou deux fois », a-t-il confié à Charles
Platt. Dans Les Domaines de Koryphon,
Vance réagit aux protestations de tribus ou de peuples qui ont été chassés de
leurs terres ancestrales, en mettant en avant que ces mêmes peuples en avaient
chassé d’autres autrefois — « une vérité très simple, que tout le monde
connaît mais refuse d’admettre » — de sorte que s’il s’agit de rendre les
terres à leurs propriétaires précédents, la justice voudrait qu’on remonte aux
tout premiers habitants.
Dans Wyst : Alastor 1716, « le thème était moins
polémique ; en fait il était vraiment très banal. En gros, j’ai dit que le
socialisme, avec l’Etat Providence, est anémiant. C’est vraiment un sujet
banal, pour un livre… Mais l’idée d’un système de protection sociale ainsi
poussé à l’extrême offrait tellement de possibilités d’épisodes picaresques que
j’ai décidé de l’écrire. »
[À venir : commentaires sur
« Alice et la cité » (subjectivité urbaine) et « La
Murthe » (polémique féministe)]
Paul Rhoads met en avant les
Chroniques de Cadwall comme un exemple de
« polémique-fiction » : « Les idées politiques de Vance
apparaissent dans ces romans plus que
dans n’importe quel autre… Ce qui sous-tend le drame, une fois qu’on l’a
nettoyé de tout le reste, c’est la question de la propriété privée ; un
problème politique qui ne date pas d’hier… Du fait que les œuvres de Vance ont
l’étiquette « science-fiction », et que la majorité des lecteurs de
SF ne s’intéressent pas à lui, la publication de la série Cadwall est passée
inaperçue. Mais ce roman, à sa manière, a autant d’importance que l’Archipel du goulag de Soljenitsyne, et
il aurait pu déchaîner des passions extrêmes dans les milieux politiques s’il
avait été écrit par un auteur plus largement connu. »
La seule idéologie constante
qu’on puisse trouver dans l’œuvre de Vance est sans doute la conviction que ni
les individus, ni les sociétés, ne peuvent rester figés, et qu’à certains
moments critiques, ils doivent s’adapter à de nouvelles circonstances. Les héros
de Vance affrontent souvent des personnages qui, d’après Lawrence Person,
« ont en commun une tendance à l’aveuglement, à vouloir voir le monde non
pas tel qu’il est, mais tel qu’ils voudraient qu’il soit. Les héros de Vance ne
sont pas toujours plus intelligents que leurs adversaires (même s’ils le sont
assez souvent), mais on dirait qu’ils voient
le monde avec plus de lucidité, qu’ils savent voir au-delà des voiles des
tabous et des traditions, pour aller au cœur des choses. C’est cette lucidité,
rationnelle et morale, qui leur permet de triompher malgré des obstacles
apparemment insurmontables. »
La méthode de travail
Entre les années 40 et le début
des années 80, Vance a écrit ses premiers brouillons à la main, en se servant d’encres
de différentes couleurs pour les révisions, ou simplement pour s’accorder à
l’atmosphère d’un passage, et pour ajouter des petits dessins, des cartes ou
des gribouillis. Norma transformait ensuite des manuscrits « élégamment
illisibles » (selon la formule de Tim Underwood) en feuillets
dactylographiés, que Vance relisait ensuite pour les corriger à nouveau.
Vance a commencé à écrire alors
qu’il était dans la Marine marchande, où il avait l’habitude d’aller s’asseoir
sur le pont avec un porte-bloc sur les genoux, et c’est resté sa méthode
préférée pendant les quarante années suivantes, que ce soit chez lui, sur une
plage de Tahiti, ou sur un houseboat dans le Cachemire.
Au milieu des années 80, Vance se
propulsa du XIXe siècle directement dans le XXIe, comme
le décrit Robert Silverberg, en passant du papier et stylo au traitement de
texte sur ordinateur. Le Jardin de
Suldrun (1983) est sans doute le dernier roman écrit à la main. La Perle verte (1985) a été en partie
écrit avec le traitement de texte, et La
Station Araminta/Araminta 2 n’existe que sous forme de fichier numérique. À
l’âge de 70 ans, Vance se convertit au traitement de texte avec enthousiasme,
et conseilla vivement à Poul Anderson de s’y mettre aussi.
Bien qu’il ne fût pas aussi
facile à transporter que son porte-bloc, l’ordinateur de Vance l’a également
accompagné dans ses voyages. Quand Vance fut Invité d’Honneur à la Convention mondiale
de SF à Orlando, en 1992, Norma et lui traversèrent les États-Unis dans une
Carmen Ghia décapotable remplie de valises. Quand ils s’arrêtèrent à la
Nouvelle-Orléans, ils installèrent l’ordinateur dans leur chambre d’hôtel et
Vance put y travailler, le nez pratiquement collé contre l’écran.
