II. Concepts et Philosophie


Dernier mise à jour: 11/09/2004
Ce qui a changé :
2. De quoi parle-t-on ?
2.1. Qu'est-ce que la fiction spéculative ?
2.2. Que signifie ce terme/genre ?
2.3. Qu'est-ce qu'il faut avoir lu ?
2.4. Qu'est-ce qu'il faut avoir vu ?
2.5. Question diverses

 
3. La S.F., laboratoires des sciences sociales
3.1 La représentation de l'avenir de l'homme
3.2 Les systèmes politiques dans la SF
3.3 La religion et les croyances dans la science-fiction
3.4 La sexualité dans la science-fiction
3.5 L'homme, un drôle d'animal aux multiples possibles
4. C'est quoi ça ? Les inventions de la SF
4.1. Les violations de la physique
4.2. Les technologies
4.3. Les hommes, les mutants et leurs pouvoirs
4.4. Les extra-terrestres
4.5. La science non-fiction

2. De quoi parle-t-on ?

Le thème de discussion de fr.rec.arts.sf englobe l'ensemble de la fiction spéculative (la SF), qui comprend la science-fiction, le fantastique, la féerie, et probablement plusieurs autres genres sur lesquels des gens ont mis des noms. Essayons d'éclaircir un peu tout ça.

2.1. Qu'est-ce que la fiction spéculative ?

Beaucoup se sont cassés les dents sur une définition acceptable de la science-fiction. Certains, comme Norman Spinrad ou Damon Knight, n'ont réussi qu'à affirmer des tautologies du genre : « La science-fiction, c'est tout ce que nous désignons comme tel ». Pour sortir de cette impasse, il est préférable d'élargir l'objet, et d'introduire la fiction spéculative.

Si la difficulté de définition est intrinsèque au genre considéré et tient à la diversité de ses formes, notons que le problème est encore plus prononcé en français qu'en anglais ou en américain. En effet, comme le montre bien la préface de Serge Lehman dans Escales sur l'Horizon , le terme français est beaucoup plus ambigu que le terme anglais qu'il est censé traduire. Tout d'abord, l'anglais "fiction" signifie récit romanesque et non, comme souvent en français, chimère ou affabulation. En outre, l'expression "science fiction" donne une valeur adjectivale au terme de science et une valeur nominale à celui de fiction. Science fiction peut donc être traduit par "récit romanesque à caractère scientifique". A l'inverse, le français Science-Fiction semble mettre les deux termes sur le même plan et même renverser le rapport, comme si la SF était de la science fictive, de la fausse science, les chimères de la science... Introduire le terme de fiction spéculative (proposé par Heinlein semblerait-il), c'est donc tenter de ramener le terme à son sens originel, ou du moins de le décharger des a priori inconscients que l'expression Science-Fiction véhicule à son insu.

En philosophie, on appelle spéculation théorique la recherche de la connaissance pure, c'est-à-dire l'élaboration de modèles rationnels parfaitement cohérents, mais sans souci marqué de coïncidence avec la réalité sensible ou actuelle.

La fiction spéculative est donc une catégorie de fiction dans laquelle un fait, événement, objet, personnage ou décor est expressément spéculatif, c'est-à-dire dont l'existence est posée comme possible ou réelle en
droit, même s'il n'a pas de réalité de fait. Cet élément spéculatif doit avoir un rôle indispensable dans la fiction, soit qu'il soit l'objet de toute la création, soit qu'il soit un préalable nécessaire à l'élaboration de l'intrigue.

La fiction spéculative, c'est aussi bien Vingt mille lieues sous les mers que Le seigneur des anneaux ou Fahrenheit 451 et Dune. Mais c'est aussi Superman, Jurassic Park, Christine, ou encore E. T., l'extra-terrestre. Cela peut aussi être Au-delà du réel, Chapeau melon et bottes de cuir, voire Le prisonnier.

L'extension du concept est si vaste que l'on est le plus souvent amené à établir des distinctions internes, c'est-à-dire à définir des sous-genres, des regroupements d'oeuvres partageant une même finalité ou un même mode de fonctionnement.


2.2. Que signifie ce terme/genre ?

Chacun a sa définition des sous-genres de la fiction spéculative, et chacune de ces définitions est généralement défendable. Évitons la polémique, et au lieu de vouloir définir la SF, essayons de la décrire. Pour cela, nous pouvons essayer de circonscrire un certain nombre de termes qui servent à décrire les ingrédients qui se retrouvent le plus fréquemment dans la SF.

2.2.1. L'anticipation ou la prospective

L'anticipation consiste à donner une coloration prophétique à une fiction. La prospective, qui en est très proche, consiste à poser la question classique : « Et si . . . ? » 1984 de George Orwell, Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley, Ravage de René Barjavel ou Tous à Zanzibar de John Brunner en sont des exemples. Quand elles sont plutôt pessimistes, comme c'est le cas, on parlera alors de dystopie.

2.2.2. Le fantastique

Le fantastique est souvent considéré comme une branche plus ancienne et plus « littéraire » de la SF. En effet, on peut considérer que toutes les mythologies font partie du fantastique. Plus près de nous, des oeuvres comme Dracula ou Frankenstein font figure d'ancêtres, ravivés dans les années 30 par le biais du cinéma, bien que noir et blanc et muet à l'époque. H. P. Lovecraft est cependant l'inspirateur le plus puissant du fantastique contemporain.

2.2.3. La fiction scientifique, ou "hard science"

cf. aussi l'article de Roger Bozzetto. Ce terme désigne des oeuvres qui misent sur une forte plausibilité scientifique, et qui sont donc assez proches de ce que l'on connaît actuellement en matière de sciences exactes. Ce terme est plutôt usité par la critique littéraire américaine.

Des oeuvres représentatives de la Hard Science.

2.2.4. Le space-opera

Pratiquement « inventé » par E. E. "Doc" Smith (La saga du Fulgur) dans les années 40, le genre a évolué progressivement, en passant par C. J. Cherryh, David Brin, et La guerre des étoiles. Le genre est souvent teinté d'heroic-fantasy. Le cycle de la Culture de Iain M. Banks est indispensable à tout amateur de space-opéra. En gros, on pourrait dire qu'il s'agit d'aventures intergalactiques avec souvent des vaisseaux spatiaux, des extra-terrestres.
Un modèle du genre: Le Roi des Etoiles d'Edmond Hamilton.
 

