Imaginez un détective privé quelque peu stéréotypé, grand amateur de jeunes femmes aguichantes, affligé d'un verbe fleuri et volontiers argotique, traversé de manière sporadique par une conscience morale dérangeante, et tiraillé entre ses sentiments de classe et ses tendances matérialistes, qui devrait exercer ses talents dans un monde peuplé d'ogres, de trolls, le loup-garous, d'elfes noirs, de maître-tempêtes détestés et puissants et d'un raton lav... euh... d'un mammouth à poils laineux. Imaginez qu'une des familles dominantes d'un tel univers en soit réduite à requérir son aide pour résoudre une sombre histoire de disparition (enlèvement ? fugue ? meurtre ?), avant que la maîtresse de maison ne s'en revienne de quelque campagne militaire. Imaginez enfin que notre détective soit assisté dans l'aventure par un homme-mort ouvertement misogyne, dont les deux principales passions sont les remarques acerbes et la stratégie prévisionnelle, ainsi que d'un elfe noir végétarien et endetté jusqu'au cou auprès du Caïd, une sorte de parrain local. Vous commencerez alors à avoir une petite idée de l'ambiance de Cœurs d'or à l'amer, deuxième aventure du truculent détective Garrett.
Inutile de chercher dans ce roman de grands questionnements philosophiques ou même une volonté marquée de faire sens, par exemple en construisant un univers précis et cohérent. Cœurs d'or à l'amer se veut avant tout ludique, parodique, fondé sur la connivence culturelle et les clins d'œil aux amateurs de polar et de fantasy. Du polar, il a la structure générale et le style narratif : une aventure écrite à la première personne, dont les dialogues argotiques et cyniques ne dépareraient pas dans un roman de gare ou un film de série Z et dont le scénario pourrait aussi bien se passer en Sicile que dans le Chicago de la grande époque, du moment qu'il y ait des riches et des pauvres, des gangs et des bordels, des aguicheuses et des nigauds. De la fantasy, il a les personnages et les décors, le côté déjanté et les ambiances de taverne. Du Naheulbeuk à la sauce polar, ou du Dick Tracy à la sauce fantasy. Comme on préférera le dire.
D'aucuns trouveront sans aucun doute un tel roman très novateur et irrésistible de drôlerie, et d'autres consternant de conformisme et de puérilité. Sa principale originalité réside dans le mariage entre les deux univers de la fantasy et du polar. Son principal intérêt, dans son caractère extrêmement distrayant. Mais il serait difficile d'y voir un monument de la littérature. A conseiller cet été à la plage, pour se détendre le neurone sans risquer la foulure.
Nathalie LABROUSSE (lui écrire)
Première parution : 13/2/2005
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