Au fil du temps, le traitement de
texte de Vance fut amélioré pour compenser sa baisse de vue, par exemple en
fixant des petits repères sur les touches du clavier pour faciliter la
navigation. Comme il voyait de moins en moins bien, le traitement de texte fut
adapté pour afficher des lignes de 32 gros caractères sur un écran de 30 pouces.
Et enfin, un synthétiseur vocal fut incorporé pour lui lire ce qu’il avait
écrit, avec une étrange petite voix de robot.
Il va de soi que la cécité de
Vance eut pour effet de ralentir sa production. « Avant, je pouvais
parcourir la page et ressentir le flot des mots ; maintenant que je ne
vois plus, j’essaie de ressentir ce flot à travers ce que la voix me dit. Je
dois faire des aller-retour, pour m’assurer que ce n’est pas simplement un
fatras de phrases disjointes. Je suis obligé de faire ça à l’oreille, et je
repasse sur une phrase ou deux. Quand je me sens particulièrement téméraire, je
remonte de plusieurs phrases. »
Bien que son travail d’écrivain
soit devenu aussi pénible et frustrant, « Je ne me plains pas trop. Je
râle juste un peu. »
Vance a terminé le premier jet de
son œuvre la plus récente, Lurulu,
début 2003, à l’âge de 86 ans. Le travail avait avancé très lentement, et son
éditeur chez Tor commençait à désespérer de voir un jour le roman terminé. Mais
malgré toutes ces difficultés, Vance a continué d’écrire parce que, comme il
dit, c’est ce qu’il sait faire. Son épouse Norma et son fils John lui ont
prodigué un soutien vital : John a retravaillé les fichiers pour les
problèmes de marges et de mise en page ; Norma, comme toujours, a relu le texte,
posé des questions et repéré les incohérences.
« Sa cécité a ralenti son
travail, mais d’une façon générale, il reste assez philosophe à propos des
difficultés, a dit John. C’est vrai que des plantages fréquents, et des pertes
de fichier, ont engendré des moments de grande frustration, voire de
panique ; heureusement, rien n’a jamais été perdu définitivement, grâce à
une procédure de sauvegardes régulières, et à la touche « restore ».
L’homme invisible de la SF
Dans les premières décennies de
sa carrière, Vance a évité de parler de lui, ou de ses œuvres, car il pensait
qu’un lecteur qui connaît l’auteur peut être influencé dans l’appréciation de
ce qu’il écrit. « Sur le plan professionnel, je n’ai aucune envie de
gagner ma vie uniquement grâce à ma personnalité », a-t-il expliqué à
Charles Platt. Il trouvait particulièrement repoussante l’idée d’avoir sa photo
sur la couverture d’un livre, avec un chat ou une guitare. (Mais il y en a eu
une en 2000, « l’auteur avec son banjo », dans Jack Vance, Critical Appreciations and a Bibliography.
Mais Vance ne vivait pas en
ermite, et il aimait beaucoup recevoir des gens, même des lecteurs. En 1967,
Guy Lillian III, qui était alors étudiant en première année à Berkeley, a
téléphoné à Vance pour lui demander s’il pouvait venir lui rendre visite. Vance
accepta. Quand Lillian arriva, il fit connaissance de l’écrivain par l’arrière,
alors que Vance redescendait d’une échelle. Comme d’habitude, il était en train
d’aménager la maison, mais il consacra une heure à bavarder avec ce jeune
admirateur, à qui il dédicaça un livre. (Alors que Lillian prenait congé, Vance
s’excusa d’avoir été peut-être un peu bizarre ou bourru. Lillian lui dit que
c’était une erreur fréquente de croire que les écrivains de SF étaient
bizarres. Vance sourit : « Ma foi, dit-il, il y en a qui le sont
vraiment. »)
Quand David Alexander apprit que
Vance habitait dans la Baie, « j’ai appelé Jack, avec le cœur battant, et
je lui ai demandé si je pouvais le rencontrer. Il m’a dit que je pouvais, à
condition que je ne lui parle pas du travail d’écrivain. » Cette réticence
à parler de son métier est également mentionnée par son collègue et ami,
l’écrivain Poul Anderson, qui se souvient qu’au cours des dizaines d’années où
ils ont été très proches, Vance n’a pratiquement jamais abordé la question de
l’écriture.