2.2.5. Le féerique, ou "light fantasy"

Se démarquant de la connotation un peu sombre du fantastique, cette catégorie est en fait très différente. Bien souvent, le féerique fait appel à la magie, la sorcellerie, la divinité et autres phénomènes surnaturels ou mystiques. On y retrouve souvent les thèmes classiques de la fantaisie héroïque.

Quelques exemples : Le seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien, L'histoire sans fin, Jumanji ou, dans un autre style, Le Disque-Monde de Terry Pratchett. Certains classent aussi Les neuf princes d'Ambre de Roger Zelazny dans ce genre.

2.2.6. L'heroic fantasy (épopée fantastique)


Ce que nous appelons heroic fantasy (en ajoutant souvent même des accents peu anglais sur "héroïc"!) s'appelle en fait <sword & sorcery> chez les Anglosaxons. En gros, "sword & sorcery" ("heroic fantasy" en français), c'est Conan ou Fafhrd et le Souricier gris. Et "high fantasy" (souvent "fantasy" tout court, en français, et à tort), c'est Tolkien ou Eddings. Edgar Rice Burroughs et Abraham Merritt ont installé le genre dans la SF dès les années 1910, aux Etats-Unis. Puis l'âge d'or En gros, <sword & sorcery> (<heroic fantasy> en français), c'est Conan ou Fafhrd et le Souricier gris. Et "high fantasy" (souvent "fantasy" tout court, en français, et à tort), c'est Tolkien ou Eddings. Depuis, Jack Vance, Michael Moorcock et David Eddings l'ont perpétué. À noter La route de la gloire (Robert A. Heinlein), qui en est une sorte de parodie respectueuse. La fantaisie héroïque est souvent associée au space-opéra ou au féerique.

2.2.7. Le "cyberpunk", "steampunk" et autres punks

Le cyberpunk est une transposition dans la science-fiction des idées punks : liberté individuelle restreinte, concentration des pouvoirs, dégradation de la société en général. Avec "cyber", il y a l'élément informatique qui entre en jeu : les possesseurs du pouvoir utilisent l'informatique pour mieux asseoir leur dominance. Voir William Gibson ou Philip K. Dick pour une interprétation de ce genre, et Bruce Sterling pour un ton plus optimiste. Au cinéma, Brazil et Tron représentent le genre, à des degrés différents et avec des styles radicalement distincts.

Il existe un groupe alt.cyberpunk dédié au cyberpunk, de même qu'une FAQ

Avec le "steampunk", on opère une transposition supplémentaire, cette fois vers une ambiance XIXème siècle, époque de la révolution industrielle et de la machine à vapeur (d'où la première partie du nom). De plus, on y ajoute parfois des notions du fantastique de l'époque. Le terme a été forgé en réaction à cyberpunk (d'où la seconde partie du nom). Cela donne du K. W. Jeter (Machines Infernales) pour la littérature, La cité des enfants perdus pour le cinéma, Les cités obscures des frères Schuitten pour la BD.

La "gaslight romance" ' est considérée comme un synonyme de 'Steampunk' mais jouerait plutôt sur l'ambiance victorienne, sombre et sub-romantique, ' ce qui classerait Les voies d'Anubis de Tim Powers ou Bohéme de Mathieu Gaborit dans ce domaine.

2.2.8. L'utopie et la dystopie

Utopie : du grec « ou », non, et « topos », lieu ; conception imaginaire d'un lieu ou système idéal. Dystopie : du grec « dus », mauvais ; lieu ou système qui, à l'opposée de l'utopie, est loin d'un idéal.

Voir Les dépossédés de Ursula LeGuin pour un essai sur l'utopie de l'un et la dystopie de l'autre. Quand l'une ou l'autre est imaginée dans le monde réel ou dans un avenir proche, on parlera d'anticipation.
Voir L'Atlantide: fiction philosophique pour une étude de l'utilisation de l'Utopie.

2.2.9. Uchronie,  Histoires alternatives et mondes parallèles

Voir La fin de l'éternité de Isaac Asimov. Nécessite le voyage dans le temps. Mais le cas typique de l'uchronie est La porte des mondes de Robert Silverberg. On peut aussi citer Pavane de Keith Roberts et Le maître du haut château de Philip K. Dick. Des mondes parallèles se chevauchent dans `A Wreath of Stars' de Bob Shaw.

Il existe une bibliographie très fournie en anglais, The Usenet Alternate History List et son petit frère francophone La Porte des Mondes. Vous pouvez aussi en discuter sur la liste de diffusion francophone.

2.2.10. L'épouvante, l'horreur et le gore

Ce qui est fantastique est apte à faire peur. Si c'est fantastique et violent, ça peut devenir très violent. La subtile nuance entre ces trois genres, c'est principalement le degré violence. L'épouvante fait simplement appel à la peur de l'étrange, où la violence est plus imaginée que vécue (Christine). L'horreur va plus loin, et la violence devient explicite, plus visible (Evil Dead). Enfin, le "gore" est une marée de sang (Les cauchemars de Freddy).

2.3. Qu'est-ce qu'il faut avoir lu ?

Si vous désirez une indication, voyez et votez dans The Internet Top 100 SF/Fantasy List (en anglais) ou dans l'équivalent : francophone.

Voici une sélection aussi consensuelle que possible des quelques oeuvres de littérature SF qui constituent le « must ».

Il y a sans doute quelques séries de bandes dessinées qui font partie du corpus de base.

2.4. Qu'est-ce qu'il faut avoir vu ?

D'abord, ceux que vous n'avez pas pu rater. Puis quelques-un plus ésotériques. Et enfin les séries télévisées, parmi celles que l'on peut voir sur les télévisions françaises.

