SALUT, SAGA ?
Naturellement, vous autres fidèles-lecteurs-de-SF, depuis le commencement des Temps, vous connaissez ce roman. D'accord, mais après tout, vous n'êtes pas les seuls, il y a les petits nouveaux tremblants, impressionnés, ralliez-vous à mon panache noir, je suis des vôtres, je roule pour vous. Et je vous conseille, sans blague, de vous jeter sur ce livre, qui narre talentueusement une bien belle saga, en 249 pages imprimées plutôt mini. Ecoutez ça : la Terre, on n'en parle plus, elle est ratatinée depuis belle lurette, polluée, machinée, essorée, laminée, bouzillée, bref, complètement naze. A présent, l'humanité vit sur Vénus. Sous la mer, dans les immenses dômes des Garderies. L'humanité, c'est principalement les Familles (immortelles, anciens survivants contaminés de bien chouette façon puisque la contamination égale l'immortalité) qui dirigent le monde, et les sujets normaux, ceux qui meurent connement vers soixante-dix ans. C'est aussi les rares Francs Compagnons d'antan, qui avaient commencé la colonisation des territoires de Vénus. C'est la monotonie d'une vie parfaitement réglée, dans laquelle tout est prévu, toujours. Et dans tout cela, voici Sam Reed. Pauvre Sam, trafiqué biochimiquement dès sa naissance parce que son père, un immortel cinglé de la famille Harker (une des plus puissantes) n'a pas tenu le coup à la mort de son épouse quand celle-ci donna naissance au rejeton. Pauvre Sam Reed/Harker ; à la recherche de son identité, nouveau Messie marqué par le destin...
Tout cela paraît bien classique (et ça l'est), mais c'est tellement bien raconté, mes enfants... On passe sur la lourdeur de certaines tournures de phrases (mais après tout, hein, qui est parfait ?) pour se laisser porter avec un égal bonheur tout au long de cette Aventure, avec un grand A, et on suit, sans se lasser jamais, la queste superbement héroïque de Sam. D'accord, ça sent parfois l'apologie de l'homme-chef-messie, pourtant Sam Reed est suffisamment salaud-pousse-toit-de-là pour n'en pas paraître inconditionnellement sympathique. Pitoyable, certes. Et même, manipulé lui aussi comme les copains. L'homme-chef, il est ailleurs, sous un masque, comme toujours. Méfiance, camarades — les cartes abattues, c'est toujours truqué.
Si j'en avais le courage, je vous signalerais des passages particulièrement forts, ou je ferais une étude en trois volumes de ce roman.
Sans blagues : Vénus et le Titan, n'oubliez pas. Une très bonne démonstration d'une certaine SF — pour Saga-Fiction. Bon appétit.
Pierre PELOT
Première parution : 1/10/1978
dans Fiction 294
Mise en ligne le : 1/5/2010