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Le 20 Juillet 2019

Arthur C. CLARKE

Titre original : July 20, 2019 : Life in the 21th Century, 1986
Science Fiction  - Traduction de Jacques GUIOD
CALMANN-LÉVY, 1987
326 pages, ISBN : 2-7021-1477-6

Autres éditions
   in 2001 - 3001 : les odyssées de l'espace, OMNIBUS, 2001
Sous le titre Le 20 Juillet 2019
   POCKET, 1988
 
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     En 2019, « Nul ne songerait à se rendre à un concert sans avoir pris cinq milligrammes d'Orpheum, générique de l'endorphine qui renforce l'appréciation de la musique ; de même, personne ne se ferait soigner une dent sans une dose de Temorax, qui accélère la perception du temps. » A la même époque, il est possible de vivre artificiellement l'extase kundalienne, la « nausée » sartrienne ou la Parfaite Lumière du bouddhisme tibétain, de même qu'un raciste pourra être guéri de son mal par « transplantation de mémoire », ce qui supprimera les « souvenirs amers liés à un certain groupe ethnique » et les remplacera par d'autres, plus agréables...
     Ces quelques exemples sont tirés du chapitre Une après-midi sur le divan, où Clarke développe quelques-unes des thérapeutiques chimiques courantes en 2019, aussi bien pour guérir que pour augmenter ses capacités psychiques. On voit bien où le bat blesse : car il n'est pas sûr que le racisme soit lié précisément à des souvenirs amers liés à un groupe ethnique ; on en a bien assez glosé à propos d'Hitler, qui avait peut-être un grand-père juif, et cela fait penser à cette histoire sur l'anti-sémitisme — Pourquoi vous n'aimez pas les Juifs, ils vous ont fait quelque chose ? Réponse : Il manquerait plus que ça !
     Certes, ce que l'essai de Clarke ne possède pas en précisions pointues, il l'a en anecdotes et hypothèses rigolotes. Le chapitre La maison, par exemple, n'est pas un catalogue de domotique, mais une véritable nouvelle policière, où le coupable est effectivement une maison informatisée, laquelle a tué son propriétaire qui menaçait de la quitter, et à qui elle s'était attaché. C'est traité un peu à la paresseuse (c'est quand même mieux que les textes de François de Closets dans son immortel Scénarios du futur), mais au moins c'est vivant. Et ça renseigne sur la méthode de Clarke, qui fut de ne pas en avoir du tout ; à l'évidence, son bouquin (probablement une commande) a été écrit au fil de la plume, dans l'insouciance et la bonne humeur. Lorsque l'auteur n'est pas inspiré (Un soir au cinéma, Un jour au stade), il se borne à faire de la futurologie comme on n'en trouve même pas dans Science et vie, mais dans les pages de Libé — c'est à dire du journalisme qui n'est même pas d'opinion (son approbation de la colorization des films aurait fait plaisir à John Huston), encore qu'on y note un optimisme sans nuance au sujet des bienfaits de la technologie, que tempère, en guise de chute finale, un point d'orgue humaniste (cf. le paragraphe cinéma — qui comprend des développements sur les loisirs et la créativité assistée par ordinateur permettant à tout un chacun d'être Mozart — mais s'achève par une phrase bien venue sur l'esprit visionnaire, la créativité et le talent véritable, que les machines pensantes ne remplaceront jamais).
     Celà est bel et bon, mais on ne peut que frémir alors que, abordant le dernier chapitre, consacré à la Guerre, on s'aperçoit que Clarke opère de la même façon... Déjà, la chose s'annonce mal, par une citation du général Hackett ; en fait, Clarke n'a fait que singer son modèle, en décrivant (c'est là encore une sorte de nouvelle) la troisième guerre mondiale en trente pages de la même façon exactement que son illustre prédécesseur l'avait fait en 300 : les méchants Russes attaquent en Allemagne, et à la fin un consensus est trouvé entre les adversaires, après un conflit dur, mais si précis technologiquement qu'il n'a donné lieu à aucune bavure sur les populations civiles. Là encore, la technologie a tout fait, et l'Homme avec un grand H s'en sort la tête haute.
     Bien sûr, il est facile d'ironiser. Clarke, dans son introduction, ne se fait pas faute de le faire, en se citant lui-même à travers Profils du futur, qui date de 1952, et où il écrivait déjà « Toute tentative pour prédire l'avenir dans le détail apparaît absurde après quelques années ». Il répète aussi son fameux « l'avenir n'est plus ce qu'il était » (cette boutade est bien de lui — on commençait à en douter), et, parlant de la science-fiction, il a cette phrase qui me met du baume au cœur : « ...elle revêt une grande valeur sociale en tant que signal d'alarme — ce que ne peuvent oublier tous ceux qui ont survécu à l'année 1984 ». C'est entrer là dans un terrain où au moins l'auteur est irréprochable : un humour bon enfant qui le rend immédiatement et intégralement sympathique. Et c'est bien là l'impression durable qui vous reste de ce bouquin, qui autrement, il faut l'avouer, est en grande partie inutile.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/4/1988
dans Fiction 396
Mise en ligne le : 22/10/2003


 
Base mise à jour le 17 mai 2013.
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