2.5. Question diverses

2.5.1. Quels sont les Trois Lois de Clarke ?

Dans un essai sur la science-fiction, Clarke a énoncé sa Première Loi :
Lorsqu'un scientifique distingué mais âgé affirme qu'une chose est possible, il a presque certainement raison. Lorsqu'il affirme qu'une chose est impossible, il a très probablement tort.
Dans ce même essai, il a formulé ce qui sera appelé sa Seconde Loi :
La seule manière de découvrir la limite du possible est de s'aventurer un peu au-delà, dans l'impossible.
Plus tard, il complétera avec sa Troisième Loi (car Newton en avait trois aussi) :
Toute technologie suffisamment avancée est indistinguable de la magie.

2.5.2. Qu'est-ce que la Thiotimuline ? La cane aux oeufs d'or ?

Ce sont deux nouvelles délirantes de Isaac Asimov, de la science très fiction. La thiotimuline est une substance qui se dissout dans l'eau avant de la toucher. Ce qui est amusant, c'est que c'est écrit à la manière d'un véritable article scientifique, avec description de la méthode expérimentale et force graphiques, comme le fameux article The Tomatotropic Response of the Cantatrix Sopranica de Georges Pérec.

La cane aux oeufs d'or raconte l'histoire d'un fermier qui possède une cane qui pond des oeufs en or, et explique comment c'est possible.


3. La SF, laboratoire des sciences sociales

Interrogez un « vrai » scientifique, un philosophe ou un épistémologue et vous verrez que ce n'est que du bout des lèvres qu'il parlera de « sciences » sociales. C'est presque, aux yeux de certains, une science... fictive, qui n'existe que dans le rêve des fantaisistes qui tentent de mettre l'homme en équation.

Ce jugement est fondé sur une difficulté réelle. Car les deux procédures scientifiques principales, la modélisation et l'expérimentation, sont difficilement applicables aux actes humains. En effet, ces actes
sont en partie intentionnels, ce qui rend extrêmement problématique leur modélisation. Définir des lois universelles du comportement humain exigerait la prise en compte d'un nombre infini de variables. Mais c'est
l'aspect « expérimentation » qui nous intéressera davantage. Trois obstacles majeurs s'opposent en effet à une expérimentation humaine :
 

  1. Une raison d'ordre temporel : pour conduire une expérimentation authentique sur toute une société, il faudrait une multitude de générations, tandis que les observateurs ont généralement une durée de vie limitée. L'observation suivie sur des millénaires, comme dans Helliconia (B. Adliss), c'est... de la science-fiction !
  2. Une raison d'ordre éthique : expérimenter sur l'homme s'oppose au principe de respect.
  3. Une raison d'ordre logique, de loin la plus importante : l'homme étant doué de conscience, c'est-à-dire étant à même de ressentir son vécu et de s'adapter aux circonstances, un homme observé ou manipulé de l'extérieur ne se comportera pas de la même façon qu'un homme « normal ». S'il sait qu'il est observé, il agira en fonction de l'observateur ; s'il ne le sait pas, il inventera des croyances susceptibles d'expliquer les interventions extérieures, ce qui modifiera en profondeur son rapport au réel.
Le laboratoire des sciences humaines est donc, davantage encore que pour les autres sciences, de l'ordre de ces « expériences mentales », si chères à Einstein.

Or, qu'est-ce donc que la SF ? Dans le débat Science-Fiction et Philosophie du 05 mars 1997, Roger Bozzetto et Guy Lardreau définissaient la SF par ce même terme, expliquant que « Pour la science-fiction, un des plaisirs [...], c'est de se trouver à la fois devant la possibilité de jouer à "si j'étais", ou "si c'était" ou "que se passerait-il si", qui renvoie à des jeux enfantins et, d'un autre coté, qui s'appuie sur un vocabulaire à coloration scientifique». En effet, par ses utopies, ses uchronies, ses anticipations, ou même sa fantaisie, chaque branche de la SF permet de placer l'homme dans des situations inédites, déconnectées des déterminations réelles qui brouillent la compréhension de ses intentions. C'est nous-mêmes, ou une version différente de nous-mêmes, que nous cherchons dans la SF. Voilà qui ressort clairement de toutes les discussions qui ont pu animer le forum depuis ses origines.

La SF est donc bien, dans une certaine mesure, le laboratoire des sciences sociales, car l'homme s'y révèle dans toute la complexité de ses motivations. Et cela même lorsqu'il n'est pas physiquement présent : nous ne pouvons pas faire autrement, quand nous lisons une oeuvre qui élabore un monde extra-terrestre, que de le comparer à ce que ferait l'homme, placé dans les mêmes situations. Cette petite analyse se propose de passer rapidement en revue les thèmes les plus souvent abordés dans nos ouvrages favoris.


3.1. La représentation de l'avenir de l'homme

La notion de « possibles », souvent rattachée à la SF (littérature du possible, exploration des possibles, etc.) la conduit à prendre l'avenir comme thème privilégié. Car si le possible ne se limite pas au futur, le futur, lui, est tout entier de l'ordre du possible : il n'est jamais certain, puisque l'homme a la possibilité d'influer sur sa propre
existence, mais il n'échappe pas non plus à toute prévision, puisqu'il dépend du présent et même du passé. Certains, on l'a vu dans les débats sur la « définition » de la SF, limitent même la science-fiction à l'anticipation. Leur argument est que le passé et le présent ne sont pas fictifs et que l' « ailleurs » radical ne donne pas de prise à la saisie scientifique. L'objet exclusif de la science-fiction serait donc le futur.

Quoi que cette restriction soit selon moi abusive, il n'en demeure pas moins qu'une proportion non négligeable de livres de SF situent leur intrigue dans la dimension de l'avenir.

Étant donné qu'il n'y aurait guère d'intérêt à dépeindre un futur qui ne serait que la suite logique de notre présent, la SF nous dépeint souvent le monde pendant ou après une rupture, un changement radical.
 


3.2 Les systèmes politiques dans la SF

L'intelligence d'une espèce, nous dit la théorie de la néoténie, est proportionnelle à la durée de l'enfance. Une espèce instinctivement adaptée à son milieu n'aurait aucune raison de développer d'autres modes de comportement. Voilà pourquoi presque tous les êtres imaginés par la science-fiction (extra-terrestres, hommes du futur, êtres mythologiques, animaux mutants) vivent en sociétés organisées.

