Entre les deux tours d'une élection législative, plusieurs milliers d'électeurs demandent à changer de circonscription... Incroyable coïncidence, fraude grossière ou vaste machination ? A moins qu'un talent de fascinateur soit à l'œuvre ? Ou bien que la psychosphère s'en soit mêlée ? Voilà une nouvelle enquête à la mesure de Tem... originale et sans meurtre comme toutes ses dernières aventures.
Pour les amateurs de la série, un nouvel épisode des Futurs mystères de Paris est un rendez-vous à ne pas manquer. Pourtant, force est de reconnaître que cet opus est plutôt mineur : le déroulement de l'enquête est conventionnel, certaines clefs vont une nouvelle fois émerger des obscurs écrits de Richard Montaigu — il ne faudrait pas que ça vire au procédé - , le dénouement est un peu rapide et, dans l'ensemble, on note assez peu de surprises en dehors de l'apparition d'un personnage un peu à part dans la série : le néanderthalien de la couverture.
Bref, après l'excellent et délirant Babaluma, ce Kali Yuga paraît ainsi un peu trop sage et surtout trop court, comme s'il s'agissait d'un simple transition entre deux livres plus ambitieux. La lecture demeure évidemment amusante et très agréable — il serait donc dommage de s'en priver — mais on sait que l'auteur est capable de bien mieux : guettons le prochain épisode.
Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/7/2003
nooSFere
Après huit volumes et presque autant d'années de publication, le cycle des « Futurs Mystères de Paris » reste l'une des œuvres les plus attachantes et les plus intéressantes de la science-fiction française. Par son univers tout d'abord : un monde apaisé, où la violence est devenue l'exception, où, malgré les manipulations en arrière-plan des grandes multinationales, le modèle ultra-libéral apparaît définitivement caduc. Un monde où il fait plutôt bon vivre, assez atypique parmi les futurs que nous donne à voir la science-fiction contemporaine.
Il y a ensuite les personnages, souvent fort attachants, qu'il s'agisse des réguliers de la série ou des divers individus rencontrés au fil de l'intrigue, souvent affublés de patronymes improbables (ici, au hasard, Sophyane Lépiote-Scaramouche, Prolégomène Loregon ou Callisthène Le Stochastique), et que Roland C. Wagner sait rendre vivants avec une aisance admirable.
Il y a les intrigues, enfin. Plus ou moins réussies, selon les volumes. Celle de Kali Yuga l'est. Temple Sacré de l'Aube Radieuse est amené à enquêter sur ce qui ressemble bien à une fraude électorale massive : entre deux tours d'une élection législative, des milliers de votants ont subitement décidé de s'inscrire dans une autre circonscription, sans que rien ne puisse expliquer ce phénomène. Tem devra découvrir comment un tel événement a pu arriver, et à qui profite le crime...
Kali Yuga est un roman plus court que ses prédécesseurs. Pas de narrateurs multiples comme à l'accoutumée, l'essentiel de l'histoire nous est conté par Tem. L'intrigue est intelligemment construite, l'énigme résolue de façon convaincante dans le dernier chapitre. Comme toujours, certains évènements décrits ici renvoient à d'autres volumes de la série, voire à d'autres romans de l'auteur (en l'occurrence
Le Nombril du monde), mais Wagner me semble réintroduire ces éléments de façon suffisamment claire pour que le néophyte à l'œuvre ne soit pas lésé par rapport aux habitués.
Bref, chaque nouveau volume des « Futurs Mystères de Paris » me procure toujours la même sensation, le même plaisir de retrouver un univers familier et particulièrement attachant. Et Kali Yuga est l'un des meilleurs de la série. Longue vie à Temple Sacré de l'Aube Radieuse, donc.
Philippe BOULIER
Première parution : 1/7/2003
dans Bifrost 31
Mise en ligne le : 1/8/2004