En 1987, Joe Bergeron entama des
échanges de correspondance avec Vance, qui l’invita à venir chez lui si jamais
il se trouvait dans la région. Après une longue conversation et un excellent
dîner, il passa la nuit dans la chambre d’amis du bas : « J’ai passé
la nuit avec leur chat, qui était vieux, gras, et un compagnon très
agréable. »
Vance ne mérite pas vraiment sa
réputation « d’homme invisible de la science-fiction ». Il a été
invité d’honneur dans plus de dix conventions de SF, depuis le Westercon de
1962 jusqu’au Marcon de 2003, y compris la Convention de World Fantasy en 1980,
et la Convention de World SF en 1992. Il s’est également rendu dans différents
endroits à travers le monde, de la Suède à l’Australie. Dans les dernières décennies
de sa carrière, il a également accordé de plus en plus d’interviews, allant jusqu’à
publier une esquisse autobiographique en 2000. En 2003, il a répondu aux
questions concernant sa vie et son œuvre, posées par ses fans du Jack Vance
Message Board (en tout cas, aux questions qui ont réussi à susciter son
intérêt).
Un écrivain de SF ?
Vance rejette l’étiquette de SF,
et affirme qu’il n’a plus lu de science-fiction depuis les années 50.
« Mes histoires traitent du développement de l’humanité dans différents
environnements. Je n’aime pas le terme de "science-fiction". J’aime
les histoires de gens qui se retrouvent dans des circonstances diverses, et la
façon dont ces circonstances modifient leur façon de penser. » Mais quand
ces circonstances se produisent dans le lointain futur de la diaspora humaine
au milieu des étoiles, il est impossible de trouver une autre étiquette que
celle de science-fiction.
« Je sais que je ne devrais
pas être aussi susceptible, ou vaniteux, ou je ne sais quoi. Je devrais me
contenter de serrer les dents et de me dire : "Bon, écoute, Vance,
tout le monde pense que tu es un écrivain de science-fiction, alors tu ferais
mieux de t’y faire." Ce serait sans doute l’attitude la plus raisonnable.
Mais ma vanité, c’est que je ne veux pas être mis dans le même sac que Star
Trek. »
Vance est, bien sûr, un extraordinaire
écrivain de science-fiction. Il peut bien rejeter l’étiquette en restreignant
la définition de la SF à un tas « d’histoires gadgets », et « des
machins à la Star Trek ». Mais il a beau chipoter sur les définitions,
cela ne l’a pas empêché d’accepter les plus grandes récompenses de la
Convention de la World Science Fiction (Hugo) et celles de l’Association des
Science Fiction and Fantasy Writers of America (Nebula). Il a traversé la
moitié du continent américain pour recevoir son titre (longtemps attendu, et
amplement mérité) de Grand Maître de la SFWA en 1997.
Arthur Jean Cox :
« dans les œuvres de science-fiction les plus admirées, l’élément
théorique est très fort : il est essentiel pour animer les ressorts de
l’intrigue. Mais c’est rarement le cas dans les œuvres de Vance. Alors qu’il y
a des thèmes très forts dans ses romans, et beaucoup plus d’idées qu’on ne le
croit généralement, ses récits sont généralement motivés par autre chose qu’une
thèse. Mais cela étant dit, le résultat est bien de la science-fiction. »
L’attention des critiques
La première appréciation critique
de Vance fut celle de Richard Tiedman dans sa monographie Jack Vance : Science Fiction Stylist, publiée sous forme de
fascicule ronéotypé en 1965, par Robert et Juanita Coulson. Tiedman fait preuve
d’une remarquable perspicacité en décelant toutes les vertus littéraires de
Vance dans ses premiers romans et nouvelles, sans avoir évidemment connaissance
des œuvres bien supérieures qui allaient venir.
Cette première étude de Tiedman
fut suivie de trois livres d’essais : Jack
Vance (Tim Underwood et Chuck Miller ed., Writers of the 21st Century
Series, Taplinger, 1980) ; Demon
Princes : The Dissonant Worlds of Jack Vance (Jack Rawlins, Borgo
Press, 1986) ; et Jack Vance,
Critical Appreciations and a Bibliography (A.E. Cunningham, ed., The
British Library, 2000). Le groupe hétérogène d’écrivains (tous primés à
diverses occasions) qui ont contribué à ces trois volumes est une magnifique
démonstration de la profonde appréciation qu’a la communauté professionnelle
des œuvres de Vance : Poul Anderson, Terry Dowling, Harlan Ellison, David
Langford, Robert Silverberg, Dan Simmons, Norman Spinrad, Gene Wolfe.