Voilà aussi pourquoi les organisations sociales sont si variées : si les règles de notre comportement ne sont pas instinctives, c'est qu'elles comportent une large part de conventionnel, voire d'arbitraire. La SF, en tant que littérature du possible, est donc amenée à nous proposer des modèles de sociétés extrêmement variés.
 


3.3 La religion et les croyances dans la science-fiction

S'il existe un phénomène social universel, c'est bien la croyance. Meme une société ultra-scientifique, aurait dit Pascal, partage cette nécessité, puisque la logique déductive de la rationalité repose nécessairement sur des principes, auxquels il faut bien commencer par croire si l'on veut raisonner. Que l'homme croie en Dieu, en l'amitié, au progrès ou en la puissance de la raison, il croit de toute façon en quelque chose. Par nature, en effet, il est poussé à se projeter dans le futur, ce qui implique que seules des croyances peuvent donner sens à ses actions.

La SF, qui nous présente toujours en homme « autre », ou un autre que l'homme, doit donc nécessairement se coltiner avec la redoutable question de la foi. On peut à ce titre distinguer plusieurs grands courants, en
exploitant quelques notions du 2.2.



3.4. La sexualité dans la science-fiction

La sexualité constitue un élément important de la culture. D'une part, elle est pour une société le moyen de se perpétuer ; d'autre part, elle répond à un principe de plaisir, dangereux s'il est laissé sans limite, que toute culture cherche à canaliser dans des formes socialement utiles (la reproduction et la paix sociale, entre autres). La façon dont une société gère la sexualité est donc extremement révélatrice de la culture. Pour qu'un univers de science-fiction soit véritablement cohérent, il doit donc envisager cet aspect des relations humaines.

Sans aller nécessairement jusqu'à la mettre en scène, comme le fait par exemple Yann Minh dans Thanatos, les auteurs de SF parlent donc de sexualité. Des préjugés sexistes des Ténébrans de Bradley à la sexualité des azis dans Cyteen (C. Cherryh), en passant par les fantasmes liés aux Hommes Roux dans la Compagnie des Glaces, le sexe est partout. Omniprésence qui n'est sans doute pas étrangère à la « mauvaise réputation... » dont jouit (!) la SF.

Dans la fantasy, la sexualité prend souvent des tours assez étranges, aussi étranges que les créatures qui peuplent ses univers. Les sources aphrodisiaques de Xanth produisent d'étranges rejetons. Titan, Sorcière et Démon de John Varley  met en scène des centaures (appelé Titanide), pourvus d'un sexe humain et d'un sexe chevalin, dont la sexualité aurait rendu fou le plus brillant des généalogistes...

En nous présentant ludiquement des sexualités aussi diversifiées, la SF nous permet de mieux comprendre la relativité de nos propres pratiques et de regarder, espérons-le, d'un oeil plus tolérant celles des autres.


3.5. L'homme, un drôle d'animal aux multiples possibles

Contrairement donc aux préjugés classiques sur « l'homme de la SF », super-héros en pyjama unisexe, crane hypertrophié et désintégrateur au poing, la réalité humaine dépeinte dans la SF est extremement multiforme. A
ce titre, la SF témoigne à mon avis de trois aspects essentiels de la nature humaine : On peut déduire de tout ceci que, même si la fonction principale de la SF est, bien sur, de divertir, elle n'est pas qu'un jeu. Ou plutot, elle est pour l'adulte ce que le jeu est pour l'enfant : une activité formatrice, constitutive.



 

4. C'est quoi ça ? Les inventions de la SF


4.1. Les violations de la physique

Depuis les débuts, la fiction spéculative, et en particulier la branche scientifique, a inventé nombre de technologie plus ou moins fantaisistes, qui violent manifestement les lois de la physique telle que nous la connaissons.

4.1.1. Le voyage dans l'espace

Beaucoup d'histoires de SF se déroulent à l'échelle intersidérale. Mais pour que ce décor soit utilisable, il faut un moyen de transport qui permette de relier un système solaire à un autre dans un temps raisonnable, c'est-à-dire nettement inférieur à la longévité humaine. Pour cela, on a inventé le déplacement supraluminique, aussi appelé FTL en anglais ("Faster Than Light"). Par opposition, un système de déplacement incapable d'atteindre une vitesse supraluminique sera appelé STL ("Slower Than Light").

Ce déplacement FTL peut être instantané, selon le point de vue subjectif du voyageur (La guerre des étoiles, Isaac Asimov) ou pas (C. J. Cherryh). Elle peut nécessiter des points d'ancrage particulier (Babylon 5, Lois McMaster Bujold) ou peut se faire n'importe où. Enfin, elle nécessite parfois le passage à travers l'hyper-espace ou équivalent (C. J. Cherryh).

La téléportation a été banalisée par Star Trek. on la retrouve un peu partout. `Dr. Who' s'en sert aussi. Parfois, elle ne nécessite que la force de la pensée. Une page web très bien faite et très pédagogique.

4.1.2. La communication instantanée

Appelée "ansible" par Ursula LeGuin, puis Vernor Vinge ou Orson Scott Card, c'est un outil indispensable pour communiquer à travers les étoiles. Certains univers ont la FTL sans l'ansible (exemple chez Lois McMaster Bujold), ce qui donne des résultats intéressants : on a besoin d'un vaisseau pour acheminer des messages enregistrés sur un support matériel.

4.1.3. L'anti-gravité

Le sujet est un peu imprécis techniquement dans la plupart des romans de Science-Fiction, mais il est souvent bien utile de pouvoir y autoriser soit une force d'anti-gravité soit un champ de protection contre la gravité. Le plus souvent, la chose n'est pas trop détaillée (les « flotteurs »  qui apparaissent ça et là dans Dune sont un exemple pour lequel Frank Herbert ne décrit rien) mais elle revient souvent. Cela constitue d'ailleurs un sujet d'étude passionnant pour beaucoup de savants amateurs (ou professionnels) étant donné le potentiel économique considérable d'une telle découverte.
D'ailleurs, aujourd'hui, nombre de roman de S.F. des années 1950/1960 ont totalement étés invalidés par la fameuse « courbure » einsteinienne.  Les champs de protection contre la gravité sont donc une « absurdité ». Tout au plus peut-on envisager de modifier cette courbure, en mobilisant suffisamment d'énergie. On pourra se reporter à un intéressant article en anglais paru dans Wired.
Même si des expériences sur la lévitation magnétique sont présentés comme la réalisation de l'anti-gravité, son utilisation reste une fiction.

4.1.4. Le voyage dans le temps

Popularisé par H. G. Wells (tout du moins avec une vraie machine décrite: voir H.G. Wells: parcours d'une oeuvre, Joseph Altairac, éditions Encrage, ou Encyclopédie de l'utopie, des voyages extraordinaires et de la SF, Pierre Versins, pour en savoir plus: en effet quelques auteurs, dont Mark Twain, avaient fait des récits de voyage dans le temps mais aucun n'utilisait une vraie machine) le voyage dans le temps et les paradoxes temporels sont un thème qui a été souvent exploré par la SF. La fin de l'éternité (Isaac Asimov), Opération pendule de Robert Silverberg, Retour vers le futur, voire Terminator et Les visiteurs en sont des interprétations.

Souvent associé aux uchronies.

4.1.5. Autres théories


4.2. Les technologies

La SF a aussi inventé nombre de gadgets qui extrapolent sur des technologies connues. Quelques-uns ont été si souvent repris dans la littérature du genre qu'ils sont tenus pour acquis. Voici un petit lexique de telles inventions.

4.2.1. La cybernétique

Le mot « robot » est tiré du tchèque pour « travailleur », et apparaît pour la première fois dans une pièce de théâtre de Karel Capek. Humanoïdes ou pas, intelligents ou pas, les robots sont partout. Les plus célèbres sont ceux de Isaac Asimov, qui a édicté les Trois Lois de la Robotique, grâce auxquelles on s'est débarrassé du complexe de Frankenstein (la peur des créatures qui se retournent contre leurs maîtres). Ces trois lois sont devenues incontournables : Il existe un grand nombre de robots ou d'ordinateurs plus ou moins intelligents, qui suivent plus ou moins les Trois Lois. La culmination de l'espèce est représentée par les IA (Intelligences Artificielles), des machines dotées de conscience, qui interviennent souvent dans le cyberpunk.
HAL 9000
L'ordinateur de 2001, l'odyssée de l'espace, prêt à l'homicide pour sa survie.
L'ordinateur de Destination : vide (Frank Herbert)
Le fer de lance du Programme Conscience, qui recherche l'intelligence artificielle.
Jane dans la série d'Ender (Orson Scott Card)
Constituée de tous les ordinateurs de la galaxie, reliés par ansible.
Joshua
L'ordinateur quasi-conscient de Wargames. Il parle, il fait marcher la défense nucléaire américaine, mais il préfère les échecs ou le morpion.
R2-D2
Le poêle ambulant de La guerre des étoiles. Doué en électronique, il est équipé d'un nombre invraisemblable de gadgets (foreuse, scie sauteuse, fraise, tenailles, etc.) et parle dans une langue sifflée que tout le monde semble comprendre.
Les Cylons de Galactica
Une « espèce » constituée entièrement de robots, avec un humain à leur tête. Ils n'ont pas de coeur mais ils ne sont pas très intelligents.
Terminator
Le parfait Frankenstein des robots.
Marvin
    Le robot neurasthénique et désabusé de la trilogie (en cinq volumes) du guide du routard galactique.

Enfin, les cyborgs sont le résultat de l'accouplement d'un homme et d'une machine.

4.2.2. L'hologramme

La reproduction tridimentionnelle existe presque depuis les débuts de la photographie, mais la télévision 3-D reste encore du domaine de la fiction. Les divers procédés qui ont été tentés au cinéma, par exemple, n'ont pas vraiment pris (cf. la version de Les dents de la mer en 3-D).

La technique la plus pratique reste le casque, où l'on projette les images sur des écrans miniatures sur chaque oeil. Il existe bien sûr les très rares salles de cinéma équipées pour le cinéma 3-D par polarisation (au Futuroscope, par exemple), mais le problème reste le manque de productions significatives. La dernière expérience a été le long métrage sur St-Éxupéry, filmé entièrement en 3-D IMAX.

Les dernières techniques font appel à de minuscules projecteurs braqués directement sur la rétine ou, plus original, à un jeu de surfaces en rotation rapide sur lesquelles un ordinateur pilote un faisceau lumineux qui, par balayage du volume, donne un rendu solide.

4.2.3. La réalité virtuelle

Un autre dérivé de l'informatique, la réalité virtuelle, est très à la mode. Cela consiste à plonger l'usager humain dans un monde virtuel géré par un ordinateur, comme un simulateur de vol. Il faut utiliser des interfaces plus ou moins avancées telles que casques 3-D et gants tactiles (Johnny Mnemonic), ou parfois une interface cérébrale directe (`Tekwar', Strange Days), le précurseur d'une telle interface étant probablement Brainstorm.

4.2.4. Le laser et autres rayons de la mort

Depuis le SDI (initiative de défense spatiale) de Reagan, le laser à rayon X est entré dans le cercle des technologies réellement disponibles. Cependant, il faudra encore travailler si on veut avoir cette énergie dans le creux de la main (cf. La guerre des étoiles pour le pistolet-laser et le sabre-laser).

Rien ne dit par ailleurs que les phasers (de Star Trek) ou les blasters (chez Isaac Asimov) soient des lasers. Il peut s'agir de lasers à impulsion (très haute fréquence, très courte durée), mais au vu de leur effet, on peut penser qu'ils exploitent un effet physique totalement différent.