L’essai de Tiedman en 1965 était
accompagné d’une bibliographie établie par Robert Briney. La première grande
bibliographie des œuvres de Vance fut Fantasms,
A Bibliography of the Literature of Jack Vance, établie par Daniel J. H.
Levack et Tim Underwood, et publiée par Underwood-Miller en 1978, en hardcover
et en format de poche. L’objectif était d’établir une liste complète des œuvres
de Vance publiées en anglais, mais il y figure également de nombreux titres dans
d’autres langues. Cette compilation est largement dépassée aujourd’hui, bien
sûr, mais elle conserve un intérêt car elle contient des reproductions en noir
et blanc de nombreuses couvertures de livres et de magazines. La liste
principale est classée par ordre alphabétique, avec une liste triée par année
de publication.
La bible bibliographique de Vance
est maintenant The Work of Jack Vance,
par Jerry Hewett et Daryl F. Mallett, Borgo Press, 1994. Les listes sont
exhaustives, et rassemblent les œuvres de Vance dans toutes les langues. On y
trouve des notes détaillées sur les reliures, les artistes, la publication, le
prix, la pagination, etc., ce qui permet de distinguer les diverses éditions
pour un même titre. Il y a également de nombreuses listes supplémentaires
comprenant les articles publiés sur chaque roman, les écrits de Vance ne
relevant pas de la fiction (essentiellement des introductions et des préfaces),
des essais critiques sur Vance, la liste des récompenses qui lui ont été
décernées, etc. Il y a deux éléments uniques dans ce volume : une esquisse
chronologique de la vie de Vance, ses études, ses voyages et sa carrière
d’écrivain, à laquelle Norma Vance a contribué ; et le synopsis d’un roman
policier qui n’a jamais été publié. Dans un ouvrage aussi énorme, l’index de 24
pages est indispensable.
[À venir : From Ahulph to Zipangote [U-M] ; Mellen,
Vance Encyclopedia]
À l’exception, peut-être, d’Edgar
Rice Burroughs, H.P. Lovecraft et Robert E. Howard, Vance est sans doute
l’écrivain de SF/F qui a eu le plus de fanzines consacrés à son œuvre. On y
trouve The Many Worlds of Jack Vance, Robert Offutt ed., deux numéros en
1977-1978; Honor to Finuka, Kurt Cockrum ed., quatre numéros, 1979-1980;
Cosmopolis, George Mina ed., un numéro en 1988; The Vance Phile, Greg
Parmentier ed., sept numéros, 1993-1996; Cosmopolis, la revue officielle du
Projet Vance Integral Edition, divers éditeurs, plus de 50 numéros sous forme
électronique, 2000-05; et Extant, Paul Rhoads ed., plus de neuf numéros,
2005-xx.
Le Projet VIE [incomplet]
Peu d’auteurs de SF (peut-être
uniquement H.G. Wells, 1927) ont été honorés de leur vivant par la publication
intégrale de leurs œuvres en une seule collection homogène. Vance est
certainement unique en ce sens que ce tribut lui a été rendu par ses
admirateurs à leurs propres frais.
[Le projet fabuleux des fans.
International. Ordinateur et Internet.]
À part le travail de corriger les
coquilles et les transpositions malencontreuses de lignes, et autres errata,
les éditeurs de VIE ont détecté et corrigé les innombrables cas d’interventions
éditoriales inutiles, des suppressions de texte, et pire encore, des ajouts aux
textes originaux de Vance. Par exemple, dans le cas de Pao, Vance lui-même avait fait des coupures dans le manuscrit d’origine,
à la demande des rédacteurs du magazine, puis du livre ; l’équipe VIE est
parvenue à fusionner les deux versions publiées, restaurant ainsi le roman
pratiquement à son état d’origine (dont il ne reste plus trace car le manuscrit
a disparu.)
[Également restaurés, les titres
que Vance préférait (Terre mourante, La Vie éternelle, Les Baladins de la
Planète Géante, etc., et le cas spécial de Le Wankh.]
[Cosmopolis, entièrement
numérisé, 700 lecteurs à travers le monde, dépassant largement le lectorat des
fanzines précédents, et illustrant la puissance de l’Internet.]
[Les textes restaurés par Vie ont
commencé à apparaître dans des éditions commerciales avant même la publication
de la deuxième moitié de la collection VIE. E-books, Fictionwise, Lyonesse ;
ibooks : Domaines de Koryphon, Maske : Thaery, Les Maîtres des
dragons/Le Dernier château, La Vie éternelle, Les Langages de Pao, Emphyrio… De
nouvelles traductions françaises ont également été effectuées à partir des
textes VIE.]
FIN
©
David B.Williams (2006) traduction de l'anglais par P.Dusoulier |