4.2.5. La nanotechnologie

Mécanismes animés par des micromoteurs électriques, les dents des engrenages ont environ 10 microns de diametre. Ce qui est à peu près de la taille d'un globule rouge. Ils sont si petits qu'on ne peut pas les distinguer à l'oeil nu, on utilise le terme de « Nanotechnologie » Un nano étant un milliardième de mètre. Pour plus de détail voir l'article ROBUG, ROB-CELLS, MEMS, Nanotechnologie de Yann Minh.  La nanotechnologie est au coeur de son roman Thanatos, Les Récifs.
Mais la réalité rejoins rapidement la fiction, voyez les premières applications de la nanotechnologie, selon les laboratoires Sandia.

4.2.6. Le fil monomoléculaire

Son principe est simple. Si on prend un fil ordinaire, on s'aperçoit qu'il est d'autant plus solide qu'il est épais, dense, et que sa fibre de base est solide. L'idée est donc de prendre comme fibre de base non pas une quelconque fibre végétale, mais un brin monomoléculaire, dans lequel la force de liaison n'est ni chimique, ni mécanique, mais nucléaire, donc une énergie par liaison extrêmement élevée en comparaison. Le problème, c'est qu'il faut d'abord obtenir assez de fibres de longueur suffisante, et qu'il faut ensuite les tisser.

Les tours orbitales de Arthur C. Clarke sont faites de filaments monomoléculaires au carbone, et Larry Niven est assez enthousiaste pour l'utiliser un peu partout. Les saboteurs de Tous à Zanzibar en tirent un à travers une route pour couper les voitures qui passent en deux et décapiter les occupants au passage. William Gibson l'imagine enroulé dans la couronne d'une montre-bracelet comme un fil d'acier coupe-gorge. On en voit l'illustration dans Johnny Mnemonic sur les Yakuzas.

4.2.7. Anneaux-mondes, sphères de Dyson, Rama, étoiles de la mort, et autres objets spatiaux spacieux

La fascination des grandeurs a poussé certains auteurs à imaginer des objets artificiels de très grande taille. Bien qu'ils fassent souvent appel à des technologies inexistantes [4.1] comme l'anti-gravité, leur construction suit souvent de près la physique connue. Des exemples typiques sont :
La station de Forteresse des étoiles
Une « simple » station spatiale, comme il y en a tant dans ce monde . . .
Babylon 5
Une station spatiale cylindrique de dimensions presque raisonnable : 6 km de long sur 1,5 km de diamètre.
Le mégalithe de 2001, l'odyssée de l'espace
Un parallélépipède de 16 km sur 4 km sur 1 km, en orbite dans le système solaire.
Rama (Arthur C. Clarke)
Ce cylindre de 40 km de long voyage à vitesse relativiste en hébergeant plusieurs milliers d'individus de différentes espèces. Il tourne selon son axe à une vitesse telle qu'à la périphérie on ressente une force centrifuge de l'ordre d'une gravité.
L'étoile de la mort (La guerre des étoiles)
De la taille d'une lune, consiste essentiellement en un canon capable de pulvériser une planète entière. C'est tellement grand que même le Faucon Millénaire peut y pénétrer comme dans un moulin.
Le disque-monde (Terry Pratchett)
Disque constitué d'une matière extrêmement dense et résistant. Sa gravité à la surface est due à la masse du disque. Un point de lumière se déplace sur la demi-sphère supérieure pour représenter le soleil. La superficie du disque équivaut à celle d'une continent. La construction du disque-monde est décrite dans Strate-à-gemmes.
Les Orbitaux et les Anneaux de la Culture (Iain M. Banks)
Un Orbital est un monde (sphère, cylindre ou anneau) dont le centre de gravité est en orbite autour d'une étoile. Un Anneau a une étoile en son centre ; c'est donc un objet considérablement plus vaste.
L'anneau-monde (Larry Niven)
Comparable aux Anneaux de Iain M. Banks.
La sphère de Dyson
Du nom de Freeman Dyson, un astrophysicien peu orthodoxe. Une sphère gigantesque enfermant entièrement un astre lumineux. Résultat : un trou noir vu de l'extérieur, et une utilisation complète de l'énergie de l'étoile à l'intérieur. Le problème reste bien sûr que pour avoir une gravité, il faut mettre la sphère en rotation . . .

4.2.8. La magie !

Mais oui, les magiciens du Disque-monde (Terry Pratchett) se servent de sorts comme on se servirait d'un magnétoscope : sans lire le mode d'emploi, ce qui leur cause des ennuis sans fin . . .

4.3. Les hommes, les mutants et leurs pouvoirs

La SF tente aussi d'améliorer l'homme par des pouvoirs extérieurs. Parfois, cela se passe au prix de mutations ou d'augmentation mécanique.

Il existe une Transformation Stories List qui référence un très grand nombre d'oeuvres ayant trait aux transformations, en particulier les transformations physiques, métamorphoses.

4.3.1. Les waldos et autres exosquelettes

À ma connaissance, le terme "waldo", extensions mécaniques aux membres humains, a été inventé par Robert A. Heinlein dans son roman Waldo, qui a pour héros un homme à l'intelligence aussi puissante que ses membres sont affaiblies par sa vie en microgravité. Pour compenser, il se sert d'outils motorisés, baptisés à son nom. Depuis, ce mot est presque entré dans le langage courant, et en tous cas a été utilisé par de nombreux auteurs de SF.

Des extensions plus importantes sont légion. On trouve des scaphandres spatiaux motorisés chez C. J. Cherryh ou Joe Haldeman, et même dans Alien.

4.3.2. Les pouvoirs « psi » ou la psionologie.

Bien sûr que ça existe ! La preuve. C'est même le fond de commerce de Marion Zimmer Bradley ou Alfred E. Van Vogt, par exemple.
La télépathie
La faculté de communiquer par la pensée. Il y a plein de télépathes ! Sans doute la faculté mentale la plus répandue en SF. Voir à ce propos À la poursuite des Slans de Alfred E. Van Vogt. Des jumeaux en sont capables dans L'âge des étoiles de Robert A. Heinlein, et on s'en sert comme moyen de communication instantanée. Les fondationistes de Isaac Asimov en sont aussi des adeptes. Les Martiens ne font que ça dans Chroniques martiennes.
La télékinésie
La faculté de déplacer des objets par la seule pensée. En plus de la télépathie, les surdoués de Galop d'essai de Anne McCaffrey font ça aussi. À un degré moindre, Gil Hamilton (`The Long ARM of Gil Hamilton' de Larry Niven) y arrive en passant par l'intermédiaire d'un bras amputé.
La prémonition
C'est une forme de clairvoyance qui permet de voir dans l'avenir. Ça se rapproche du voyage dans le temps. Illustrée par exemple dans Dead Zone de Stephen King.
La téléportation
Voir Les plus qu'humains de Theodore Sturgeon.
L'ubiquité
Proche de la téléportation, mais ici il s'agit d'être à plusieurs endroits en même temps.
La guérison
Ce pouvoir a souvent un prix. Dans Le sérum de la déesse bleue de Roger Zelazny, la guérison n'est que temporaire, et la rechute aggravante est inéluctable.

4.3.3. Les mutants

Beaucoup de pouvoirs inexpliqués sont attribués à des mutations génétiques. Par exemple, le Mulet de Fondation et Empire (Isaac Asimov) est un mutant qui possède des pouvoirs psychiques surhumains dans un corps disgracieux. Les Slans (À la poursuite des Slans de Alfred E. Van Vogt) sont aussi des mutants. Comme on le voit dans la nouvelle Limite naturelle de Theodore R. Cogswell, les facultés des mutants sont parfois rejointes par la technologie. Les mutants inspirent généralement la jalousie, voire la haine. Ils servent dont souvent comme allégorie aux injustices et aux haines raciales.

4.3.4. Les clones et androïdes

Dans un registre proche, on trouve des androïdes, des êtres humains dont le matériel génétique ainsi que le conditionnement sont soigneusement conçus. Voir les réplicants de Blade Runner, les Azis de C. J. Cherryh, Vendredi de Robert A. Heinlein, ou encore Frankenstein.

On parle de clone lorsque le sujet résultant est délibérément identique à un original. On a ainsi tenté de cloner Hitler (Ces garçons qui venaient du Brésil d'Ira Levin). Un autre usage des clones est, moyennant un transfert de la conscience (opération encore plus délicate), l'immortalité. La vie éternelle de Jack Vance ou Monsieur Ming de Bob Morane en sont des illustrations.

4.3.5. Les cyborgs

À la limite entre androïde et homme amélioré, les cyborgs ("CYBernetic ORGanism") sont des symbioses homme-machine. Le héros de Homme-plus (Frederik Pohl) possède une nouvelle peau résistant aux radiations, des yeux qui voient dans l'infrarouge, des panneaux solaires dans le dos, et il va coloniser Mars. À un degré moindre, L'homme qui valait trois milliards (inspiré du roman Cyborg de Martin Caidin) ou Robocop entrent dans la même catégorie.

4.3.6. Revenants, morts-vivants et autres zombies

L'apanage des oeuvres d'épouvante. Il existe toute une classification issue de divers jeux de rôles. Ces manifestations surnaturelles sont issues de forces inconnues (Evil Dead), de morts insatisfaits (Casper, Beetlejuice, Les cauchemars de Freddy), ou même d'extra-terrestres (Plan 9 from Outer Space).

4.3.7. Lycanthrophes et autres garous

Le loup-garou est une légende ancienne et en même temps un désordre mental répertorié. Dans la SF on en trouve diverses explications plus ou moins rationnelles, comme dans Les voies d'Anubis de Tim Powers.

4.4. Les extra-terrestres

Bien sûr, la SF postule très souvent l'existence de l'intelligence en-dehors de l'espèce humaine. On a toujours beaucoup de mal à se débarrasser d'un anthropomorphisme pour inventer des extra-terrestres.
Au carrefour des étoiles de Clifford D. Simak
Un homme tranquille au fin fond des USA est en fait le gardien d'une porte stellaire qui voit passer toutes sortes d'extra-terrestres.
Les Heechees de Frederik Pohl
Une espèce des milliards d'années antérieure à l'humanité, qui a maîtrisé l'espace et l'énergie. Incommensurable est le mot.
Le zoo de la saga de Élévation (David Brin)
La galaxie fourmille d'espèces intelligentes organisées en castes, selon l'ancienneté. Il est fortement encouragé d'effectuer des manipulations génétiques pour « élever » d'autres espèces « clientes » à l'intelligence, et cela rajoute même au prestige du « patron ». Dans cet environnement, les humains sont spéciaux : ils n'ont pas de « patrons » connus, et, bien que toute jeune, elle a déjà deux « clients », les dauphins et les chimpanzés.
Les envahisseurs, V
L'idée d'un envahisseur qui s'approprieraient les humains pour leurs noirs desseins a déjà été exposée dans Plan 9 from Outer Space . . .
Alien
Le summum de l'extra-terrestre envahissant et teigneux.
Rencontre du troisième type, 2001, l'odyssée de l'espace, Rendez-vous avec Rama
La venue d'une espèce extra-terrestre risque bien d'être aussi bouleversante.
E. T., l'extra-terrestre
Il a 10000 ans, il est mignon, et il guérit d'un coup de doigt. Mais il n'aime pas notre atmosphère.
Les amants étrangers
Philip José Farmer abordait pour la première fois la sexualité inter-espèces.

4.5. La science non-fiction

Quelques questions classiques sur ce que l'on sait comme fait expérimental. De manière générale, vous pouvez consulter sources suivantes.

4.5.1. Quelques Factoïdes

Exercez votre esprit critique en connaissance de cause.

4.5.1.1. En astronomie

4.5.1.2. La Terre

4.5.1.3. La physique quantique

4.5.1.4. La relativité

4.5.1.5. La physique des particules

Par Christophe Huguet.
Le b-a-ba des particules composant la matière ordinaire
Les atomes de la matière sont composés d'un noyau et d'électrons (de charge électrique -1) qui « tournent » autour.
Le noyau est composé d'un certain nombre de nucléons : des protons (de charge électrique +1) et des neutrons (neutres comme leur nom l'indique) qui sont liés entre eux par l'interaction forte.
Ces nucléons ne sont pas des particules élémentaires, elles sont composées de 3 quarks chacun de deux sortes : les quarks « bas »  (« down » charge -1/3) et  « haut » (« up » de charge 2/3).
Le proton est composé de 2 « haut » et 1 « bas », soit pour les charges : +1 = 2*(2/3) + (-1/3).
Le neutron de 2 « bas » et 1 « haut », soit 0 = 2*(-1/3) + 2/3.
Les forces (ou interactions) qui agissent sur ces particules sont aux nombres de quatre.
  • La force de gravité. C'est une force toujours attractive qui agit sur toute forme d'énergie, mais avec une intensité extrêmement faible (c'est l'interaction la plus faible des quatre interactions fondamentales). Ainsi, ses effets ne sont perceptibles que lorsque des objets très massifs (la masse est une forme d'énergie) sont en jeu, c'est le cas pour les objets astronomiques.
  • L'intéraction électromagnétique. C'est une force répulsive ou attractive qui agit sur les objets ayant une charge électrique. Deux objets de charges électriques de même signes se repoussent alors que deux objets de charges électriques de signes opposés s'attirent. Comme les atomes sont électriquement neutres, il y a peu d'effet de cette interaction à grande échelle.
  • L'interaction forte. C'est une force qui agit sur les quarks et par extension sur les hadrons (proton, neutron,...). Les leptons (électron et neutrino) y sont totalement insensibles. L'interaction forte permet la cohésion des noyaux atomiques en liant les protons et les neutrons entre eux au sein de ce noyau. Ces interactions sont à très courte portée (à l'échelle subatomique)
  • L'interaction faible. C'est une force qui agit sur toutes les particules. En particulier, c'est la seule force à laquelle sont sensibles les neutrinos. Elle intervient dans la radio-activité. Elle sont également à très courte portée (à l'échelle subatomique)

  •  
    Le modèle standard.
    La théorie actuelle de la physique des particules est appelé Modèle standard. Celui-ci englobe toutes les particules connues ainsi que les trois interactions ayant un effet à l'échelle des particules : l'interaction électromagnétique, l'interaction forte et l'interaction faible. Le modèle standard permet donc d'expliquer tous les phénomènes naturels sauf que Relativité et Mécanique quantique sont, pour l'heure, encore incompatibles conernant la gravitation.
    Les particules élémentaires du modèle standard sont au nombre de 36 :
    Tableau des Fermions élémentaires.
    Leptons Quarks
    Charge 
    électrique
    -e 0 -e/3 2e/3
    Première 
    famille **
    électron neutrino 
    électronique
    bas (down) haut (up)
    Deuxième 
    famille
    muon neutrino muonique étrange (strange) charme (charm)
    Troisième 
    famille
    tau neutrino tauique beauté (beauty) sommet (top)

    Pour en savoir plus :
    L'Institut National de Physique Nucléaire et de Physique des Particules à Marseille.
    Voici un autre site de l'IN2P3 avec un superbe tableau explicatif.
    CERN - Laboratoire Européen pour la Physique des Particules.

    * Spin : Moment cinétique propre d'une particule (Définition du Petit Larousse illustré 1994).
    ** La première famille de fermions constitue la matière ordinaire.

    4.5.1.6. Les mathématiques

    4.5.1.7. La génétique

    4.5.2. Les effets du vide

    Dans Total Recall ou Outland, un homme exposé au vide (ou à l'atmosphère martienne) « explose » très vite. Pourtant, dans 2001, l'odyssée de l'espace, l'exposition complète au vide interstellaire pendant plusieurs secondes ne semble pas affecter le héros. Qu'en est-il ?

    Réponse (piquée de la FAQ de rec.arts.sf.science) : d'après les observations sur des parties d'animaux et d'humains, l'exposition partielle au vide ne semble pas avoir d'effets permanents si elle est de courte durée, jusqu'à une demi-minute. Au-delà, une embolie peut survenir, et des complications dans le système vasculaire peut engendrer des conséquences dangereuses. Il est probable qu'après deux minutes d'exposition totale, vous êtes fichu. Pour plus de détails, voir l'article de la FAQ de sci.space, "How long can a human live unprotected in space?".

    4.5.3. L'Atlantide: fiction philosophique

    Quelques éclaircissements sur Platon et l'Atlantide. Platon en parle dans le Timée, le Critias et le Politique et présente l'histoire comme ayant été rapportée, non par des penseurs grecs, mais par "un vieux prêtre égyptien". L'île avait, selon Platon, été engloutie environ 9000 ans auparavant, au-delà des colonnes d'Hercule (Gibraltar) et aurait abrité un peuple conquérant, administré par une monarchie sage et juste. Rien sur la supériorité technique des atlantes, qui a été essentiellement développée par Francis Bacon en 1627, dans un
    ouvrage qui a relancé les spéculations... (encore un philosophe, d'ailleurs...).

    Que l'histoire soit ou non fondée (elle se réfère peut-être, à l'origine, à la civilisation crétoise, détruite par l'explosion du Santorin), il est certain que c'est Platon qui donne la première version du mythe et qu'il en fait une allégorie destinée à incarner sa philosophie politique : unité absolue de la communauté, sagesse des philosophes-rois en charge de la destinée de leur peuple, absence de trafic commercial avec l'extérieur (source selon Platon de désagrégation et d'altérité - on peut d'ailleurs penser que le raz-de-marée qui détruit l'Atlantide est le symbole de l'ouverture d'Athènes au commerce extérieur), etc. Bref, l'Atlantide, c'est la République, l'utopie politique de Platon.

    Il s'agit donc bien d'une fiction philosophique ou, si vous préférez, d'une allégorie à but pédagogique, construite à partir de bribes d'informations diverses et destinée à soutenir la thèse. D'ailleurs, dans l'architecture grecque, un atlante est une statue masculine qui soutient un édifice. Si on se rappelle de l'étymologie d'utopie (ce qui n'a pas de lieu), il s'agit ici de donner un lieu à l'utopie, de la faire exister fictivement. C'est à ce titre qu'il y a un lien avec la SF et que la SF a une valeur pédagogique dans un cours de philo : elle donne un lieu aux utopies (positives ou négatives), elle incarne des possibles.


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